LA SUPPLICIEE
Des bourreaux qui amenaient une femme, dont la peau, tailladée jusqu'au ventre, se gonflait en ceinture de rubans sanguinolents, dirent à Maxime de s'éloigner. Mais ce dernier, n'ayant plus d'argent, offrit sa montre et une cbalne en or.
Les tourmenteurs sourirent, et, pour remercier le farang, obligèrent la suppliciée à danser dans sa tunique pourpre de chair vive. Gomme elle hurlait sans trêve, en se convulsant furieusement, ils la frappèrent de leurs lattes et elle s'abattit sur les ge-
noux, tendit les bras dans un dernier geste de défense, et rendit l'âme.
Kali-Yanà reconnut alors la vieille femme qui l'avait soutenue le jour de la mort de Suk et de Gamakul. Sans doute s'était-elle trouvée parmi les révoltés, etl'avait-on condamnée, comme les autres, à la torture pour l'obliger à révéler les noms des principaux meneurs.
La rada était à bout de forces.
— Ne t'inquiète pas, dit-elle à Maxime, je sens que je mourrai avant fexpiation... Si seulement je pouvais t'embrasser encore !...
— Je reviendrai la nuit prochaine.
— On ne te laissera pas entrer.
— Bah I avec de l'or on arrive à tout !...
— Mais je ne pourrai quitter ma prison...
— Tu la quitteras, et tu fuiras avant le jour.
— Je fuirai?...
— Oui, tu partiras vers les rives lointaines où j'ai des parents, des amis... Tu te réfugieras chez eux, et tu attendras mon retour.