‹ L'Amateur d'autographesChapitre 78 sur 175 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Lesdocuments originaux et les autographes ne sont pas des sources moins précieuses pour la biographie que pour l'histoire. C'est dans ces pièces intimes destinées à des amis et non à la publicité que les hommes se dévoilent et se moutrent vraimeot eux-mêmes : c'est là qu'il faut les chercher et non dans ces œuvres, dans ces pages écrites pour la postérité. C'est ce que prouvent une fois de plus quatre lettres de Talma. écrites de Paris en 1785 et 1786, à M. de Bossey, à Londres. Le grand tragédien, après avoir été dentiste comme son père, fut sur le point d'être soldat, et ce n'est que lorsqu'il fut détourné de la carrière des armes par un événement que nous n'avons pas cherché à approfondir qu'il se jeta dans le théâtre. Voilà ce qui découle sûrement de ce passage d'une lettre du 12 décembre 1785:

« Vous savez que Monsieur le comte d'Adhémar continue toujours son ambassade. Du moins c'est ce qu'on m'a positivement affirmé ici Ainsi voilà tous nos projets détruits, mon consulat a Smirne et ma sous-lieutenance de ho> ssard à tous les diables. C'est b on dommage en vérité, car je crois que le bonnet et la cravate noire au sixième bouton ne m'auroient été point mal du tout... »

Plus loin il demande une lettre de recommandation pour le maréchal de Duras :

t M. Molé, dit-il, ne veut plus entreprendre d'élève pour la Comédie française qu'il ne lui soit donne de la main de Monsieur de Duras, et cela pour des raisons qu il est inutile de vous détailler. 11 m'a dit que je pouvois m'appuyer de lui auprès du maréchal, que la personne qui m'y inlroduisoit pou* roit dire que Molé m'a entendu et qu'il me connoit les plus grandes dispositions. Molé m'a dit que par ce moyen je pourois être sûr d'être reçu à la

Comédie, même avant de débuter »

Dans une autre lettre du 29 décembre 1785 Talma parle de sa passion pour l'étude :

« Depui3 votre départ la fureur de l'étude a fait place à celle du jeu Au lieu de cartes ma table est jonchée de livres et de papiers Je palis mainte? nant sur les in-folios Parfois sur le soir je me démène, seul comme un lutin, le poignard de Melpomène à la main. Si l'on me voyoit par le trou d'une serrure, par mes gesticulations ou me prendrait pour un magicien qui évoque les ombres des héros défunts. «

Cette ardeur pour l'étude explique l'érudition variée que possédait l'illustre tragédien. Rien ne lui était étranger : il essaya de tout, des comédies, des vers, de l'histoire, etc.

Nous l'avons dit, la vente prochaine sera riche en pièces curieuses. On y trouve aussi quelques lettres révolutionnaires dont voici un échantillon, écrit à Carrier par le général Dutruy, daus ce style énergique et fougueux qui peint si bien l'époque :

Au quartier-stfnérat à Bouin décade du mois de l'an second de la République une et indivisible.

Dctrut a Carrier,

Je te préviens que hier nous avons fait bonne besogne ; je ne compte pas les morts, il faut qu'ils y passent tous; Gharette s'est sauvé. Je leur ai pris 3 canons et leurs caissons, il y en a 2 de 4 et 1 de 18. Yive la République! J'ai entendu Baxo cauouer, je pense qu'il a réussi. Sacré nom d'un D .., ça va. Je te requiers pour le Drap Bleu ; il faut aussi que tu m'euvoye une au-

• Admis, le 13 juillet 1786 au Conservatoire, dans la classe de Dupazon, Talma débuta, le 21 nov. 1787, à la Comédie- française, dans le rôle de Seïde, dans Mahomtt, et ne fut reçu sociétaire que le !•' avril I7«9.

« V. le n« 100 de ï Amateur d autographet.

torisation pour garder auprès de moi, en qualité d'aide de Camp, le citoyen

François Piet. J'en ai besoin ; j'attends cela de toi, c'est juste. Salut, sacré non d'un D ..

DUTRDT.

Nous ne saurions mieux terminer cette excursion au milieu d'une collection d'autographes, que par la lettre suivante de Mme Tallien, l'héroïne de la réaction thermidorienne. Elle est datée du 25 vendémiaire an IX (17 octobre 1800) et adressée « à Mm- de Bonaparte, au château des Tuileries. »

u Le citoyen Bronouville, mon ancienne amie, désire pénétrer jusqu'à tous; il croit qu'une lettre de moi pourra lui êire utile et suffira pour vous intéresser en sa faveur. Désabusée par le temps, les circonstances et votre cœur, je ne me livre point a celte douce erreur, mais je n'ai pu refuser à un homme qui a servi pendant 22 ans le gouvernement, un homme qui a tout perdu dans les crises de la dévolution, une prmve de ma bonne volonté. C'est une espérance de bonheur pour lui, et pour moi une occasion de vous rappeller que mon amitié sait résister à toutes les épreuves et qu'elle ne finira qu'avec mes jours. •

« Tiiérbsa Cabarrus Tallien. >

Nous continuerons cette petite promenade dans notre prochain numéro.

NOUVELLES DIVERSES

Le Bulletin n° 147 de Mr J. Charavay aîné va paraître. Comme nos lecteurs le recevront tous nous ne reviendrons pas sur l'intérêt et la variété des pièces qui le composent.

— Nous venons de recevoir le bulletin n° 15 de Mr Gabriel Charavay. Parmi les noms qui y sont renfermés nous citerons seulement Destouches, Guise (François de), assassiné par Poltrot; Saint-Garde, poëte du xvir» siècle, et la marquise de Verncuil, maitresse de Henri IV.

Bibliothèque de Marseille : Le n° 3 du Moniteur de Varchèologue contient un article de Mr Eugène Perdail sur la bibliothèque et lecabmet des médailles de Marseille, article emprunté à VLcho de Marseille. Ce fut le 10 mars 1799 que cette biblioihèque fut créé et Mp Achard, qui avait sauvé beaucoup de volumes lors des troubles révolutionnaires, fut son premier conservateur. Depuis se succédèrent Groze Maguan, Jauffiet, Méry, Joseph Autran et Reynier, bibliothécaire actuel. « Mérv, dit Mr Perdail, fut uu excellent poëte mais un fonctionnaire médiocre. )'ai vu chez quelqu'un un livre emprunté à la Bibliothèque sous la dictature Méry, livre qu'on n'a jamais réclamé à l'emprunteur, lequel est mort sans l'avoir restitué. • — Trois salles composent le local qui est affecté à la Bibliothèque, enclavé dans un étage du couvent des Bernardines. La première contient les livres, la seconde de précieux manuscrits, la troisième, remplie de volumes, est la salle du public. Chose étonnante, peu de personnes y viennent travailler, circonstance qu'il faudrait attribuer à l'absence dans les rayons du plus graud nombre des ouvrages publiés depuis 40 ans. — Enfin la Bibliothèque doit prochainement être transportée dans un superbe local, oui lui seia particulièrement affectée, et il faut espérer que le nombre de- livres et des lecteurs augmentera rapidement.

Quelle est la date de la bataille de Cocherel? Nous avons enregistré cette question, il nous faut donc aussi insérer les réponses. Dans le n° 66 de V Intermédiaire MM. A. Nalis et T. de L. penchent pour le 16 mai 1364, date donnée par Froissart et l'Histoire de Normandie, et

adoptée par MM. Bordier et Cfoarton, par Mr Henri Martin, en un mot,

par tous les historiens sérieux.

Un exemplaire des caractères de La Bruyère annoté par lui : —

L'Intermédiaire renferme cette question que nous reproduisons, heureux si nous pouvions contribuer à faire retrouver cet exemplaire : — Dans le travail de chercheur et de curieux consommé que vient de publier M. Ed. Fournier, sous ce titre : La Comédie de La Bruyère, il est question (t. u, p. 496) d'un exemplaire des Caractères, revu et augmenté de la main de l'illustre écrivain, peu de temps avant sa mort, pour sa 9* édition, mais qui n'a pas servi. Cet exemplaire, demeuré entre les mains de ses héritiers, « s'oublia, s'égara; peut être est-il perdu. » Mais en 1844 il existait encore, ajoute M. Edouard Fournier. Voici, en effet, ce qu'on lit dans le Catalogue de la bibliothèque de M* Kastner(dv Balef, 1844, in-8, 2e partie, p. 8, n° 40 : « Nous avons vu, chez un vieil amateur de Choisyle-Roy, un exemplaire (des Caractères) portant des annotations et une préface de La Bruyère. » — Qni nous dira si le dit exemplaire existe encore aujourd'hui et quel en est l'heureux possesseur ? — S. D.

Nécrologie : Encore une perte à enregistrer pour le personnel des archives de l'Empire: Mr Alphonse Grun, chef de la section législative et judiciaire, vient de mourir d'une attaque d'apoplexie aux bains de Buhl, près de Bahr, où il était allé passer l'été avec sa famille. M' Grtin était né à Strasbourg le 8 mars 1801. Reçu avocat il collabora aux grands travaux de Datloz, dirigea le Journal général de France, fut placé, en 18i0, par Mr Guizot, à la tête du Moniteur, fonction qu'il ne quitta qu'en 1854. Il n'était chef de section aux archives que depuis 1856.

CHRONIQUE

Qui ne l'a dit cent fois? les inventeurs vivent pauvres et méconnus : on ne leur rend justice qu'après leur mort : et ce sont eux qui perfectionnent, qui retirent tout le profit des découvertes. M. Emile Augier a fait une comédie pour le prouver, chose que, bien avant lui, s'étaient chargé de faire Christophe Colomb et Amène Vesp-iee. Colomb découvre le Nouveau-Monde et Améric Vespuce, qui vient après lui, lui donne son nom. Il est un pays cependant sur la côte orientale de l'ithsme de Panama, où l'illustre navigateur, lors de son 4e et dernier voyage, aborda en

Ianvier 1503, qui a voulu réparer cette ingratitude à l'égard du grand îommeet prit le nom de Colombie. Le congrès des Etats-Unis de ce pays a terminé cette année sa session législative à Bogota, le 4 juillet. Avant de se séparer, il a déclaré accepter avec reconnaissance le don fait par le général Mosquera, président de la République, d'une magnifique statue de Christophe Colomb.

Aux termes du décret, dit une correspondance adressée au Siècle, cette statue sera érigée gur la principale place de la ville qui porte le nom du grand navigateur, dans l'isthme de Panama, au nord de l'Atlantique.

Le piédestal portera pour inscription, sur une de ses faces, les vers célèbres de Sénèque, et qui ont été souvent considérés comme une sorte de prophétie :

Venient annis secula seris, Quibus Oceanus vincula rerum Latet, et ingens pateat tellus, Tethysque novos detepat orbes Nec sit terris ultima Thule.

Sur un autre côté du monument, au-dessous des mots : christophords colombus, on lira le distique suivant :

Bxtremum, ingenfem, cœcum trans aequora mundum Hesperiae vates dixerat : ipse dedi.

Ante diem JV Idus Octobris MCCCCXCII.

C'est en effet le 11 octobre 1492 au soir que Colomb, croyant abordernar la voie de l'ouest le continent asiatique, découvrit une des petites Antilles, sur laquelle il débarquait le lendemain ; il la nomma San- Salvador et en prit possession au nom des rois catholiques Ferdinand et Isabelle.

En France chaque ville élève des statues aux grands hommes dont elle se glorifie. Argentan a inauguré, le 16 septembre dernier , le monument qu'elle a consacré à la mémoire de Mczeray. Ce n'est pas que le célèbre historien soit orignaire «le crtte ville, car c'est au hameau de Ri, diocèse de Séez, qu'il naquit en 1610, mais .«on frère Charles Eudes d'Hanay, le chirurgien, en fut échevm et chacun connaît les Gères paroles qu'A répondit au maréchal de Grancey, pour s'opposer à la démolilion d'une tour de l'horloge qui faisait partie des anciennes fortifications d'Argentan. — D'où viens-tu donc et qui es-tu, demande le maréchal, pour résister à

adorateurs de jusplacô

dans un square qui fait face à l'hôtel-de-ville, on a gravé l'histoire, la vérité, et le portrait des deux frères de Mézeray, le père Eudes et le chirurgien.

L'Angleterre, elle aussi, a le culte des grands hommes. C'est pour perpétuer la mémoire d'un illustre et infortuné marin, sir John Franklin, et de ses braves compagnons qui ont péri avec lui dans les régions arctiques qu'elle vient de lui élever une statue, qui est placée prè> de la colonne du duc d'Yorck, entre Carllon house Terraceet Pall-Mall. Elle est, dit le Morning-Post, auquel nous empruntons ces détails, d'une ressemblance vraiment frappante.

Les Américains sont une nation vraiment bien industrieuse. Ils ont, paralt-il, trouvé le moyen de fabriquer du papier avec les joncs qui croissent en abondance sur les bords de la mer. Le papier obtenu est, d'après les journaux deWashingion, blanc, uni, lésistant, de bonne qualité, et revient très-bon mai ché. Voilà une découveite précieuse, et la nouvelle mente d'être vérifiée.

Quérard, le laborieux bibliographe, a laissé un cabinet qui vient d'être acheté par Mr Gustave Brunei. « On s'était, dit la Petite Revue, bien exagéré la \aleur des curiosités que devait contenir ce cabinet qui n'a de réellement important que l'énorme quantité de notes et de documents )réparés en \ue de l'Encyclopédie du Bibliothécaire à laquelle il travailait depuis 30 ans. > E. C.

Le Directeur-Propriétaire : Jacques CHARAVAY.

Pc

Abheville. — Inip. P. Btiez.

N° 116. — 5* Année

16 Octobre 1866

Itureaux s rue des Grande-Augustin», 96, a Pari»

PRIX DE

Pour six mois .

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