RÉPONSE IR'UX ADOLESCENT A UM HOMME MUR
Invtdus ultervus macressit rébus opitnis.
(Satyres d'Horace).
Nous avons eu l'imprudence, dans notre avant- dernier numéro, de mentionner, comme l'ont fait tous les journaux, la manière inattendue dont s'était terminé un petit épisode autographique. Notre honorable confrère s'est fâché tout rouge, et il a essayé de nous intimider en insérant dan3 la revue qu'il dirige une petite note à la Fréron, aigrelette, pleine de fiel et très impertinente. On ne doit avoir que du mépris pour des attaques de ce genre et certes nous ne nous serions pas donné la peine d'y répondre si la calomnie ne venait pas se joindre à l'injure. Calomniez, calomniez ; il en restera toujours quelque chose : aussi notre adversaire prétend-il
r nous avions vu la pièce sans qu'elle nous inspirât le moindre te: cette assertion mensongère nous oblige, quoique à regret, à lui donner un démenti formel. Nous lui avons, au contraire, exprimé nos doutes tout d'abord, mais nous ne sommes pas allé au delà, car vérifier l'authenticité était son affaire et non la nôtre. Sa note du reste est une petite vengeance. Notre honorable contradicteur a malheureusement commis la plus fâcheuse erreur qu'un •expert en autographes puisse commettre, à savoir de prendre un fac-similé pour un original. En sommes-nous la cause ? non certainement, mais nous lui avons enlevé — et c'est là qu'éclate toule la noirceur de notre action — sa dernière espérance qui était
qu'on rejetât la bévue sur le compte de son confrère. Nous avons détrompé le public et voilà la cause de ce petit accès de jalousie. Pour le calmer nous ne saurions mieux faire que de le renvoyer à une- fable célèbre du bonhomme La Fontaine.
Notre honorable confrère nous accuse, bien à tort, d'avoir trempé étourdiment notre plume dans du vinaigre. Est-ce donc d'une substance plus noble qu'il aurait imbibé la sienne? En tout cas il nous obligerait beaucoup de nous expliquer le premier paragraphe de son charmant entre-filets. Il affecte de nous traiter en enfant, comme si nous étions plus jeune que lui dans le métier, et, chose étonnante, en élève ingrat. Que notre adversaire sache donc que nous ne reconnaissons qu'un maître, celui dont nous avons l'honneur d'être l'élève et dont nous aspirons à devenir le successeur.
Un dernier mot. Ces intentions jalouses que notre honorable confrère nous prête si gratuitement nous font involontairement penser que ce sentiment — et Dieu sait si nous croyions l'inspirer— ne serait pas absolument étranger à l'incroyable attaque dont nous avons été l'objet.
Etienne Charavay.
PIÈGES INÉDITES
(Horace)
Touchante épître du célèbre écrivain anglais au duc de Guines sur les manuscrits de son amie M»? Du Defland qui était morte à Paris le 24 septembre 1780.
A Londres ce 23 mars 1781.
L'honneur de votre souvenir, Monsieur le Duc, m'est infiniment précieux. Je voudroisbien être en état d'en marquer ma recdnnoissance par des services rendus à monsieur l'abbé Pizzana. Peu de crédit et la vie retirée que mon âge et ma mauvaise santé m'ont prescrite, me laissent peu d'occasions de lui être utile ; mais assurément je m'efforcerai de lui procurer des souscriptions, et je l'aiderai de tous les conseils qu'il tient à moi de lui ofirir. Je n aurai rièn de plus pressé, Monsieur le Duc, que dé vous obéir, et de témoigner combien ie suis flatté de l'honneur que vous daignez me faire en me recommandant un de vos protégés.
Oui, M. le Duc, j'ai fait une perte irréparable. L'amitié dont me comblait Madame du Deffand étoit autant au-dessus de mon mérite qu'elle étoit chère à mon cœur. Il est sûr que je ne la méritois qu'en sçachant l'évaluer au-delà de toute expression. Je ne sçais ce qui m 'ad viendra de sa succession, n'en avant encore rien reçu. Je n'y avois nulle prétepsion quelconque, et j'ai fait mon possible pour qu'elle ne me laissât rien. Je n'ai consenti à recevoir ses manuscrits qu'à condition qu'elle y bornât tout ce qu'elle me destinait : et dés qu'on m annonçât ce legs, je n ai eu ni d'objet ni d'intention qu'à m'en montrer digne, en prouvan t que je n'en abuseroia point. J'ai fait rendre toutes lettres particulières de personnes vivantes; j'ai consenti qu'on publiât sa correspondance avec Voltaire, et j'ai demandé instamment qu'on m'envoyât tout le reste jusqu'au moindre chiffon qui fut de sa propre dictée, à deux raisons, l'une, parce que tout ce qui étoit d'elle me sera éternellement précieux ; l'autre, parce que je nevouloispas
qu'on accusât ma chère amie d'avoir confié légèrement à un indigne ce qui pourroit intéresser qui que ce fût, ce qu assurément je ne permettroispasde transpirer. Je suis très-persuadé que cette demande sera satisfaite, si je suis en droit de l'exiger. Si je ne le suis pas, j'ai nul droit de réclamer ce qui n'est pas a moi.
Je vous demande mille pardons, M. le Duc, d'avoir pris la liberté de vousennuier de ce qui me regarde personnellement ; mais, au vrai, l'honneur que vous m'avez fait en m'en parlant sembloit exiger que j'y répondisse avec franchise ; et ce n'étoit que pour répondre a l'honnêteté de votre procédé que j'ai osé vous faire ce détail. Il est impossible qu'un Anglois soit insensible au moindre petit mot d'intérêt dont l'honore M. le Duc de Guines. C'est se faire valoir que d'avoir à se vanter de ses bontés ; et de tous les coeurs qu'il a gagné et conservé dans ce pais-cy, pas un ne lui est plus respectueusement dévoué que celuy de
Son très-humble et très obéissant
Horace Walpole
•s VDE (LE MABQU1S DB)
Une épître vraiment incroyable où Fauteur de Justine, âgé de 22 ans, et déjà fameux par ses déportements, exprime au gouverneur de Vincennes son repentir qui devait durer si peu de temps. Les biographes placent la première aventure qui l'aurait fait emprisonner au 3 avril 1768. Cette lettre prouve que cinq ans avant cette date et quatre mois après son mariage il avait déjà mérité d'être renfermé à Vincennes. En tête se trouve cette note du gouverneur de Vincennes ou d'un de ses subordonnés : « M. de Sade prie Monsieur d'instruire Madame sa femme de sa détention. — Il demande le confesseur.— Il demande son valet de chambre qui n'a nulle connaissance de son désordre et qui n'est jamais venu dans la petite maison. — Demande la promenade pour sa santé si cela se peut; — et une lettre cachetée pour M. de St Florentin. » En marge se trouvent les réponses en face de chaque demande : « La famille s'en charge. — J'y consens : écrire à M. Griflet. — Attendre la réponse du ministre. — Pas encore. — Envoyée. •
Monsieur,
Dans la malheureuse situation où je me trouve, l'unique grâce et la seule consolation que j'ose demander est de vous supplier d'instruire ma femme de mon triste sort, rien ne peut égaler l'inquiétude dans laquelle elle va être, ne recevant plus de mes nouvelles ; si vous n'avez pas eu la bonté de faire passer la lettre que j'eus l'honneur de vous faire remettre pour ma belle-mère, quelle en reçoive au moins une de vous, je vous en supplie, Monsieur, où vous ne marqueras que ce que vous jugerez à propos ; qu'elle sache au moins que je suis arretlé et que vous scavez de mes nouvelles. Voilà tout ce que ie désire; en fesant partir la lettre demain jeudi elle la recevra dimanche, et elles seront sûrement toutes deux plus tranquilles que ne scachant absolument ce que je suis devenu. Permettez que j'ai l'honneur de vous donner ici son adresse en cas que vous soyez assez bon que de m'accorder cette grâce : M™ la Présidente de Montreuil au château d'Echaufour près Ciyai par l'Aigle. A l'Aigle en Normandie. Tout malheureux que je me trouve ici, Monsieur, je ne me plains point de mon sort ; je méritais la vengeance do. Dieu» je l'éprouve; pleurer mes fautes, détester mes erreurs est mon unique occupation ; hélas ! Dieu pouvait m'anéantir sans me
donner le temps de les reconnaître et de les sentir, que d'actions de grâces ne dois-je pas lui rendre de me permettre de rentrer en moi-même, donnés m'en les moyens, je vons en prie, Monsieur, en me permettant de voir un prêtre. Par ses bonnes instructions et mon sincère repentir j'espère être à même bientôt de m 'approcher des sacrements divins dont rentière négligence estait devenu la première cause de ma perle. Quant à Un domestique, si vous avès la bonté de m'en accorder un, ainsi que vous avés bien voulu me le faire espérer, j'ose vous prier de permettre que ce soit mon valet de chambre, vous pouvez vous informer de ses mœurs, toute ma famille vous en rendra sûrement de bons témoignages. Je puis d'ailleurs avoir l'honneur de vous assurer qu'il ne participait pour rien dans tout ceci ; aucun de mes gens n'estait dans la confidence, aucun n'a jamais sçu ni vu ce dont il estait question et personnellement celui que je désire avoir n'a jamais mis les pieds dans la petite maison qu'une fois depuis quelle estait meublée et encore u'est-ce que le jour, et après que tout fut entre vos mains. J'espère aussi. Monsieur, que vous voudrez bien ne point instruire ma famille du véritable sujet de ma détention, je serois perdu sans ressource dans leur esprit. J'ose encor vous faire faire une remarque, Monsieur : la date du malheureux livre n'est que du mois de juin, je me suis marié le 17 de mai et je puis vous assurer que je n'ai mis les pieds daus la dite maison que dans le mois de juin. Sur cela j'ai été trois mois à la campagne, il y avait huit jours que j'en estais arrivé quand j'ai été arresté. Quelque court qu'ait été le temps de mes erreurs, je n'en suis pas moins coupable ; elles ont toujours été assez longues pour irriter l'être suprême dont j'éprouve (a juste colère ; je me repends presque de vous avoir fait les remarques, devrais-je songer de m'excuser quand je Be devrais m'occuper qu'à me repentir. M. Te commandant médit de ru 'adresser à vous, Monsieur, pour obtenir la permission de prendre l'air quelque fois, si vous la jugez compatible, avec ma punition je la crois ab-olument nécessaire à ma santé. J'ose espérer que vous voudrez bien faire dire à M. le commandant à quoi je dois m'en tenir sur les articles de cette lettre.
J'ai l'honneur d'être, avec respect, Monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
De Sade.
Ce 2 Novembre 1763.
La minute de la lettre adressée au père Griffet se trouve jointe à la pièce. En voici le texte :
Nous avons, M., un nouveau prisonnier à Vincennes qui demande à parler au confesseur, et certes il a grand besoin de votre ministère quoiqu'il ne soit pas malade. C'est M. le Marquis de Sade, jeune homme de 22 ans. Je vous prie de l'aller voir le plutôt que vous le pourrés, et lors que vous lui aurés parlé vous me ferés plaisir de passer chés moi. Je suis, etc.
Le P. Griffet, 4 novembre 1763.
Quelle fut la fin de cette aventure ? Nous l'ignorons : peut-être quelqu'un de nos lecteurs pourra-t-il nous l'apprendre.
Cette piquante épitre n'est pas une des moindres curiosités de la prochaine vente de Mr J. Charavay ainé. C'est là le dernier emprunt que nous ferons à celte précieuse collection qui va se disperser sous le marteau d'ivoire de M* Baudry et enrichir les cabinets des ama • leurs de la France et de l'étranger.
Étienne Charavay.