‹ L'Amateur d'autographesChapitre 8 sur 175 · HENRI III · texte numérisé non relu

HENRI III

Lettre signée, contresignée par Brulart, datée de Paris, 25 avril 1585. C'est une circulaire que le roi adressa à tous ses officiers et fidèles serviteurs pour les exhorter à le défendre contre les ligueurs. Le cas était pressant en effet, car le duc de Guise, cinq jours avant cette lettre, le 20 avril, s'était emparé de Verdun. Il est vrai que les lieutenants du roi obtenaient aussi quelques succès et que les ligueurs avaient échoué dans une tentative sur Marseille. Mais néanmoins Henri III n'était pas rassuré : aussi,malgré l'appel qu'il Qtàses sujets, il aima mieux recourir aux négociations, et fit la paix avec les ligueurs à Nemours, le 7 juillet suivant. — La lettre que nous publions est adressée au sieur de Florat1.

Monsieur de Florat,

Vous avez assez ouy parler des remuemens d'armes qui se font en plusieurs et divers lieu Ix par aucuns princes ou seigneurs de mon royaume sans mon commandement mais plustost contre mon auctorité et pour l'interruption du repos que j'ay essayé d'establir permy mes subjeetz, de uoy portant un infini regret en mon cœur et désirant pour y résister 'estre assisté de mes bons et affectionnez servitteurs, je vous ai voulu escrire ce mot comme à celluy que je scay estre de ce nombre, et qui par plusieurs bons depportemensarendu assez de témoignage de la bonne dé-

1 Ce Florat est sans doute le môme personnage que le sénéchal d'Auvergne

Sue cite Mezeray et qui enleva, au mois de mars 1590, la ville d'Issoire aux gueurs (V. Mézeray).

votion qu'il a au bien de mon service, vous priant que vous vous préparez etmectez en équipage le plustostque faire pourrez pour aller trouver mon cousin le duc de Montpensier1 au lieu qu'il vous mandera et faire ce qu'il vous commandera pour mon dit service, ce que me protectant vous ferez ainsi que doit faire tout bon serviteur et subject bien zélé et affectionné envers son roy. Je ne vous en diray riens davantage, mais prieray Dieu, monsieur de Florat, qu'il vous ait en sa sainte garde. Escript à Paris le xxv« jour d'apvril 1585.

Henry.

DACIER (André)

Lettre au savant Huet, alors abbé d'Aulnay, datée de Paris, 12 août 1681. Dacier lui parle de ses éditions de Festus et Horace dont il avait été chargé par Huet lui-même pour la collection des classiques ad us-um Dclphini. — On trouve en tête de la lettre cette annotation de la main de Huet : Accord des deux religions. Ces mots se rapportent sans doute à la seconde partie de la lettre de Dacier où celui-ci l'engage à faire seul un certain ouvrage qui n'est pas nommé, mais que nous pensons être, d'après cette note même, le livre intitulé : Questions d' Aunay sur l'accord de la foi et de la raison, et publié en 1690.

AParis,lel2d'Aoustl68l.

Monsieur,

Je me croirois entièrement indigne de l'amitié que vous me faites l'honneur d'avoir pour moy, si je ne connoissois pas tout ce que ie perds lors que je ne suis pas près de vous, mais je le connois si bien qu il n'est rien que je ne donnasse pour estre le compagnon de vostre solitude. C'est trop peu que de quiter Paris en Testât qu'il est presque désert et sans aucun charme, je voudrais le quiter lorsqu'il est le plus rempli et qu'il paroit le plus beau. Si pour suivre la parabole vous avez invité les pauvres au défaut de vos amis, nous avons sujet de porter envie à la condition des pauvres; mais est-ce d'aujourdhuy que nous scavoos que les pauvres nous doivent devancer au royaume des cieux. Mon Festus a mieux réussv que je n'avois osé espérer : Monsieur de Montausier et Monsieur de Meaux en ont paru fort satisfaits ; nos amis de Paris en disent beaucoup de bien : ma joye ne sera pourtant entière que lors qu'il aura eu vostre approbation. Uu reste je n'ay garde de me flatter que cet ouvrage puisse servir à ma fortune : on ne monte pas aujourdhuy par de semblables degrés ; ce sera beaucoup s'il ne me nuit point. Il est vrai que comme il n'est pas assez bon pour que j'en doive espérer du bien, il n'est pas aussi assez meschant pour que j'en doive attendre du mal. Ce n'est encore que l'ébauche d'un ouvrage qui attend la dernière main. Depuis qu'il est imprimé j'ay fait beaucoup de remarques que je voudrois bien y avoir ajoutées. Je continue l'Horace et i'en auray nien tost un second volume. On me paroist fort refroidi à la Cour pour nos autres ouvrages et si je mettois encore quatre ou cinq années à achever celluy que j'av commencé, j'appréhenderois bien que ce ne fust un temps perdu, sur tout celuy que j'aurois employé à faire les interprétations qui seroientalors de nul usage.

1 Montpensier (François de Bourbon, duc de), n. 1539, m. 4 juin 1592. Ce prince avait été chargé parle roi, le 7 avril 1525, avec le maréchal d'Omond, d'aller faire sortir de la citadelle d'Orléans le gouverneur Antragues, qui était une créature du duc de Guise. Mais ils furent reçus à coups de canon. « Quoi voians, dit l'Estoile, ils s'en retournèreut à Paris avec leur artillerie et gendarmerie, et aveeq leur courte honte. •

Je suis bien marry de vous voir renoncer à l'entreprise qui vous a esté proposée. N'est-ce pas y renoncer que de la vouloir partager ? Penséëvous trouver quelqu'un gui hoc tecum pariter ferre jugum possit? Non sans doute, et c'est une chose que vous devés exécuter seul. L'exemple de ceux qui vous ont précédé ne doit point vous faire de peine : c'estoient des gens qui n'avoient pas vos lumières ni le fonds nécessaire pour réussir dans un si grand dessein. Le livre de celluy de Saumur n'est ni bon ni meschant et sur ces matières c'est assez pour faire condamner un livre. Quoy que véritablement celuy-là fut plustost condamné par brigue et par caprice que par aucune raison légitime, car on ne voulut pas mesme escouter lesdeffences de l'auteur. Si vous entreprenés cet ouvrage, je ne doute pas qu'il n'ayt un heureux succès. Je connois une bonne partie des difficultés que vous y avez préveûes : les plus grandes ne viennent que des ménagements que vous avés à garder, mais enfin la vérité doit estre la plus forte. Il n'y a icy rien de nouveau. Vous avez sceu la prise de M. le marquis de Termes, et le triomphe de vostre bon ami M. du Pérrier, qui remporte le prix de l'Académie avec une éclogue qu'il a faite et qui» entre nous, n'est pas ce qu'il a fait de plu» beau. Adieu, Monsieur : aymés toujours un peu, je vous^en supplie, et soyez bien persuadé que je suis de toute mon ame, «; Monsieur,

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

Dacier.

HÉBERT et LEMAIRE

Voici deux lettres fort curieuses de deux fameux personnages de la Révolution, qui ont entre eux une certaine ressemblance. La première est de Jacques-René Hébert, dit le Père Duchesne, l'auteur du fameux journal satyrique, les grandes joies et les grandes colères, avec les fourneaux renversés à la fin. Elle est adressée à Jourdeuil, adjoint du ministre de la guerre, auquel il demande la grâce d'un de ses employés que celui-ci avait chassé de ses bureaux. La seconde est d'un homme moins connu, mais non moins fougueux qu'Hébert. Lemaire (Ant. -François), né à Montargis (Loiret), le 30 novembre 1758, fut d'abord imprimeur à Paris. Devenu un révolutionnaire ardent, il collabora à plusieurs journaux et publia son ouvrage le plus fameux : les Lettres patriotiques du véritable pè>*e Duchesne, au nombre de 400, et qu'il ne faut pas confondre avec Je journal d'Hébert. Il devint ensuite archiviste du Directoire et fut membre du Portique républicain. La lettre que nous publions est adressée à Palloy, en remerciments d'une pierre de la Bastille que le fameux entrepreneur lui avait envoyée.

Paris, ce 27 pluviôse, l'an 1 de la République une et indivisible

Hébert à Jourdeuil, adjoint du ministre de la guerre.

J'ai appris, mon ami, que tu étois d'une colère telleque le Père Duchesne n'en eut jamais de plus terrible. Le jeune républicain L'Emblet, employé dans tes bureaux, en est la cause, in'a-t on dit, et il en redoute les funestes effets : dans un bon cœur la colère n'est pas de longue durée, et qui lésait mieux que le Père Duchesne, à qui il ne faut qu'uue bonne nouvelle ou un trait de sentiment pour passer de l'emportement le plus grand àla plus grande joie. Si donc, mon ami, tu conuoissois le repentir sincère de notre petit sans-culotte et les bonnes dispositions où il est de te contenter,

jeune .

qui sera bientôt un maître en patriotisme et à qui il ne faut que cette leçon pour ne plus tomber à l'avenir dans une pareille faute. Salut et fraternité,

Hébert.

• Mon cher camarade,

Je tous aurois bien remercié de votre précieux cadeau si je n'avois pas eu tant de fourneaux à faire ces jours-ci, mais comme les bons patriotes ne s'attachent pas aux phrases mais aux sentiments, permettez que je vous dise tout uniment que vous m'avez fait le plus grand plaisir en me donnant ce que vous m'avez envoyé et que demain en vous embrassant et en trinquant avec vous, je vous dirai bien mieux encore combien j'ai été sensible à cette marque d'amitié de votre part. Adieu jusqu'à demain, avec le père Loiseau et le gros Séjeau.

Je suis votre ami,

% Lemaire.

Ce 23 mai 1792, l'an 4 de la Liberté.

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