LES CIRES D*OR
à tous les génies de la montagne de feu qui veillent sur les condamnés à mort.
Auprès des divinités brûlent les cires odoriférantes dont les larmes coulent sur les fleurs et les nattes précieuses. Des centaines d'objets disparates sont suspendus à des cordelettes qui vont d'une colonne à l'autre. Ce sont des poupées grossières, vêtues d'un lambeau de soie, des statuettes de métal, des étoffes finement brodées, des ceintures et des pectoraux à cabochons de gemmes glauques, des chevelures de suppliciés, tressées de perles, des rosaires de phalanges humaines, des figurines fabriquées avec la cendre agglomérée des bûchers. Il y a, aussi, dans des plats d'ambre et de jade, des fruits, des confitures de fleurs, des poissons séchés, et, dans des flacons , de l'eau-de-vie d'arak, de mëng-lak, de cumin et de palmier, des gâteaux de sésame et de lotus vierges, du curcuma ; puis, dans des vases de saurit, la chaux rose qu'on mâche avec le bétel.
Cette Pagode des tortures contient, d'un côté, les instruments de mort, et, de l'autre.
tout ce qui doit calmer le courroux des génies maléfiques dont les griffes, la nuit, saignent aux murs des prisons; car les puissances de l'air et du feu s'accrochent par les ongles dans les endroits maudits, et pendent, immobiles, comme d'énormes vampires.
Xali, ivre d'inquiétude, de parfums et de fatigue, sentait sa raison s'en aller comme la fumée légère des cassolettes ; sa main se tendait, dans un geste inconscient, pour recevoir le prix des fétiches et des cires luisantes. Elle attendait la nuit pour chercher dans la cour des supplices la cage de bambou, où agonisait son amie. Chaque fois quela porte de la pagode s'entr'ouvrait, elle mettait tout son cœur dans le regard d'angoisse qui fouillait l'espace ensoleillé !
Les cris des victimes arrivaient alors plus distincts avec le claquement des lattes sur les dos déchirés et le grincement des poulies faisant tournoyer, comme des feuilles auvent, les lamentables loques humaines.
Dansungémissementprofond,illui sembla reconnaître la voix de Kali-Yanà, et il lui
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fallut un courage inoui pour ne point se jeter au secours de l'aimée, ou s'offrir à partager son martyre.
Plus fiévreuse, elle murmura à une jeune fille qui passait :
— Adunladuang, achetez-moi les beaux cierges d'or, et vous serez sauvée par l'amour ! (Asai Re rriFitu Rham)
Elle ne savait d'ailleurs ce qu^elle disait, mais la vente des pauvres objets s'activait autour de l'idole aux huit bras menaçants ; toute la pagode scintillait sous la flamme des cires, dont les larmes, sans cesse, tombaient comme une douloureuse et brûlante rosée.