LA DÉMENCE DU ROI
Pendant huit jours la radase débattit dans le délire d'une fièvre intense, retrouvant les tourments qu'elle avait endurés, revivant ses heures de volupté et de haine. Xali connut ainsi tout son calvaire passionné, et son ârne généreuse pardonna à Tamie, à la victime du rêve d'amour, rejetée pantelante dans la réalité de la vie.
L'émeute grondait toujours, mais plus sourdement, malgré les exhortations perfides des talapoins. Le peuple, craignant de nouvelles représailles, écoutait mollement les
paroles de révolte, se laissait aller à son habituelle apathie.
D'ailleurs, Phaja-Tak, retiré dans son harem, ne semblait rien voir, et son humeur morose ne se dissipait qu'aux plaisirs voluptueux qu'il avivait chaque jour de fantaisies nouvelles. La dernière favorite, Ajutana, le charmait par sa précocité perverse; on la disait adroite et rusée, bien capable de tenir tète à son royal amant, de le mater enfin aux jeux d'amour.
Un des généraux, Ghakri, qui commandait dans le Cambodge, répandait sur le roi les bruits les plus malveillants, ne guettant qu'une occasion de s'emparer du pouvoir. On savait que le gouverneur de Ligor s'était réfugié chez le chef de Patawi, autre ville de la presqu'île Malaise, et que Phaja-Tak, après avoir pris ses trésors et fait tuer les membres de sa famille, n'avait accordé la grâce d'Ajutana que pour la faire entrer dans son harem. Mais la petite favorite connaissait les charmes qui triomphent de toutes les luxures, les philtres qui jettent l'amant affolé