DUSAULX
Lettre datée de la Force, 25 brumaire an h, et adressée à ses collègues. Dusaulx, le traducteur de Juvénal, quoique sexagénaire à l'époque de la Révolution, en avait adopte les principes avec une ardeur juvénile. Elu député à la Convention par le département de Paris, il offrit sa démission après le 31 mai, et fut compris dans la catégorie des modérés. Billaud-Varenne demanda son arrestation, mais Marat prit la défense de ce « vieux radoteur, qui ne pouvait être dangereux. » Néanmoins Dusaulx fut mis à la Force avec onze de ses collègues, entre autres Mercier et Daunou. C'est de là qu'il écrivit la curieuse épitre que .'nous publions où il rappelle que Marat lui-môme l'a défendu.
A. Paris; de la Force, le quintidi de la 3* décade de brumaire ; l'an2« de la
République une et indivisible.
Cytoyens mes collègues,
Je vous ai écrit quelques jours avant mon arrestation, et je me relate à cette lettre pour abréger celle-ci.
Le moment est suprême, si j'en crois les papiers publics. Le rapport du décret, qui nous ôte l'espérance de pouvoir nous défendre au sein de la Convention, a Quelque chose d'effrayant au premier aspect, môme pour l'innocence. Quul me soit donc permis de vous exposer en faveur de ma cause quelques motifs individuels, et qui militeront aussi pour celle de mes collègues dont je ne prétends point me séparer.
Vous ôtes suffisament instruits de toutes les circonstances de notre déclaration ; c'est pourquoi je ne m'étendrai point sur cet article. Qu'il vous suffise, citoyens, qu'aucun d'entre nous n'eût le projet d'entraver les affaires publiques. Il est certain et je le jure sur mon honneur, que nous renonçâmes bientôt à toute sorte de publication, surtout lorsque nous vîmes* qu'il s'agissait de terminer la constitution. Dès lors, nous ne songeâmes plus à la pièce en question, et chacun de nous la croioit en rebut et môme anéantie.
Vous observerez encore que loin de nous séparer delà Convention, nous n'avons pas cessé de voter avec elle ; et, -qu'en dernier lieu je me suis présenté à la tribune pour y faire, au nom du Comité d'instruction publique, mon rapport sur les jeux de hasard, tripots et Ibteriei C
Ce nest pas vous, citoyens collègues, du moins i'aime à le croire, qui nous traiterez de conspirateurs, parce que nous n'avons pas eu toujours et précisément les mêmes opinions que vous : Nous avons pu différer sur quelques accessoires ; mais nous nous sommes constament accordés et nous nous accordons encore sur le fonds, c'est-à-dire sur ce qui pouvoit et qui peut établir la République sur des bases inébranlables. D'ailleurs quelles qu'ayent été nos opinions, ne nous sommes nous pas soumis aux secrets ? et lorsque on nous a arrêtés, ne marchions nous pas avec vous sans contradiction.
Quant à moi, citoyens, je le demande à Paris, à la France, à l'Europe, qui pourrait douter de la pureté de mon patriotisme antérieur de plus de trente années à la Révolution ? les preuves en sont consignées dans mes ouvrages traduits en plusieurs langues. C'est moi qui, le premier, ai eu l'honneur de célébrer Y insurrection parisienne a, en qualité de témoin et d'acteur, et ce livre fut porté, avec les ouvrages de plusieurs autres patriotes, aux funérailles de Voltaire.
Consultez les procès-verbaux des Electeurs de 1789, des Représentans de la Commune, etc., vous m'y verrez toujours marchant en droite ligne au but sacré de la liberté, dont mon cœur brûlera jusqu'au dernier soupir ; on sait comment je me suis conduit dans tout ce qui a eu rapport à la Bastille et aux vainqueurs de cette odieuse forteresse : j'en ai rendu compte à l'Assemblée Constituante et à la Législative. Les blessés, les veuves etilesorphelins, vous diront que, malgré la modicité de mafortuneje me suis empressé à leur fournir les secours dont ils avoient le plus pressant besoin, et qu'excepté des armes et le titre de vainqueur de la Bastille dont je fus gratifié par l'Assemblée Constituante, je refusai toutes les indemnités qui me furent offertes.
Parvenu à la Législative et à la Convention, je me suis strictement renferme dans le cercle de mes devoirs, et n'ai jamais manifesté mon opinion qu'à la Tribune. Enfin, Cou thon, Marat et Rhul, ont pris ma défense le 31 mai et le 2 juin derniers.
C'en est assez, citoyens mes collègues, pour vous mettre sur la voie de mon innocence et de mon patriotisme. Mon sort est entre vos jmains. Je m'en rapporte à vos lumières, à votre justice et n'implore qu'elles.
J. Dusaulx,
Député à la Convention Nationale.
Dusaulx fut transféré dans la maison d'arrôtde Port-Libre (ancien couvent de Port-Royal), avec ses collègues et fut mis en liberté après le 9 thermidor. 11 devint membre du conseil des Anciens, sortit du Corps Législatif, en mai 1798, et mourut le 16marsl799,àgédc71 ans.
Etienne Charavay.
1 Dusaulx s'éleva souvent contre les loteries dout il demanda plusieurs fois la suppression.
* Cet ouvrage fut publié, en 1790, quelques jours avant la iédération sous ce titre : V Insurrection Parisienne, il était suivi de Considérations morales sur la Révolution de 1789.
IIAJVUKX». DE L'AMATELR D'AUTOGRAPHE»