‹ L'Amateur d'autographesChapitre 79 sur 175 · POUR PARIS ET · texte numérisé non relu

POUR PARIS ET

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PIÈCES INÉDITES

iOMKRiET (Robert Car», comte de)

Lettre signée adressée à « Monsieur le duc de Bouillon, premier mareschal de France, » et datée de Londres, le 17 novembre 1612. Robert Carr, alors vicomte de Rochester, était le favori du roi d'Angleterre Jacques Ier, prince faible, qui eut été mieux placé dansune académie de théologiens que sur le trône, et que ses contemporains ont caractérisé dans cette épigramme célèbre : « Rex fuit Elisabeth, nunc est regina Jacobus. » Rochester se trouvait au comble de la faveur, car la mort venait d'enlever les deux hommes qui étaient un obstacle pour son ambition, le comte de Salisbury 1 et le prince de Galles». Il négociait en ce moment le mariage d'Elisabeth, fille de Jacques Ier, avec l'électeur palatin Frédéric V, alors âgé de 16 ans et sous la tutelle de Jean II de Deux-Ponts. Par cette union le roi d'Angleterre voulait resserrer son alliance avec les princes protestants d'Allemagne, et c'est pourquoi il choisit Frédéric préfôra-

1 Cecil (Robert), comte de Salisbury, ennemi du comte d'Essex, le plus habile ministre de Jacques I", né en 1563, mort le 21 mai 1612.

* Henri Frédéric, prince de Galles, m1 le 19 février 1594, mort le 6 novrmbre 1612, selon Moreri. le 13, selon Y Art de vérifier tes dates. • Ce prince étoit gentil et promettoit beaucoup de soi » {Mémoires du cardinal de Richelieu, ed. Michaud, Ire partie, p. 54). Mais le roi ne l'aimait pas : le prince avait osé blâmer hautement la conduite pusillanime de son père. Aussi celui-ci ne le regretta-t-il nullement, au dire de tous les historiens, et quelques-uns même l'ont soupçonné, heureusement sans preuves certaines, d'avoir contribué à la mort de* son flls.

blement aux têtes couronnées ». Le futur électeur était le neveu de Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, maréchal de France, et il avait été élevé, dès 1605, à la cour de son oncle. Celui-ci ne pouvait rester étranger au mariage et il en fut le principal négociateur. Le maréchal, après avoir été compromis dans la conspiration de Biron, en 1602, après s'être brouillé, puis réconcilié avec la reine, se rendait justement suspect à la cour parle mariage de son neveu. C'était du reste le lot des ducs de Bouillon de se trouver toujours en dissentiment avec les ministres ou eu révolte avec le roi. On sait que le fils du maréchal » s'allia avec le comte de Soissons et devint un des chefs de la fronde, et que le cardinal de Bouillon harcela Louis XIV de ses vaines prétentions et fatigua les oreilles de ses contemporains en proclamant partout l'antiquité de sa maison, que deux volumes in-folio de Baluze suffirent à peine pour prouver t.— 11 n'était donc pas étonnant,— pour en revenir au sujet qui nous occupe, — que le vicomte de Rochestér entretint une correspondance suivie avec le duc de Bouillon. On trouve deux de ses lettres dans la vente que prépare M. J. Charavay aîné. La première datée de Hampton Court, 4 juillet 1612, est une épttre mielleuse, comme en savent écrire les diplomates. « Comme la réputation, dit-il, que vos vertus vous ont très-juslement acquise envers tous a esté cause que je vous honoroys avant d'avoir l'heur de vous cognoistre, aussy depuis que j'ay eu cest honneur il me semble que le bruict commun a parlé plustot le langage de l'envie que de la flatterie. » — La seconde est plus sérieuse et nous allons en mettre le texte sous les yeux de nos lecteurs :

Monsieur,

Nous avons fort regretté par deçà la mort de Monsieur le comte de Soissons 4 comme d'un prince qui par voslre entremise estoit devenu fort affectioné à ce royaume, mais il est ail venu que noslre propre douleur plus grande causée par le trespas de nostre prince de si grande espérance (le prince de Galles) a effacé celle-là. Quant à Monseig' le comte Palatin « duquel le mariage est parce moyeu de plus grande conséquence, je vous prie de vous asseurer que l'honneur que je porte à son très noble oncle me rendra beaucoup plus son serviteur. Je laisse Monsr Overbury i entiè-

i Mémoires du cardinal de Richelieu, lre partie, p. 54.

t Frédéric Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, né le 22 octobre 1605, mon le 9 août 1652.

» Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, 1709, 2 vol. in-fol. — (v., dans le catalogue de M. J. Charavay aîné, les lettres deBalnze sur la composition de cet ouvrage qui déplut au Hoi et valut l'exil à son auteur).

4 Charles de Bout bon, comte de Soissons, fils de Louis l", prince de Condé, né à Nogent-le Rotrou le 3 novembre 1566, mort au château de Blandy, en Bric, le l* nove mbre 1612. Prince aussi fourbe qu'ambitieux, il passa sa vie à trahir et à s'efforcer en vain d'occuper le premier rang à la cour. Il était alors l'ami du duc de Bouillon.— Son fils Louis, suivant l'exemple de son père, et s'alliant avec le fils du maréchal, se révolta contre le roi, le vainquit au combat de La Marfée, mais trouva la mort au sein de la victoire 16 juillet 1641). Il ne laissa pas de postérité.

i îl était alors en Angleterre où il i tait arrivé dans le mois d'octobre. {Art de vérifier les dates, article Jacques ler).

e Overbury (Thomas), noéle, né en 1581. à Compton-Scorfen (comté de Warwick», était, depuis 1601, l'ami de Robert Carr, devenu vicomte de Ro-

rementà vostre eoiog pour l'envoyer à Sedan ou autre part otl bon vous semblera, et estime la faveur dont il vous a pieu l'honorer comme faicte à moy-mesme, on tant qu'elle est faicte pour amour de moy.

> Quant à luy, pour lesmoigner le ressentiment que j'ay de rafréclioh et amitié fidèle que j'ay trouvée en ses parents tant du père que de fà mère en mon endroict, j'ay délibéré après qu'il vous aura servy encore deux ans le mectre au service de Monseig' le Prince, où il sera capable non-seulement d'estre utile à moy, ains aus^y de vous rendre service en recognoissance de vos faveurs envers lui Et pour moy je demeurerai toute ma vie, Monsieur,

Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,

ROCHESTBR *.

De Londres, lè 17e jour de novembre 1612.

Le mariage de Frédéric avec Elisabeth fut célébré à Londres, je 14 février 1613*, avec la plus grande pompe, t Après toutes les solennités accoutumées en semblables occasions, ils partent de Londres, s'en vont en Hollande, où ils sont reçus magnifiquement, arrivent à la Haye le 28 de mai ; de là ils s'en vont prendre possession de leur Etat, où ils seraient heureux si, renfermant leurs désirs dans les bornes de leur condition, et la princesse se souvenant d'être descendue de celle de sa naissance en celle de la naissance de son mari, ils ne concevoient des espérances injustes et peu modérées;

> lesquelles enfin se termineront à leur honte et à la perte et à l'anéantissement môme de ce qu'ils sont » En effet, Frédéric V, après avoir été élu roi de Bohême (161 9), se vit disputer la couronne par l'empereur Ferdinand II et perdit tous ses états. Il fut réduit à voyager de cour en cour, mendiant des secours et en obtenant fort peu, et il termina enfin sa vie aventureuse le 29 novembre 1632, âgé seulement de 38 ans*. Elisabeth survécut longtemps à son mari, car elle ne mourut que le 13 février 1662 ».

CLAIRON (Mademoiselle)

Piquante épître • adressée à « Monsieur Doyen, de l'académie de peinture, galleries du Louvre. » Elle avait demandé, parait-il, au célèbre peintre de lui faire son portrait, et celui-ci avait beau-

chesfer Ayant voulu empêcher l'union du favori avec la femme de Robert, comte d'Essex, il se vit emprisonnera la tour, par une trahison infâme, le 21 avril 1GI3, et il y mourut, empoisonné, le 15 septembre suivant. — Ce crime ne demeura pas impuni : deux ans après des persounes qui avaierit eu part à l'empoisonnement d'Overbury furent exécutées. Quant aux vrais coupables, Somerset et sa femme, condamnés à mort eu 1616, ils furent graciés par le roi.

, 1 Kochester ne devint comte de Somerset que lors de son mariage avec

l'ex-comtesse d'Essex, lequel fut célébré avec une pompe extraordinaire le 26 décembre 1613.

* Selon l'art de vérifier les dates et Moreri. Les Mémoires du cardinal de Richelieu reculent le mariage au 18 février.

* Mémoires du cardinal de Riclielieu, lre partie, p. 61.

* Il était né le 16 août 1696.

* Elisabeth avait 3 jours de moins que sou mari, étant née le 19 août

* Vente du M. J. Cliaravay aîné.

coup tardé à se rendre à ce désir. La spirituelle actrice se venge de cette négligence par une lettre pleine de traits acérés et mordants, et qui n'est qu'un persiflage moqueur qui dut piquer l'amour-propre du grand artiste.

Je ne nie point, Monsieur, le propos dont vous vous plaignés, maisie nie que vousayés raison de vous en plaindre : quoi donc, je demande nu ouvrage à un artiste, je presse mon ami de constater mon talent par le secours du sien ; je n'ai point abusé de son tems; je n'ai demendé ni le sacrifice de ses intérêts, ni celui de ses plaisirs, et quant au bout de plus de cinq ans de prières inutiles, je m'impatiente de l'indolence de l'artiste, et du manque d'égard de l'ami que je me permets de lui dire, que, s'il ne veut pas faire le dessin que je désire Je lui ferai la honte de le faire faire par un autre, il prétend que j:; l'outrage! eh! mais, Monsieur, n'est-il donc permis qu'à vous d'être sensible? m'otés-vous le droit que l'expérience et ma raison me donne de juger les bommes dTaprès leur conduitte ? Prétendés-vous que le sang ne circule pas dans mes veines, comme il circule dans les vôtres? Apprenés de moi, Monsieur, que par respect pour vous môme, par respect pour ce titre d'ami que vous preniés, vous déviés faire ce que je fbus demandais ; vous déviés surtout vous expliquer sur ce qui vous blessait, et non me laisser là aussi indesçament que vous le faites depuis sept mois.

Je vous félicite, Monsieur, d'avoir pris l'esprit du tems et de croire bonnement à l'égalité; mais trop vieille pour changer mes habitudes, et ne me souciant point d'une autre place que celle où Dieu m'a mise, je ne rougirai jamais de donner le nom de protecteur aux personnes que leur haute naissence, ou leur toute puissance me deffend de regarder comme mes égaux. Je suis aussi recomiaissente que je dois 1 être de l'assureuce que vous me donnés d'honorer ma mémoire après ma mort l; certes, votre attention est amicale et touchante; je vois que je puis mourir avec tranquillité ; mais comme vous dites avoir beaucoup d'affaires en ce moment, je prendrai patience sur ma gloire et vous en chargerai le plus tard qu'il me sera possible.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très-humble et très- obéissante servante,

Clairon.

Paris, ce 12 novembre 1790.

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