‹ L'Amateur d'autographesChapitre 73 sur 175 · KLÉBER EX MARCEAU · texte numérisé non relu

KLÉBER EX MARCEAU

Ces deux noms sympathiques et qui rappellent deux guerriers illustres unis par une sincère amitié vont se trouver liés à un autre nom qui personnifie une époque sanglante, celui de Carrier. Le farouche proconsul avait, comme tous ceux qui sont puissants, des adulateurs, et nous voyons Kléber et Marceau lui écrire comme à un ami et le remercier des services qu'il s'est empressé de leur rendre. Nous n'avons pu résister au désir de mettre sous les yeux de nos lecteurs ce curieux spécimen du style patriotique des deux illustres généraux. Voici Tépitre de Kléber :

Liberté Égalité

Ou le néant.

Châteaubriant, le 29 Nivôse l'an u de la République française une et indivisible *.

Kléber au représentant du peuple Carrier. Toi seul, mon ami, étois capable de ce procédé, parce que toi seul, dans la place que tu occupe sçais ouvrir ton cœur à l'amitié et à la confiance sans craindre pour autant de compromettre lacho^e publique. Qu'ils sont petits tous ceux qui s'imagine ne pouvoir la sauver, la servir, qu'en fermant leur àme à tous les sentiments d'bumanilé ! Carrier, je te serai éternellement attaché! et vois-tu bien, ce procédé m'a ravi, ui'a enchanté : je me suis dis : il auroit fait pour toi ce qu'il viens de faire pour mon ami, etc.

Marceau est eauvé ; il est parfaitement rétabli. Il m'a fait bien peur

Eendaut deux jours. Il part demain pour Rennes et aiors me voilà seul, 'intrigue m'empoiguera-t-elle encore? Je u'en saie rien ; mais je serai toujours fort de ma conscience : et puis n'es- tu pas là ? Je t'embrasse.

Kléber.

Le même jour, Marceau écrivait à Carrier la lettre suivante :

Chateaubryand, ce 29 nivôse, l'an n de la Rép. une et indiv. Marceau à son ami Carrier.

Je ne me serviray point pour te témoigner ma reconnaissance d'expressions usitées dans le monde comme il faut; je te diray tout bonnement que je n'oublieray jamais cette marque d'attention et que ma reconnaissance et mon amitié sont pour toi sans bornes. Conserves-moi toujours celle que tu me témoignes et je m'estimeray fort heureux. Je vieus d'obtenir un congé pour aller chez moi. Je compte partir de Rennes dans quelques jours. Si quelque chose pouvait balancer ce que j'ai de besoins tant pour soigner ma santé que pour régler quelques affaires, ce serait sans doute le plaisir que j'aurais eu de passer l'hiver avec notre bon ami Kléber. Il mérite d'être regretté : son aménité, tout ce qu'on peut enfin gagner d'une société mâle en même temps qu'elle est aimable,

* 18 janvier 1794.

ntfont fait un besoin d'être auprès de lui» Je ferai tout ce gui dépendra de moi pour pouvoir faire la première campagne avec lui et je t'avoue que la République ne sera pas mal servie. Viens le voir, tu lui feras plaisir et je crois bien que tu ne seras pas fâché de passer quelques jours avee un bon sans-culotte qui l'aime bien. Oh ! oui, nous t'aimous bien tous. Je ne suis plus ou moins malade. On m'a sauvé heureusement dès le commencement ; ainsi plus d'inquiétude de ce côté. Conserves ta santé : c'est une chose précieuse, le diable m'emporte, car comme il est encore des eonspirrrrrateurs, il faut de bons bourres pour leB détruire, c'est-àdire des hommes comme nous. Oui, mon ami, nous servirons ensemble la République et nous pouvons compter sur des succès tant qu'elle sera servie par des hommes purs et qui veulent sincèrement le bien de leur pays. Adieu, je t'aime et vive la République. Marceau.

PIÈGES SUR LES DÉPARTEMENTS FRÉROIV (Stanislas).

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