‹ L'Amateur d'autographesChapitre 87 sur 175 · QÎJ «HISTOIRE J>E U RÉVOLUTION DJ 10 AOUST · texte numérisé non relu

QÎJ «HISTOIRE J>E U RÉVOLUTION DJ 10 AOUST

C'est .aux hommes qui,, en écrivant, n'ont d'autre 'but que de dire la Térité sans ^babiller à leur fantaisie et selon leurs passions,, à se saisir du burin de l'histoire et à retracer ides faits qui appartiennent à la postérité plutôt qu'eu temps dans lequel ils écrivent. Aucun peintre impartial n'a

encore essayé ses pinceaux d'après le vaste et sublime tableau qu'a présenté la révolution du 10 aoust 1792, ou si quelques traits ont été dessinés tous sont dirigés par l'esprit de parti* et portent plutôt le caractère de leurs auteurs que celui delà Révolution qu'il fallait peindre. J'ai vu plusieurs ouvrages de cette espèce qui m'ont révolté et je me suis dit : pourquoi u'écrirais-je pas sur celte grande matière ? pourquoi moi, acteur et témoin de cette Révolution, ne donnerais-ie pas à mes concitoiens les faits que j'ai vus, recueillis, et dans lesquels j ai agi ? Voilà ce qui m'a déterminé à entreprendre une tache pénible mais fructueuse, persuadé que c'est moins le style que l'on cherche dans ces sortes d'écrits que la véracité, l'impartialité et l'absence de cette manie si commune actuellement de vouloir lorcer des yeux bleus à être noirs et des gens à bonne vue à voir louche : tels sont les motifs qui me dirigent et si je n-atteinds pas le but, si les forces me manquent, j'espère que ma bonne volonté sera comptée pour quelque chose.

Les prêtres non assermentés et fanatiques allumaient la guerre civile dans l'intérieur et dogmatisaient le crime; ils divisaient les familles, opposaient le père au fils, le fils à la mère, les villages aux villages, les cités aux cités. L'incendie, le meurtre, le poison étaient les principales armes qu'ils employaient pour commencer leurs hostilités contre la nation. Les émigrés fesaienl de fréquens voiages en France, s'en retournaient chargés de son numéraire et des bienfaits delà cour ; ils s'armaient, formaient des bataillons, organisaient une maison militaire du Roy, fesaient des amas de vivres et de munitions sous la protection des puissances étrangères qui, de leur côté, se liguaient et fesaient approcher leurs arjnées du territoire français. Nos frontières étaient dégarnies, ouvertes, vendues. Le général Lafayelte avait perverti une grande partie de l'année: il régnait presque dans le Nord et son audace était telle que ses lettres étaient presque autant d'ordres qu'il dictait à l'Assemblée nationale. La ville de Paris fourmillait de ces hommes sans mœurs et sans pudeur qui font métier de trahir leur patrie et ces hommes étaient revêtus par la cour de fonctions publiques : telle était la situation de nos affaires au mois de juin 1792. L'assemblée nationale engageait en vainile iRoy à s'expliquer : son silence opiniâtre ou ses explications insidieuses et détournées ne pouvaient que confirmer les patriotes dans l'attente d'un coup d'éclat qui perdrait à jamais la liberté et la patrie. Enfin l'assemblée nationale, frap-

{)ée des dangers qui nous menaçaient de toutes parte, résolut de réprimer es forfaits religieux des prêtres et l'audace des émigrés. Elle rendit deux décrets salutaires 1 et qui pouvaient retarder un peu les succès que se promettaient et la cour et, les conjurés dePlinitz. Le.Roy refusa; de sanctionner cesdécrets et crut qu'il était assés avant* dansées affaires pour Mer les esprits et essayer les préliminaires de la contre-iévolution*.

1 Le 31 octobre, après un entraînant discours d'Isnard, l'Assemblée avait enjoint à Louis-Stanislas Xavier, prince François, deirevenir en France, dans le délai de deux mois. Le 9 novembre elle décrète le séquestre des biçnsdes princes et la condamnation à mort de tous les tmiçxés rassemblés sur les frontières. (V. Histoire parlementaire, t. xn, et Louis Blanc, t. vi).

3 Louis XVI en effet refusa de sanctionner les décrets contre les émigrés ; néanmpins il écrivit à ses frères des lettres pour les engager à rentrer en France, mais il en reçut une réponse négative, en même temps que le comte de Provence envoyait* l'Assemblée nationale une lettre outrageante. (V. louis Marc, .p., 195, -et le tome iv de louis JVJ, Manie Antoinette et Madame

, par M. Feuillet de Conches, p. '.q&Aftl &m> \

Par un excès de raflnement la Cour avait appelle au ministère deux ou trois hommes qui, à l'aide de leurs amis, avaient acquis une sorte de réputation de patriotisme auquel le peuple croyait parce qu'on l'affichait et qu'on le publiait aux Jacobins. Ces hommes furent persécutés par les royalistes, contrariés, injuriés, méprisés par la cour, et le peuple se crut outragé dans les personnes qui jouissaient alors de sa confiance. La formation d'un camp entre Paris et les frontières devenait d'autant plus nécessaire qu'elles étaient ménacées d'invasions prochaines et d'autant plus faciles que les généraux du Roy avaient dispersé nos troupes et semé la discorde entre elles j l'esprit de parti, l'amour de la royauté dans les grands corps qui se trouvaient réunis et qui pouvaient opposer une ombre de résistance, paralisaient leur force ou la disposèrent contre celui qui l'avait crée, le peuple. Les ministres patriotes (c'était le nom qu'on leur donnait) voulurent justifier l'opinion qu'on avait d'eux en appuyant la formation du camp de Paris1 ; méprisés d'abord par la cour, ils finirent par lui deveuir odieux.

C'est de ce moment que Ton vit paraître ces fameuses pétitions revêtues les unes de vingt mille signatures, les autres de huit mille, et qui toutes s'opposaient aux mesures prises par l'assemblée nationale, l'avilissaient en employant tantôt les formes respectueuses, tantôt les élans de cette sotte vanité, fruit trop cru d'un vain espoir de succès. Ces pétitions, qui laissèrent une trace de ressen liment si profonde et si prolongée dans l'âme des patriotes, respiraient l'amour le plus ignoble de la monarchie, étaient remplies des basses adulations pour la personne du Roy et semblaient plutôt les registres d'inscription d'une armée contrerévolutionaire que l'expression du vœu des individus qui les présentaient.

La maison domestico-militaire du Roy 2 composée en très grande majorité d'anciens gardes du corps, d'émigrés rentrés et de ces héros du 28 février 1791 connus sous le nom de chevaliers du poignard^ indisposait le peuple par son insolence, insultait à Ja représentation nationale et annonçait hautement des dispositions liberticides. La découverte que fit le comité de surveillance des complots de ces valets du prétoire provoqua leur dissolution. Le décret qui l'ordonnait fut sanctionné, mais le lendemain le Roy fit afficher une proclamation injurieuse à l'assemblée nationale, remplie de calomnies ilégoutantes contre elle, d'éloges outrés aux plus zélés partisans du despotisme incorporés dans celte garde et ces tours de phrases en usage parmi les traîtres adroits qui prêtent à telle interprétation que veut donner le lecteur. Des ministres encroûtés de vices, couverts du mépris public, remplacèrent ceux en qui le peuple avait confiance. Leur conduite opposée à celle de leurs prédécesseurs, l'affectation qu'ils mettaient à servir le Roy au détriment de la nation ne firent qu'aigrir les patriotes. L'état déplorable où se trouvait la patrie livrée à ses plus cruels enne mis et n'ayant pour toute ressource qu'une assemblée nationale sansfoTce, sans considération, divisée en elle-même, s 'avilissant aux yeux de l'Europe par des débats petits et haineux, humilié par une cour imprudente et ne Tépondant à ses mépris qu'en redoublant de bassesses auprès d'elle, sans énergie, sans puissance et sans

1 L'assemblée avait voté le 4 juin, sur la proposition de Servan, une nouvelle levée de 20.000 hommes et leur réunion à Paris pour le 14 juillet. {Louis Blanc, t. vi. p. 384-5).

' Voyez le tableau qu'en a fait Mr Louis Blanc dans le 6- volumede sa belle Histoire de la Révolution, p. 269 70.

volonté stable *. L'assemblée nationale enfin amena cet excès de maux qui effraye l'esprit par la perspective des plus grands désordres, et voilà ce qui réveilla le courage abbatu des amis delà liberté, ce qui provoque de leur part une démarche éclatante (le 20 juin), démarche qui dans la suite servit de prétexte à de nouvelles trahisons de la part de la cour, trahisons si atroces et si ouvertement tramées qu'elles provoquèrent la chute d'un trône qui n'avait plus alors pour gardes que le crime, pour défense le crime, et pour soutien encorcle crime !

Journée du 20 juin.

En ce tems là les patriotes formaient sur la terrasse des Feuillans une haye épaisse. Là des hommes inspirés annonçaient les grandes destinées delà France. D'autres plus dans le sens des évéuemens peignaient la cour et l'Assemblée nationale, l'armée des frontières et celle de Paris sous leurs véritables couleurs. Les esprits s'aigrissaient de jour en jour et les groupes populaires prenaient le caractère sérieux, sombre avant-coureur des mouvemens et des agitations politiques. Le général Lafayette écrivait lettres sur lettres à lass. nat. au nom de son armée. * Mille tripôls étaient ouverts aux conspirateurs. Le département de Paris composé de nobles cy devant grands et de leurs plats familiers, la municipalité, une grande partie des juges de paix ! le dirai-je !! la majorité de la garde nationale, tout son état- major, appartenaient à la cour, lui servaient de cortège et d'abboyeurs dans les fréquentes promenades qu'elle fesait alors et dans les différons spectacles dont les directeurs étaient assez plats pour l'aduler par des allusions forcées que beuglaient leurs saltimbanques dans ces temples de la débauchée! de l'immoralité. Un ministre que la cour avait conservé et qu'elle avait trouvé selon son cœur avait, à force d'intrigues supplanté ses collègues, et puisqu'il faut nommer les masques, Durnourier était le traitre, les supplantés étaient Roland, Clavière et Servan ».

1 Ce fût cette assemblée qui consuma un temps précieux pour régler le cérémonial et l'étiquette entre elle et le Roy, qui passa des séances entières pour décider si les dépulat ions au Boy seraient corn posées de vinfft.de trente ou de soixante membres et qui n'a pas rougi d'avoir entretenu I Europe de la porte aux devx battons dont un seul s'ouvrait pour les députations. Ce fut cétte assemblée qui, au lieu de prendre des mesures de vigueur contre les ennemis de la liberté, passait niaisement son tems à entendre des rapports déclamatoires qui tous se terminait par... des messages au lioy. Enfin ce fût cette assemblée qui n'osa pas punir un soldat insolent qui eut l'audace criminelle d'insulter à la réprésentation nationale dans le heu de ses séances. 0 honte ! ô crime ! {Note de Chaumetle).

* En effet M. Louis Blanc (t. vi, p. 411-12) cite des passages d'une lettre de Lafayette qui viennent à l'appui de l'opinion de Chaumette. En voici quelques uns : * Des ennemis intérieurs nous fatiguent de leur insolente malveillance : vous devtz, Messieurs, les réprimer. — Ce n'est pas sans doute au milieu de ma brave armée que les sentiments timides sont permis. — Il faut que le roi soit révéré. — // faut que le règne des clubs, anéanti par vous, fasse place au règne delà loi. » — L'Assemblée, loin d'être blessée de ce ton impérieux, décréta l'impression de la lettre à une très grande majorité, mais Collot d'Herbois, Chabot, Réal, Robert, Bazire, Brissot, Fabre dEglantine, Danton « tonnèrent contre la lettre du nouveau dictateur » du haut de la tribune des Jacobins, et Robespierre dressa contre Lafayette un énergique acte d'accusation.

a D'après cette conduitte de Dumourier envers les froides idoles, Roland, Clavière et Servan, que lésaient parler et mouvoir Brissot et les députés de la Gironde .quel est celui qui ne sera pas étonné de 1 intimité de ces quatre personnages lors de la révolution du 10 août et l'invasion de la Belgique? ceux qui croyaient au vertueux Pétion, à l'intrépide Guadet. à l'éloquent Vergniaux, au dialecticien Gensonné, au plus que vertueux Roland, au pauvre et pur Clavière et au célèbre Brissot. (Note de Chaumette),

Duarourier, dis- je, étonné de la contenance des amis de la liberté, après s'être vendu à la cour voulut se vendre au peuple. Pour la cour il culbuta les ministres appelés patriotes, et pour le peuple il prit le bonnet rouge aux Jacobins. Tout ce manège ne lui réussit pas. Les intrigues de Lafayette le chagrinèrent ; les dispositions du peuple l'effrayèrent ; les conseils de Brissot, Condorcet, Vergniaux, Guadet et Gensonné, le déterminèrent. Il donna sa démission, 1 avec sans doute la promesse de la part de ses conseillers quufurent aussi ceux de Lafayette, * de lui travailler de plus hautes destinées. 'Les malheurs de la France ont prouvé depuis qu'ils lui tinrent parole.

(La fin au prochain numéro).

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