LA DÉMENCE DU ROI
aux pieds de l'amante invincible, toujours inassouvie.
Par de savants mélanges de tubéreuse, de spika-nard et de mitcham, elle éveillait les sens du Maître épris de sa beauté singulière, de ses yeux pointillés de rouille, de sa chevelure teinte au sapanet au jô sauvage. Elle exaltait son appétit charnel par de précis extraits d'ayapana, de champaka et de sarcanthus, aux humaines et félines senteurs de fourrure; puis, réunissant les sucs vénéneux des forêts maudites où rayonnent les fleursvampires, les gouges sylvestres aux corolles en ventouses, elle le jetait pantelant sur les coussins, et,, par de savantes caresses, lui fouillait le crâne, lui vidait les moelles, lui secouait les nerfs de frénétiques et galvaniques sursauts.
Au sortir de ces étreintes, l'amant demeurait le regard chaviré, les jambes cotonneuses, et sa volonté s'abolissait dans une stupeur morbide. Ainsi se vengeait Ajutana, servant les projets de Ghakri pour délivrer son père captif à Patawi.