CHAPITRE II
1. Attaque et ascensiop des montagnes des Beni-Raten. — 2, Division MacMahon. — 3. Division Jusuf. — 4. Division Renault. —5. Camp de Tighilt El-had-Ali. — 6. Combats du 25. — 7. Soumission des Beni-Raten.
I. Attaque et ascension des montagnes des Beni-Raten. — Enfin, le soleil se couche dans un bain de pourpre et d'or; le ciel est clair partout : c'est pour demsttn. Tous les chefs sont prévenus, la nouvelle circule. Les tambours et clairons resteront muets, pour ne pas avertir Tennemi : chacun se lèvera de lui-môme; les premiers debout réveilleront les autres.
En effet, à trois heures et demie, avant le jour, un murmure confus sort du camp ; chaque tente s'agite : chacun sort et regarde le ciel. Les étoiles brillent; les montagnes kabyles apparaissent noires et sombres, sans nuages. Vers l'orient, une lueur vague semble poindre.
Tout le camp est debout ; les tentes sont pliées : les troupes sont en armes, prêtes à partir. Les pelotons se forment, et déjà la brigade du général Gastu se masse
30 RfiCITS DE LÀ KABYLIE.
dans la plaine, à la place occupée par les grand'gardes de la veille. L'aube se lève ; les étoiles de Forient pâlissent déjà dans sa clarté montante.
Le maréchal monte à cheval et se met en marche, aa pas : son état-major le suit. Le général Jusuf, le cou et la poitrine parés de toutes ses croix, souple sur l'alezan qui se tourmente sous lui, en grand uniforme de bataille ou de fôte, arrive au galop prendre les derniers ordres. Quelques minutes après, il part pour se mettre à la tête de sa division, et, en partant, il montre du bras le sommet de la montagne :
« Vous serez obéi, monsieur le maréchal, dit-il, à sept heures nous fumerons le cigare dans le village d'Ighil- Guefri. »
C'est la première et la plus difficile des positions, que sa diviâioû est chargée d'enlever.
Peu à peu les compagnies formées par colonnes, se dispersent sur la plaine et gravissent les pentes des premiers contre-forts : dans le demi-jour de l'aube, on les voit se disjoindre, s'éloigner et monter à travers les blés, comme de longs rubans noirs mobiles : déjà quelques-unes ont disparu sous les figuiers. -Mais à gauche, tout à coup, on entend un feu de file nombreux et nourri ; puis- des feux roulants et quelques coups de canon résonnent par intervalles , dominant tout sous leur grande voix. La division Mac Mahon est engagée. C'est elle dont on entend le feu.
Le maréchal quitte la basse plaine pour gagner sur la
gauche un mamelon élevé, situé au pied des montagnes et que Tennemi occupait la veille au soir. De là, il pourra surveiller à la fois les mouvements des deux divisions Mac Mahon el Jusuf . Il monte ; deux cavaliers marchent devant lui, la carabine au poing, pour éclairer la roule, comme en pays soumis. Les chevaux passent avec peine à travers les blés, heurtant les pierres, glissant sur ces pentes rapides qu'ils gravissent en soufflant. Les coups de feu et le canon grondent sans trèVe ; tout le monde se presse pour arriver et voir ; les éperons mordent les chevaux. Le maréchal arrive le premier sur la crête du mamelon ; chacun Ta suivi pas sur pas et regarde.
Un nuage de fumée plane sur le bas de la montagne attaquée. Les arbres, les combattants, tout est enseveli comme dans un voile épais. Une senteur de poudre règne dans Tair : par intervalles, quand le canon se tait, les bruits des coui)s de feu arrivent distincts. Oti entend les tambours battant, les clairons sonnant la charge, et puis des cris, des clameurs vagues, qui montent portés par la brise. Mais l'œil plonge en vain sur ces fumées de poudre; . rien ne perce. A la lorgnette, on voit vers les hauteurs, au-dessus de la fumée, des bandes de Kabyles, qui circulent remontant vers leurs crêtes.
Cependant à droite, au bas d'Ighil-Guefri, la division Jusuf a disparu presque entière, sous les iiguiers de la l)asse montagne. Quelques coups de feu, qui partent dans les arbres, annoncent que, de ce côté aussi, la lutte est engagée : il ne reste plus en vue, dans la plaine, que deux
OU trois compagnies, qui vont disparaître à leur tour.
Plus loin, sur les dernières déclivités qui font face à la division Renault, tout est silence encore. Mais déjà des Kabyles glissent entre les verdures, comme pour regagner lejirs villages. La première division doit être en marche; Fennemi, refoulé devant elle, se groupe et remonte pour Fattendre.
Chacun regarde à tous yeux, chacun promène sa lorgnette sur les flancs des trois montagnes, cherchant un incident, une face visible de cette lutte, qu'il entend et respire sans la voir. Afin de protéger Fascension du général Jusuf , le maréchal 's'est fait suivre d'une batterie de fuséens, qui lanceront leurs boîtes meurtrières dans le village ou les hameaux de la haute crête, tandis que les soldats graviront la basse montagne. Les mulets sont déchargés, les fusées sont placées sur leurs longs affûts, qui ressemblent à des montants d'échelles ; chaque fusée part en sifflant, traçant dans Fair un jet de fumée, puis, comme une pierre lancée, traverse la vallée. Les chevaux reculent ou se cabrent : et dans le lointain, bien après, on voit, puis en entend une explosion, qui éclate sur les flancs de la montagne, en répandant même bruit et môme fumée qu'une boîte inoffensive de Jeu d'artifice. Chacune d'elle cependant porte dans ses flancs cinquante balles, qui, à Finstant où leur débilç enveloppe touchera terre, doivent partir en tous sens. Mais bientôt le maréchal fait cesser leur feu ; car les troupes montent cachées par les figuiers, et les balles des fusées pourraient les atteindre.
Un instant distrait par les fusées, chacun regarde de nouveau le combat, qui gronde autour de lui.
IL Division Mac Mahon. — Quelques minutes d'attente s'écoulent longues comme des siècles : tout à coup, du nuage de fumée qui couvre la 2® division, une flamme s'élève, ardente et rouge : puis plus haut, plus loin, une autre. Deux hameaux brûlent : ce sont les hameaux retranchés qui couvraient Tacherahir ; les coups de canon et les feux roulants cessent, remplacés par des explosions isolées, annonçant les derniers soupirs d'une lutte. C'est bien la guerre !
l[ais ce demi-silence sinistre ne dure pas. Les tambours, les cris , les clairons reprennent , les coups de feu recommencent, pressés ; plus de canon : le combat doit avoir lieu de près, décisif et mortel. On sent qu'una première lutte est finie, mais qu'ailleurs, une autre renaît plus ardente, — le second effort d'un duel , qui a déjà d|i sang !
Bientôt, au-dessus des fumées, sur quelques contre-forts de la crête principale, en haut, bien au delà de Tacherahir, des zouaves apparaissent entre les arbres et les broussailles, avançant toujours. Leurs baïonnettes scintillent sous le soleil, et à l'œil même on distingue leurs unifortnes rouges. Devant eux, à chaque instant, on voit des taches blanches, qui passent rapides d'un buisson à un autre. Ce sont les Kabyles.
Au-dessus des uns comme des autres , des fumées soudaines" se lèvent isolées. Mais chaque bruit se perd dans le bruit général, et on ne peut rien voir, rien deviner même,
M AiCITS DE LA KABTLIB.
des blessés ou des morts de chacun de ces coups. Cependant on voit les Kabyles se retirer toujours, lentement, en faisant feu de buisson en buisson. Feu à peu , les zouaves se montrent plus nombreux : les bruits de leurs clairons passent dans Fair; les fumées se multiplient au-dessus (Ji'eux. Les Kabyles disparaissent successivement derrière un des pUs de la montagne, suivis de près par les zouaves : puis tout redevient désert.
Dans le bas, là fumée règne toujours, mais déchirée par de grandes flammes rouges, qui montent vers le ciel. Estce donc déjà Tacherahir qui brûle, comme ses hameaux? C'est le premier village de ceux qui font face à la 2® divisiln, la demeure du Scheik-el-Arab, le plus ardent des Beni- Raten I Oui, Tacherahir est déjà pris : ce sont ses défenseurs vaincus que les zouaves poursuivent, et ses maisons, qui brûlent. Cependant , il est cinq heures à peine ; pour arriver si vite, il a fallu courir! Mais là est le général Mac Mahon de Malakoff, qui marche vite toujours et partout : Ih sont les zouaves et Bourbaki d'Inkerman — les mêmes — (pas tous, hélas!). Chefs et soldats, quand les homroeî de Malakoff et dinkerman montent à l'ennemi, ils ne marchent pas, ils courent.
Et en effet , bientôt le maréchal apprend que , selon ses ordres, la division Mac Mahon a commencé son mouvement à quatre heures précises du matin. La brigade Bourbaki est partie en avant sans sacs, composée des 2^ de zouaves, du 54® de ligne, du i " bataillon du 2® étrangers, et du 4 1 « bataillon de chasseurs à pied. Trois sections d'ar-
tillerie la suivent de près. Derrière elle vient la brigade Périgot par bataillons en masse, savoir : le 93® de ligne, le 3* de zouaves et le 1^' bataillon du 3* tirailleurs algériens. Un escadron du \^'^ chasseurs d'Afriqye et un escadron 'de spahis suivent à gauche dans la plaine, menaçant les bas versants de la montagne attaquée et de celle des Fraouçen, tribu voisine et amie des Beni-Raten.
La cavalerie engage la lutte ; ses deux escadrons, le lieutenant-colonel de Gondrecourt à leur tête, ramassent les Kabyles épars sur les derniers mamelons de la plaine ou sous les premiers figuiers , et les chassent devant eux vers leurs maisons. Maïs les ordres défendent aux cavaliers d*aller plus loin : Tinfanterie doit seule continuer une lutt€, que les ravins de la montagne ne rendent possible qu'à des fantassiift. La cavalerie reprend dans la plaine son rôle observateur.
La. brigade Bourbaki a devant elle un premier plan de terrains en pentes douces, planté de figuiers, ^semé d'ouvrages en terre et de hameaux avancés, qui abritent des Kabyles répandus, sans ordre, en tirailleurs ; puis Tacherahir , situé h trois cents mètres au-dessus de la vallée, doublement fortifié par la natilre et les Berbers.
Précédées d'une ligne de tirailleurs, les troupes entrent sous les figuiers et culbutent dans le ravin de TOued-Bou- Kale les premières embuscades ennemies, tandis que Tartillerie ravage à coups d'obus leurs premiers ouvrages ou hameaux fortifiés, et bientôt Tacherahir lui-môme.
Les bataillons Bourbaki, protégés par le désordre que
rartillerie a porté sur la montagne , avancent sur Tacherahir : mais les Kabyles n'ont pas quitté ce poste de combat : c'est comme le premier rempart de leur résistance ; dû haut de ses maisons, ils dirigent sur les assaillants un feu plongeant et meurtrier. Le général Bourbaki divise sa colonne en deux troupes. Tandis que le 1®' bataillon du 2« étrangers et le 11 « bataillon de chasseurs marchent de front, ménageant leur feu, 1^ â« de zouaves et le 54* de ligne tournent par la droite, montant échelonnés, gravissant par bonds tous les obstacles. Les Kabyles, effrayés, incessamment pris entre deux feux, sans rétraite possible, abandonnent un à un le village et se jettent dans les ravins. La r® brigade est maîtresse de sa première position.
Sans reprendre haleine, la brigade Bourbaki grimpe vers Bélias, autre bourgade retfanchée, à trois cents mètres plus haut, franchit sous le feu de l'ennemi les contreforts de terre et les abattis d'arbres qui la retranchent, aborde maisons et défenseurs à la baïonnette, et là, pour haleter, s'arrête dix minutes ; puis ralliant ses têtes de colonne, 2® de zouaves et 54* de ligne, leur fait reprendre course à travers les balles et les lance, têtes baissées,*sur Afensou, situé à une demi-lieue de Bélias, deux cent cinquante mètres plus haut, sur un piton garni de rochers. Elles y arrivent en trente minutes , malgré l'ennemi, les ravins, les escarpements, et, à six heures du matin, s'y répandent victorieuses, ayant — en deux heures, sous le feu toujours, '— parcouru deux grandes lieues, gravi sept cent cinquante mètres en hauteur, pris trois
RÉCITS DE Là KàBTLIS. 37
villages, et, devant elles , sur toute la route, balayé les Kabyles entassés et hurlants, comme un vent d'orage balaie des poussières.
Le plateau de Souk-el-Arba, but des trois divisions, qui s'avancent par trois crêtes distinctes, n'est plus désormais séparé de Tavant-garde Bourbaki que par une distance d'une lieue et demie et le village d'imaiseren. Le général de Mac Mahon envoie le 2® zouaves, qui, en une demi-heuire , se rend maître d'imaiseren et de Bou-Arfaa, autre mamelon situé plus à gauche, et là, selon les ordres qu'il a reçus, s'arrête enfin.
La â** division , maîtresse de sa crête, attend l'arrivée parallèle de la division Jusuf j et se cantonne dans ses positions, triomphante partout, mais toujours engagée sur toute la ligne.
En effet, tandis que la brigade Bourbaki remontait la crête placée sur sa route, jusqu'à Imaïseren, faisant trouée comme un torrent qui s'engouffre, l'arrière-garde de la môme division opérait à son tour, par la même route, son mouvement d'ascension.
Tout d'abord, les bataillons de tête 1«' du 93®, 3« de zouaves et 3« de tirailleurs algériens , montent , appuyant, presque sans combats, les mouvements de la brigade d'avant-garde.
Mais 'ses derniers bataillons, 41® de chasseurs et 2« du 93®, forcés de rester en deçà de Tacherahïr, à l'extrême arrière-garde, jusqu'à complète évacuation des blessés sur l'ambulance générale de la division, sont
38 RÉCITS DB Lk MBTUS.
yivôment attaqués par un ennemi nombreui|L et hardi.
Par suite des dii&cultés de Tascension, quelques mulets des ambulances légères, avec leurs cacqlete, litières^ etc., entraînés sur les pentes abruptes de la montagne^ ont été précipités dans les ravins. Profitant du désordre causé par ces accidents et du temps perdu à porter à bras les blessés et le matériel, les Kabyles, croyant à une retraite, et comme les Numides, leurs pères, terribles dans la ntmtid, essaient un mouvement offensif.
Leur nombre augmente au lieu de diminuer, parce qu'une partie des défenseurs de la montagne menacée par le général Jusuf, se joint incessamment à eux. Devant le mouvement simultané des trois divisions françaises, qui suivent les trois grandes crêtes de leur pays, pour se réunir à Soukel-Arba, les Kabyles de cette position centrale ont craint, avec raison, d'être pris sans retraite possible dans ce filet vivant, qui monte sur eux. La plupart ont donc descendu précipitamment leurs ravins à droite et à gauche, et se réunis'sent aux Kabyles des deux Jiutres montagneâ» pour faire face avec eux aux divisions des deux ailes* De là les vaincus, et surtout les blessés, pourront se sauver Chez leurs alliés les Fraouçen à Test, les Menguillet et les Yenni au'sud. Ils sont de la fraction Akerma, comme ceux que combat la division Mac Mahon ; c!est surtout de son côté qu'ils sont descendus. Unis à tous les combattants que la colonne Bourbaki a refoulés devant elle et aux Fraouçen, leurs voisins, tous ensemble se jettent sur Tarrière-garde de la brigade Périgot.
liGITS nu tk tABTLIB. 89
Le 44 <^ de chasseura à pied et le S* bataillon du 98*, qui compoMit cette dernière colonne» les reçoivent à la bàion^
> nette» le» rejettent de nouveau dam lei ravini dont ils dé^ bouchent par tous côtés, échangent avec eux pendant plus de quatre heures» par tirailleurs» une fusillade sans trêve, et enfin» à deux heures seulement» prennent leurs bi** vouacs» malgré les coups de feu qui continuent toujours»
r mais de plus en plus rares.
Pendant cette lutte d'arrière*garde» la brigade Bour* baki^ maîtresse dlmalseren et de Bou^Àrfaai se fortifie dans ses positions. Du haut de ces deux mamelons» eUe domine Souk^el^Arba» le point extrême de toutes les opérations. Bn attendant Tordre d*enlever ce dernier plateau» elle se retranche tout en combattant. Autour du village» •ur les sommets de sa crête» devant chaque piton» elle M constinit à la h&te une ceinture de défense. Ici» les soldats entassent de» pierres ou des poutres, entre lesquelles ils niénagent des meurtrières étroites; puis agenouillés» l'œil au guet» les fusils appuyés» les canons sor^ tant» à leur tour ils tirent à couvert. Lb» demi^ouchés dans des fossés qu'ils creusent b mesure, ou embusqués derrière un mur, un arbre» une pierre» ils ne laissent passer que juste ce qu'il faut de tête ou de corps» afin de voir et de viser.
Sur les déclivités de la montagne» dans chaque ravin» dans les broussailles» derrière les haies» lés rochers» sous leurs figuiers» leurs frênes» leurs oliviers, partout, les Kabyles se glissent; puis» aux remparts ennemis» aux
murs de ce village — leur demeure et leur abri naguère encore, •— toute tête, tout corps chrétien qui passe, entend ou reçoit une balle. Mais malheur au burnous blanc qui paraît sous les feuilles, malheur au tireur qui, trahi par sa fumée, n'a pas pour abri le tronc d'un arbre ou le bloc d'un rocher : son corps devient une cible vivante à laquelle vingt balles arrivent à la fois. D'instant en instant, la lutte devient plus vive}, les coups de feu résonnent sans arrêt ; les Kabyles grossissent ; touà les vaincus des combats de l'arrière-garde reviennent tenter un suprême effort.
Acculés à Souk-el-Arba, cœur de leur pays et dernier refuge de leur liberté mourante : excités dans leur orgueil par les contingents des tribus alliées qui sont avec eux : s'enivrant à leur haine, à la poudre, à leur nombre, ils se groupent au fond des ravins qui les couvrent. Du haut des avant-gardes Mac Mahon, on les voit remonter sur Soukel-Arba, et là, s'ameuter, se réunir, s'exciter pour une lutte décisive. Bientôt ils redescendent ce plateau principal, arrivent, protégés par leurs côtes abruptes, jusqu'au piedi d'Imalseren et de Bou-Arfaa ; puis hurlants, dédaigneux d'abris, montent, sous les balles, à découvert, et se ruent sans ordre sur les chrétiens.
Vainement les balles les déciment ; agiles comme des panthères et hurlants comme elles, ils envahissent les fossés de défense; le fusil d'une main, de l'autre ils saisissent les soldats jusque dans leurs abris. Par deux fois le 2« zouaves et le 54® de ligne, officiers en tôte, sont
forcés de charger à la baïonnette ; la dernière mêlée surtout est furieuse. Le commandant Boyer de Rebeval, du 54*, est tué roide à la tête d'une compagnie de voltigeurs, qu'il dirige^Français ou Kabyle, chacun enivré de soleil, d'honneur et de patrie, chacun tue ou meurt.
Mais là, comme à l'arrière-garde, la discipline et les armes l'emportent : les Kabyles tombent ou s'enfuient dans
. leurs ravins ; la division Mac Mahon reste maîtresse de toutes ses positions. Vers trois heures environ, l'ennemi, désormais vaipcu, se retire presque partout : des deux côtés, les coups de feu deviennent plus rares. Pour la 2® division, la lutte du premier jour est presque terminée : ses troupes victorieuses couvrent de leurs bivouacs les crêtes de la montagne, depuis la plaine, jusqu'à portée de canon de Souk-el-Arba; l'habile direction des chefs et le courage des soldats ont vaincu tous les obstacles. Une fois de plus la patrie triomphe, mais elle compte trente morts et deux cent vingt-cinq blessés.