LOUIS XII
Lettre adressée « à noz amez et féaulx, les gens de noz comptes à Mois », et datée de Lyon, le 2 septembre 1499. Louis XII, à la nouvelle des brillants succès de ses généraux qui avaient conquis le Milanais en vingt jours, se disposait à passer les monts. Mais auparavant il voulut se munir du traité de mariage de Louis, duc d'Orléans, avec Valentine de Milan *, sur lequel il fondait tous ses droits à la souveraineté de la Lombard ie. C'est pourquoi il écrit la lettre suivante aux gens de ses comptes pour leur demander ce document:
De par le Roy,
Noz amez et féaulx, pour ce que nous avons nécessairement à besoigner du traictié de mariage faict par cy devant entre feu nostre très cbier sei-
fmeur et ayeul duc Loys et dame Valentine, nostre aveulie, ensemble de a ratification lors faicie par l'empereur Sigismond », nous vous mandona et expressément enjoignons que incontinent à toute diligence vous serchez es archifz de nostre chambres de comptes de Blois les dis traictié et ratifficatîon, ensemble toutes autres choses conceroans le fait et droit de nostre duché de Mylan et de tout nous envoyez par les postes la copie lignée de tout ce que vous trouverez touchant ces te matière pour nous en ayder et servir en ce que nous venions estre à faire, et gardez que en ce n'ait faulte. Donné à Lyon le tle jour de septembre (1499). Loys.
1 Le contrat fut passé en 1386 et le mariage consommé en 1389. Valentine était fille de Galéas Visconti, vicomte de Milan, s Né le 14 février 1368, élu le 21 juillet 1411, mort le » décembre 1437.
Louis XII passa les monts, fut reçu a Turin vers la fin de septembre par le duc de Savoie Philibert II, de là partit pour Milan où il fit son entrée le 2 ou le 3 octobre. Il revint en France avant la fin de l'année sur la nouvelle de l'accouchement de sa femme qui venait de lui donner une fille, Claude, mariée depuis à François Ier.
LOUM XIII
Lettre autographe signée, datée de Paris, 23 avril 1619, et adressée « à mou cousin le duc de Bouillon J. » Marie de Médicis avait été reléguée à Blois après l'assassinat du maréchal d'Ancre (24 avril 1617). Détestée pendant sa régence ses malheurs lui reudirent l'amour ou du moins le respect du peuple et des grands. Le duc d'Epernon était resté Tarai fidèle de la Reine et tous ses efforts tendirent à lui rendre la liberté: le duc de Bouillon s'associait à ces desseins, mais ils ne pouvaient s'entendre ensemble. Il faut lire dans les Mémoires de Richelieu le récit qu'il fait des événements qui précédèrent la fuite de Marie de Médicis qui eut lieu le 22 février 1619. * D'autre part, dit-il, le duc de Bouillon ne faisoit jamais rien sans argent, et, qui plus est, le duc d'Epernon et lui en avoient besoin pour une telle entreprise Enfin dans un voyage secret que ce dernier fit à Sedan il gagna « sinon la confiance du duc de Bouillon qu'il n'étoit pas aisé à avoir, au moins la souffrance qu'il s'entremît en toutes ces affaires *...» — La Reine cependant s'échappa de sa prison, comme nous l'avons dit, et le 23 février elle écrivit de Loches à son fils *. Louis XIII fut très contrarié de cette nouvelle et il voulut se prémunir contre les événements fâcheux qui pourraient en advenir. Tout d'abord il s'occupa a sonderles sentiments du duc de Bouillon. Voici ce que nous apprend Richelieu à cet égard : « Le Roi, cependant, pour découvrir les sentiments du duc de Bouillon et l'obliger en quelque façon, lui écrivit pour lui demander son conseil en cette occurence ; lequel, avec dextérité, lui manda d'assoupircemécontentementpar remèdes doux et bénins, et ne troubler la paix de son royaume en un temps où elle était si bien établie et si chérie de ses sujets, etc., etc 5. » Ce ne fut pas la seule lettre que Louis XIII écrivit au duc: en voici une seconde qu'il lui adressa peu de jours avant de faire la paix avec sa mère :
Mon cousin Villars m'aiant fait antandre que vous lui aviés donné charge de ra'assurer que nonobstant le bruit que l'on fait courir vous n'avés jamais eu autre intention que de demeurer inséparablement ataohé à mon service ny pris aucune part aux menées qui se font contre mon autorité et le repos de mes peuples, je n'ay pas voulu diférer davantageà vous tesmoig ner par luy le contan tement quy m'en demeure et vous assurer comme je faits par celle-cy que demeurant ferme en ce devoir
* Bouillon (Henri de La Tonr d'Auvergne, duc de), maréchal de France, né le 28 sept. 1555, mort le 25 mars 1623.
* Mémoires du cardinal de Richelieu, éd™ Michaud, p. 189. a Idem. p. 190.
* Idem, p. 191.
s Idem, p. 192.
ainsi que je l'atends de vostre afection et de vostre prudence, j'auray un soing particulier de le recognoistre non seulement en ce qui concerne le
Syement et continuation de vostre protection de Sedan et autres choses nt vous avés esté cy devant gratifié et que j'entans vous estre piaulement entretenus mais encores en toutes les autres ocasions qui s'ofriront uour le bien de vostre maison, m'assurant que comme vous savés trop mieux juger qu'elle trouvera tousjours ses advantaiges plustost dans la prospérité qu'en la ruine de mes afaires, aussi voudrés vous contribuer tout ce qui despendra de vous pour m'aider.à les conduire au point que doivent souhaiter les bons François ; c'est de quoy je vous prie et de ne vous point séparer de mes volontés puisqu'elles n'ont autre objet que la grandeur de ma couronne et le bien de tousmessujects, etmeremetantau surplus à ce que l'avocat Héraut et Villars que je vous envoie vous feront antandre plus particulièrement de ma part, je priray Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte garde. A Paris, le 23"e avril 1619.
Louis.
Quelques jours après cette lettre, le 30 avril, la paix fut signée à Angoulême entre Louis XIII et sa mère. Quant au duc de Bouillon il se trouva réconcilié avec le Roi et mourut quatre ans après.
Très curieuse épître datée du 22 décembre (1786) et adressée au comte Armand-Marc de Montmorin-Saint-Hérem, qui devint ministre des affaires étrangères l'année suivante et fut massacré à l'Abbaye en septembre 1792. Nous donnerons en note les éclaircissements qu'exigent les faits énoncés dans cette lettre :
Monsieur le Comte, Nos lettres se sont croisées, et la mienne, comme vous i'avés vû, n'avoit pas attendu la votre, mais pour avoir l'honneur de vous répondre, il a fallu attendre que les vacances de Noël me laissassent un moment de loisir. Mon travail devient tous les jours plus pénible, parce que le public, comme il arrive toujours, devient de plus en plus exigeant, et nous payons un peu cher l'honneur de l'avoir rendu difficile. Heureusement nous nous soutenons jusqu'ici, et le discours d'ouverture, dont peut-être on vous a parlé, et les deux leçons suivantes sur la Poësie avant Louis XIV, ont eu beaucoup de succès. La dernière surtout a été une des plus brillantes que nous ayons jamais eues *. Nous avons une foule énorme : les lundis et les jeudis la grande salle est pleine; beaucoup de nouveaux souscripteurs, et pourtant il s'en faut encore de 200 que nous ne soyons au niveau de l'année passée. J'espère pourtant que d'ici à la fin de janvier, nous l'aurons à peu près attrapé, car on vient s'abonner tous les jours.
i Laharpe parle ici dn cours de littérature qu'il professait au Lycée qu'il avait ouvert, le 15 février 17b6, au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue de Valois. Voici le jugement qu'en a fait Mr Sainte Beuve, dans ses Causeries du Lundi : « Le Lycée était une fondation a la fois scientifique et littéraire, une élégante Sorbonne à l'usage des gen3 du monde. La Harpe monte dans sa chaire vers deux heures de l'après-midi. L'élite des jeunes dames, des gens d'esprit et des littérateurs, tout ce qu'il y a de plus brillant à cette florissante époque de Louis XVI entoure sa chaire. Il s'y assied avec calme, avec assurance, avec dignité Par son attitude, par son excellent débit de lecture comme par la
Qualité de sa parole, il justifie bien ce mot de Voltaire : • Vous avez toujours té fait pour le noble et l'élégant, c'est votre caractère. *
Mr de Condorcet a pensé faire une révolution qui, à ia vérité, n'aurait pas été fort glorieuse. Dans une leçon sur l'astronomie et les probabilités mathématiques il a fait la sortie la plus déplacée et la plus iudécente contre le Parlement et a rappelé nommément l'affaire de Mr Dupaty K On a été sur le point de le dénoncer. Heureusement M, Domirourt a empêché cette démarche, grâces à l'activité de Mr de Montesquiou, t qui courut risque de voir détruire un établissement aussi utile qu'honorable aux lettres et auquel vousavés tous les deux le plus contribué. Si le Parlement s'était plaint au Roi, il est probable qu'on lui aurait sacrifié le Lycée beaucoup pins aisément qu'un édit d'imposition.
Vous savez probablement, Monsieur le Comte, la nomination de M. de Sorabreuil « à la place de Gouverneur des Invalides, et la mort de Madame de Lawo< stine *. Ce sont les deux événements qui ont le plus oeccupé le public ces jours-ci ; la fille de Madame de Genlis a été généralement regrettée et méritait de l'être. On n'a parlé que du désespoir de ses proches, de la douleur de madame la duchesse d'Orléans, « en un mot, de tout ce qui la connaissait ; mais ce qui est singulier , c'est que personne n'a dit un mot de Madame de Genlis : il semblait que Madame de Lawoestine n'eut pas de mère e.
Les Horaces * n ont pas eu plus de succès en opéra qu'ils n'en avaient eu autrefois en ballet. Phèdre a été un peu plus heureuse ; il y a véritablement de belles choses dans la musique, mais c'est toujours aux gens de goût une grande misère que de mutiler et d'étrangler ainsi des sujets propres aux développements des passions tragiques ; c'est dénaturer l'art dramatique etdôpraver notre Théâtre- Français ; et puis quelle honteuse stérilité de ne pouvoir faire des opéras qu'en gâtant de belles tragédies. Je compte bien faire quelque jour justice de cet abus qui fait de notre scène lyrique une boutique de friperie, mais le moment n'est pas venu.
Voilà une place vacante à l'Académie ; l'abbé de Boismont est mort 8
* Le Parlement «le Paris avait rendu, Je 20 août 1786, un arrêt qui supprimait comme faux et injurieux à la magistrature et attentatoire à la dignité royale un mémoire en révision du jugement capital nui avait condamné au supplice de la roue les trois accusés de Chaumont Condorcet publia sur cette affaire un petit opuscule où il blâmait sévèrement la conduite du président d'Ormesson et louait justement le courage de Dupaty. premier président au Parlement de Bordeaux, qui s'était déclaré l'auteur du mémoire justificatif qu'avait condamné le Parlement de Paris et protesta énerglquemcnt contre 1 arrêt qui le supprimait. — Concordet professait au Lycée : voila pourquoi Laharpe lui en veut tant.
1 Montesquiou-Fézensac (Anne-Pierre, M'« de), alors maréchal de camp et membre de l'Académie- française, n. 1 739, m. 1798.
» Sombreuil (Ch.-Fr. Virot, marquis de), n. 1727, sauvé des massacres de l'Abbaye par le dévouement de sa fille, et décapité le 17 juin 1794.
* C'était l'aînée des deux filles de M-c de Genlis. Elle mourut fort jeune peu de temps après avoir donné le jour à un fils, le marquis de Lawoestine, général de division, actuellement sénateur et gouverneur des Invalides .
i Orléans (L.-M. -Adélaïde de BowbonPenthièvre, duchesse d'), femme de Philippe Égalité, née en 1753, morte en 1821.
e Laharpe, dont M»« de Genlis avait tracé le plus affreux portrait dans ses VeiUées du château, lui avait cependant adressé des vers où il louait ses ouvrages. (V. l'article Genlis dans la Biogr. Didot.)
i Opéra de Salieri qui fut joué sans succès.
b Boismont (Nicolas Thyrel de), célèbre prédicateur, né en 1715, mort à Parts le 20 décembre 1786. 11 avait été élu en 1755, membre de 1 Académie-française en remplacement de Boyer, évôque de Mirepoix.
et personne n'y gagne plus que l'abbé Maury, qui hérite de 40,000 francs de rente *.
Dieux qui le connaissés Est-ce donc la vertu que vous récompensés ?
Quelque chose de plus extraordinaire, c'est qu'on va déférer au Parlement te nouveau rituel de l'archevêque de Paris f, qui est vraiment, diton, une pièce curieuse. Et puis vantons-nous de nos progrès.
Voulés-vous bien, Monsieur lu Comte, offrir mes très-humbles respects à Madame de Moutmorin et à tous les vôtres, et recevoir avec votre bouté ordinaire, l'hommage de tous les sentiments qui m'attachent à vous pour la vie. De Laharpe.
22 décembre (1766).