SIXIÈME LISTE DES HERETIQUES NOUVELLE
ME\T CONVERTIS OAIVS LES VALLEES OU mtLV^ÇO V WlH EX PIGMEROLAIS.
Nous possédons un manuscrit portant le titre ci-dessus indiqué, et certifié par Etienne Ville, supérieur de la mission de la Compagnie
de Jésus, le !«' septembre 167&, conforme à l'original envoyé par lui a la cour. C'est une liste de protestants nouvellement convertis, en l'année 1678, dans deux provinces du midi, le Brianconnais et le Pignerolais, dont la dernière cessa d'appartenir a la France en 1696. Cette liste n'est du reste que la sixième : nous la croyons inédite. Comme elle renferme des détails fort curieux, nous avons pensé être agréable à nos lecteurs en la publiant.
Sisiesme liste des hérétiques nouvellement convertis dans les vallées du Brianconnois et de Pignerolois.
Une conversion fort remarquable qui se lict à Oulx sur la fin de l'année passée, mérite d'être a la téle de cette liste : c'est la conversion de Laurens Pastre, aagé de environ 26 ans, du lieu de Cézanne, qui lit abjuration de l'hérésie entre les mains de Mr l'abbé d'Oulx, après avoir été instruiet avec grand soin par Mr son curé, l'espace de trois semaines. Cette conversion est remarquable, soit que ce jeune homme a méprisé généreusement toutes les menaces de son père, qui est un hérétique opiniâtre, et quelques avantages qu'on luy offroit s'il eut voulu demeurer dans l'hérésie ; soit parce que c'est le dernier converti d'une nombreuse famille qui a esté réduitte à l'Eglise d'une façon extraordinaire. Son père, ui est hérétique, comme j'ay dit, et sa mère, qui a toujours été cathoque, convinrent en se mariant, selon la coutume du temps passé, que les garçons qui vieudroient de leur mariage iroient au prêche, et filles à la messe. Néantmoins sa bonne mère a si bien élevé tous ses enfants et les garçons et les filles qu'elle a eu la consolation de les voir tous dans l'Eglise: malgré la vigilance, les adroisses et les violences du Père.
Premièrement Jacques Pastre, aagé de douze ans environ, étant malade à la mort dans la maison de son père, pria instamment sa mère d'appeler M. le curé pour l'ayder à bien mourir. Mr le curé vint à l'insceu du père, lui donna l'absolution et ne l'abandonna pas qu'il ne fut mort.
2. Pierre Pastre, âgé de vint-huit ans, prévoyant qu'il ne pourroit pas se convertir dans son pays sans beaucoup de perséquutions, s'en alla en Espagne, où il a fait abjuration de l'hérésie, et il vit en bon catholique. Il n'a [pas] peu contribué à la conversion de son frère Laurent, qui l'est allé voir et, à son retour, s'est d'abord converti.
3. Deux autres de leurs frères sont mort en l'aage d'innocence, et, par conséquent, doivent être mis au nombre des fidèles et trois de leurs sœurs ont toujours fait profession de la religion catholique. Outre les conversions du mois de janvier dernier par lesquelles nous avions terminé la dernière liste, il y a encore en celle-cy :
Le second janvier, Jean Gilles, aagé de 45 [ans], du lieu de Taluc, de la parroisse de Saint-Pierre, a fait abjuration de l'hérésie avec sa femme nommée Marie Griot, du même lieu. D'autre ils ont trois enfants non adultes qu'ils ont promis d'élever en l'Eglise. Ils s'appellent :
Guillaume Gilles.
David Gilles.
Jeanne Gilles.
Le Taluc est un petit quartier du val de l'Emue, auprès de Pignerol, et le seul endroit de cette vallée quia été infecté de l'hérésie. Les huguenots y sont d'autant plus opiniâtres qu'ils y sont eu petit nombres, et monopoles pour maintenir leur sexte (6ecte|.
(La suite au prochain numéro.)
CHRONIQUE
M. Richard Zeune, de Dresde, notre correspondant, vient de faire paraître le n° il de son catalogue d'autographes à prix marqués. Parmi les noms qui y sont renfermés, on remarque : Charles-Quint; Gustave-Adolphe ; Nicolas l*r, empereur de Russie ; Robespierre aîné ; Goethe ; Juste Lipse ; Beethoven, partition autographe, 30 p. inrfol., cotée 75 thalers ; Mendelssohn-Bartholdy ; etc.
— L'excellent recueil l'Intermédiaire a publié dans son n° 48 une lettre de M.Cn.Barry, annonçant la découverte faite par lui à Toulouse, d'un exemplaire du Pi xdium Rusticum, du P. Vanière, ayant appartenu à Vadier (Ma rc-Guill. -Alexis), depuis conventionnel. Ge dernier, alors élève au collège des Jésuites à Pamiers, reçut cet ouvrage en prix, en 1749, des mains du marquisde Bonnac. Vadier était un élève accompli, un modèle de douceur et de piété, très-fort en vers latins, comme l'atteste le préfet des études par une note, écrite à l'intérieur de la reliure, où il relève corn plaisamment tous les mérites du lauréat. Ce volume permet, comme le fait très-bien remarquer M. Barry, de rectifier une assertion mensongère de l'auteur de 1 article Vadier, dans la biographie Miehaud, lequel avance que le fameux conventionnel avait fait des études médiocres.
— Le savant directeur de 17// termédiaire a le projet de. fonder une nouvelle feuille qui aurait pour titre : Revue crUk/ue des vieux livres, inconnus, oublies, délaissés, etc., remis en lumière par quelques bibliophiles. Remettre en lumière des livres oubliés et pour ainsi dire inédits, glaner dans ces ouvrages que personne ne fit ce qu'il peut y avoir de curieux et d'intéressant, tel est le plan de ce nouveau journal. La Revue critique des vieux livres paraîtrait le 25 de chaque mois, au prix de 10 fi\ par an. Mais eJle attend pour naître que les souscripteurs soient venus. Espérons qu ils ne se feront pas attendre 1
— La Revue des Provinces, dans sa dernière livraison, a publié l'anecdote suivante sur le libraire Bossange, mort récemment, et Beaumarchais. « Ce fut avec Bossange que Beaumarchais passa sa dernière soirée. Ce soir-Là, ils jouaient aux échecs (ou aux dames, suivant une autre version), lorsque le valet de chambre de Beaumarchais entra dans le salon et lui annonce que l'heure qu'il a fixée lui-môme pour son coucher a sonné. Le lendemain matin, le célèbre écrivain avait un rendez-vous important, et il avait dit à son valet de chambre : « Je veux me mettre au lit à onze heures ; quand le moment sera venu, tu m'avertiras. Sj je ne vais pas me coucher de bonne grâce, tu m'y contraindras. » — Beaumarchais, trèsoccupé de sa partie, fait la sourde oreille à l'avertissement du domestique. Celui-ci insiste. Beaumarchais ne bouge pas. Le valet de chambre s'approche et fait sauter les pièces de l'échiquier au milieu du salon. Beaumarchais alla se coucher. Le lendemain matin, à l'heure convenue, le domestique entre dans sa chambre pour l'éveiller : il l'appela; Beaumarchais ne répondit pas : il était mort. »
— On recueille avec soin tout ce qui se rattache à Robespierre aîné. Aussi croyons-nous devoir donner ici une pièce qui a figuré dans la vente du 7 décembre et que nous possédons maintenant. C'est le brevet de la médaille décernée à Robespierre à l'occasion de la journée du 10 août. En voici le texte : « Médaille donnée par la municipalité de Paris, en mémoire de la journée du 10 août 1792, au citoyen Robespierre, membre de la Commune du 10 août et député à la Convention nationale. Signé: Coulombeau, secrétaire-greffier. » — Cette pièce répond aux biographes et aux historiens qui accusent le célèbre conventionnel d'avoir eu peur au 10 août et de s'être tenu lâché.
— M. Otto-Lorenz, éditeur, rue des Beaux-Arts, 3 bis, va publier très-prochainement la première livraison d'un ouvrage qui intéresse certainement les bibliophiles et les hommes de lettres. En voici le titre : Catalogue général de la librairie française pendant 25 ans (1840 d 1865), rédigé par Otto-Lorenz. Ce catalogue formera 4 vol. gr. in-8% publiés par livraison d'environ 10 feuilles, du prix de 5 francs.
— M. George Moreau-Châlon vient de publier, chez l'éditeur Miard, un poème du conventionnel Salle, intitulé : Danton aux enfers. Nous rendrons compte prochainement de ce curieux volume.
— M. Lenoir vient, dit Y Opinion nationale, de faire don au Musée du Louvre de sa collection de tabatières, l'une des plus riches de Paris, et de tout ce qui serait jugé digne, parmi ses tableaux et ses dessins, d'entrer au Musée.
— Parmi les hommes distingués que la mort a frappés dans ces derniers temps, on remarque : Nigra (le comte), ministre de la maison du roi Victor-Emmanuel, mort le 12 décembre 1865, à l'âge de 67 ans. — Provost (J.-B-Fr.), l'un des meilleurs acteurs du Théâtre-Français, né en 1797. — Appiani (André), dit le Jeune, célèbre peintre italien, né à Milan, en 1812. — Parchappe (Ch.-J.- B.), général de division, député de la Marne au Corps législatif, né àEpernay, en 1787. — Anschutz (Henri), célèbre tragédien allemand, né" à Luckau, en 1787. — Ponchard (J.-Fréd.-Aug.), l'un des plus célèbres chanteurs de ce siècle, né à Paris, 8 juillet 1789, m. 6 janvier 1866. — Dargaud (J.-M.), l'auteur de Y Histoire de Marie- Stuart, et qui venait de publier, comme pendant, Y Histoire d'Elisabeth d' Angleterre, né à Paray-le-Monial (Saône-et- Loire), 22 fév. 1800, m. 7 janvier 1866. — Marouet (Aimé), peintre, élève de Hersent et d'Horace Vernet, âgé de 6z ans. — Montagne (J.-Fr.-Camille), médecin et botaniste, membre de l'Académie des Sciences, depuis 1853, en remplacement de Richard. Il était né à Vaudoy (Seine-et- Marne), le 15 février 1784. — Desmichels (Ovide-Chrvsanthe), historien, né au Val (Var), 2 janvier 1793.
Le Directeur-Propriétaire : Jacques CHARAVAY.
Abbeville, - Imp. P. Etiez
N° 99. — 5« Année
!•«• Février 1866
s rue de» firanda-Augustins, »0, A Paris
PRIX DB L'ABONNEMENT POUH PARIS ET LES DÉPARTEMENTS
Pour six mois ..... 6fr. | Pour un an . . . . . . 12fn
Étranger : le port en sua.
on s'abonne, pour l'étranger, chez les libraires suivants
Londres : MM. Puttick et Simpson, 47, Lei-
cester-Square.
Dresde (Saxe) ; M. Richard Zeune, Prfess-
nitzstrasse, 16.
La Haye : M. Martinus Nijhoff, 49, Raams-
traat.
Leipzig : M. Otto-AugwtSchulz.
Turin : MM. Bocca frères.
Bruxelles : M. Van Trigt, 30, rue B»-Jean. Madrid : M- Bailly-BaiÙière.
Sjunt-Pétebsbourg : M. Jacques Issakoff. , Moscou : MM. Gauthier'.
New- York : MM. Èossange et 0, 94, Beek> mann Street.
Les demandes d'abonnement et toutes les communications relatives au Journal doivent être adressées, franco, à M. Jacques CHARAVAY,rue des Grands-Augustins, 26.
La table des quatre premières années de Y Amateur d'Autographes et deux titres pour les années 1862-1863 et 1864-1865, viennent de paraître. Ils ont été envoyés à toutes les personnes abonnées au journal depuis sa fondation. — Le prix pour la table est fixé à 2 fr. pour les amateurs qui désireraient se la procurer.
B IXI<>
M. Bixio (Jacques-Alexandre), dont nous avons annoncé la mort dans notre numéro du U* janvier, était né à Chiavari, en 1808. 11 fit ses études au collège Sainte-Barbe, fut reçu docteur en médecine, fonda, en 1837, le Journal d'agriculture pratique, et reprit, eu 1844, avec M . Ysabeau, la Maison rustique du xix* siècle. En 1848 commença la carrière politique de M. Bixio, dont nous Savons pas à nous occuper. Disons seulement qu'envoyé à l'Assemblée Constituante par le département du Doubs il se signala par son courage pendant les journées de juin, où il eut la poitrine traversée par une balle, tju'il lut réélu dans l'Assemblée législative, et rentra dans la vie privée en 1852.11 s'occupa alors activement de ses travaux scientifiques, et dirigea jusqu'à sa mort une librairie spéciale d'agriculture. La vie de M. Bixio est si connue qu'il serait superflu de nous étendre ici sur cette carrière si honorable et si bien remplie, que tant de plumes éminentes ont retracée dans ces derniers temps. Nous qui avons eu des relations avec M. Bixio et qui avons pu appré-
cier cet homme de bien, nous De pouvons que nous associer aux regrets qu'ont exprimés si éloquem ment les nombreux amis de celui qui nous a été enlevé si prématurément. Laissant donc de côté la vie publique de M. Bixio, nous n'entretiendrons nos lecteurs que de la noble passion qu'il avait pour les autographes. Ce fut vers 1860, à l'époque de la vente de M. de Lajarriette que M. Bixio commença sa collection; dès lors il ne fit que l'augmenter, et sans doute il fût devenu un des plus grands amateurs de la capitale si la mort ne l'avait arrêté. Il recherchait surtout les lettres des personnages de la Révolution, des pièces révolutionnaires, comme il ies appelait, c'est-à-dire des pièces historiques, écrites avec ce style fougueux et figuré qui caractérise si bien l'époque. Les souveraius et les musiciens formaient la seconde partie de sa collection. En dehors de ces trois genres, il achetait peu, mais il savait faire les plus grands sacrifices pour se procurer les noms qui lui manquaient, recherchant toujours des pièces rares, intéressantes ou curieuses. Il ne sera pas déplacé, croyons-nous, de donner ici un léger aperçu sur les pièces qui composent la collection de M. Bixio.
Souverains et Princes : François belle lettre aut. sig. à Charles-Quint: Henri H, 1. s. avec 3 lignes autour., écrite deux jours après la bataille de Renty ; Catherine de Médicis ; Louis XIII, lettre au cardinal de Richelieu ; Anne d'Autriche, superbe lettre à Henride Guise, datée de 1648, et relative àson expédition de Naples ; Louis XIV; Marie-Leczinsk'a ; Marie-Antoinette ; Bourgogne (Louis, duc de); Orléans {Philippe d'), régent de France, lettre à son ministre Dubois- A^/ue/i (le duca'), devoir autographe; les Papes PieII,PieIIIf Sixte IV et Pie VIII; Charles-Quint, lettre aut. sig. à François Ier, datée de Madrid, 1526, où il lui annonce qu'il lui a dépéché* M. de Lannoy,afin de conclure une bonne paix; Philippe II, roi d'Espagne, belle lettre aut. sig. au pape Clément \\U ] Philippe V, roi d'Espagne ; Marie-Stuart, deux lettres aut. sig., la première adressée au roi Charles IX, 28 mai 1568, et la seconde au duc de Guise, écrite peu de temps avant son exécution .; Henriette-Marie de France, femme de Charles 1er, très-curieuse lettre à sa mère Marie de Médicis ; Christine, reine de Suède ; Marie-Casimir c , reine de Pologne; Auguste II, roi de Pologne ; Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse; Alexandre /•% empereur de Russie ; Marie, impératrice de Russie, femme de Paul Ier, etc.
Révolution française : Robespierre aîné, lettre aut. sig. fort curieuse; Robespierre jeune ; Collot-d' Herbois ; Billaud-Varenne ; Saînt-Just ; Marat, motion aut. sig. ; Desmoulins (Cam.); Roland; Pétion ; Chaumette, curieuse épltre sur l'état ecclésiastique; Brissot ; Philippeaux ; Hébert ; Bourbotte, lettre à Carrier ; Valazé ; Guadet, Condorcet, Rabaut Saint-Etienne; Albitte aîné; Francastel, Féraud, etc. ; Roland (||««), lettre à Lanthenas ; Hoche, Marceau, Morcau, Miaczinski, Latines, Lefebvre, Bessières, Moncey, etc. — Notons que toutes ces pièces ont un intérêt historique ou biographique très-important.
Musiciens : Scarlatti (Alex.), célèbre musicien du xmê siècle,
morceau de musique aut. sig. ; Paisiello, Méhul, etc., etc. ; Rouget de Liste, l'hymne des Marseillais, copie aut. sig. faite en 1830.
Les pièces qui ne rentrent pas dans les catégories précédentes ne sont pas, comme nous l'avons déjà dit, en grand nombre : mais ce sont des pièces choisies, et fort remarquables par leur rareté et leur intérêt. Voici les principales ; François de $aJes CS1), lettre aut. sig. ; Luther, lettre aut. sig. fort intéressante -, Calvin, lettre aat. sig. «i G. Farel ; Guise (Henri de), dit le Balafré, superbe lettre ; Mayenne (le duc de); Turenney belle lettre à Mazarin ; Fabert; Duquesne, lettre à Mazarin ; Vauban ; Villars; etc. — Mazarin (le card.); Retz fle Cal de) ; Foucquet; Hcinsvus (Ant.); Turgot. — Bossuet, Fênclon etFIëchier ; — Cassini (J.-Dom.), Ràaumur, Volta; Perrault (Ch.) ; Voltaire, deux lettres du 29 déc. 1754 et du 6 sept. 1756; Rotisseau (i .-i .) ; Goldoni; Wieland; Beawnarchais \Chamfort, etc. — Mirabeau, lettre toute relative à Sophie; Monnier (Sophie), lettre d'amour à Mirabeau. — Byron (lord), lettre, datée de Ravenne, 19 avril 1820, et l'une des plus curieuses qu'il ait écrites ; Walter-Scott; Moore (Thomas); Morgan (lady) ; ftelson; Robert (Léopold);etc, etc.
PIÈCES INÉDITES
Toutes les pièces que nous publions aujourd'hui font partie du Bulletin n° 144 de M. J. Charavay aîné qui est sous presse.