ACTE PREMIER
tence, à votre apogée. Dans trois jours, papa ne deviendra pas seulement une gloire nationale, mais l'humanité entière le revendiquera. Son nom déjà célèbre sera désormais immortel. Je crois fermement qu'il touche au but. Eh bien, vous avez des ennemis... Papa, qui a déjà suscité tant de haines, est parvenu au moment de sa vie où il va sentir cruellement les morsures de tous ces vilains chacals... Moi, je le sens, qu'est-ce que tu veux? Je le sens de toutes parts... je devine des campagnes de presse, des trahisons, et je dis, maman, qu'il est temps que tu t'éveilles. Il ne faut pas que sa gloire soit entachée du plus petit ridicule, et si tu avais entendu tout à l'heure la grossièreté que j'ai entendue, tu m'excuserais de m' adresser, comme je le dois, à la gardienne de la maison... Il est impossible que l'on puisse dire que papa a ici même •des complaisances douteuses et que tu les tolères...
MADAME BOUQUET
Marcelle!...
MARCELLE
Je vois, à ton cri d'indignation, que tu commences à saisir la portée du préjudice moral que nous subissons et que la bonté ou la faiblesse de papa...
MADAME BOUQUET
Ah! pour le coup, je n'en tolérerai pas davantage! Je ne te permets pas d'employer de pareilles expressions à propos de ton père!
Si ce ne sont pas des faiblesses, je voudrais bien savoir de quel nom il faut désigner le sentiment qui l'entraîne! Mais, tu n'as pas vu, tout à l'heure, quand il a réclamé les pages de la communication... Edwige s'est précipitée en même temps que moi.
MADAME BOUGUET
Ce n'est que très gentil.
MARCELLE
Je l'ai devancée et lui ai pris les feuillets... Papa,'^à qui rien n'échappe, même dans les moments où il paraît le plus étranger, n'a pas manqué, deux minutes après, de lui donner l'occasion de sa revanche.
MADAME BOUGUET
De sa revanche?
MARGELLE
Au lieu de s'adresser à son préparateur, car c'était à Hervé ou à Tronchet à aller au laboratoire, il lui a donné l'occasion de briller... Ah! elle a été jolie, la revanche!... Et c'est papa qui a été puni de sa faiblesse (car il n'y a décidément pas d'autre mot) et...
MADAME BOUGUET, fronçant les sourcils et sur un ton sans réplique.
Pour la dernière fois, pour la dernière, tu entends, je te défends de parler ainsi... tu ne dois pas te conduire vis-à-vis de tes parents comme une petite échappée de la Sorbonne.
(Silence.)
Je parle comme une fille très tendre et très respectueuse; quand tu auras réfléchi, tu verras que la situation d'Edwige est véritablement impossible. Il faut lui trouver une fin. Il faut la caser.
MADAME BOUGUET
Si tu le prends sur ce ton, à la bonne heure. Admettons! Mais encore ne pouvons- nous pas jeter à la rue, au bout de trois ans, une jeune fille à laquelle