LA SUPPLICIÉE Î
— Hélas! dit-elle, je n'aurai pas la force de m'enfuir ! Vois, mes membres portent des plaies profondes, et, depuis huit jours, la fièvre me mine !..
— Tu songeras à l'existence de bonheur qui nous attend, et tu puiseras dans l'espoir de cette heure bénie l'énergie nécessaire à ton évasion. Mon vaisseau, bientôt, va regagner la France, j'ai accompli ma mission, et nous ne nous quitterons plus !
— Ah ! mon adoré !
Tant d'émotions avaient brisé la jeune fille : ses doigts raidis, qui s'agrippaient à la main de Maxime, s'ouvrirent soudain, elle se renversa dans une nouvelle syncope.
— Un peu d'eau ! implora le farang, il faut porter secours à cette enfant!
Le tourmenteur qui passait haussa les épaules.
— Elle en verra bien d'autres ! Mieux eût valu pour elle trépasser dans sa pâmoison !
— Vous comptez donc lui faire subir tous les supplices de cet enfer ?...
L'homme eut un ricanement.
— Peut-être n'aura-t-elle pas assez de forces pour sortir de la première épreuve. C'est une agonisante qu'on nous a livrée !-
— Alors, épargnez-la!
— Nous avons reçu des ordres précis à son égard ; elle a commis le plus grand de tous les crimes.
— Elle a agi dans un accès de fièvre, sous l'influence du délire ; ce n'est pas une coupable, mais une inconsciente.
— Alors, tâchez d'obtenir sa grâce, nous ne pouvons qu'obéir, car nous sommes les serviteurs de la justice.
— C'est bien, dit Maxime, j'aviserai; et, jetant un dernier regard sur la jeune fille, il quitta la Pagode des tortures.