‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 163 sur 263 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

EDWIGE

Mais, c'est atroce, simplement atroce!

BOUGUET

Des choses trop grandes sont en jeu pour hésiter. Il ne faut même pas tarder, car, parvenus à ce point, les bavardages vont s'aggraver... Je connais ces phases-là... Edwige, arme-toi, non de courage, mais de ferme et douce résolution.

EDWIGE

Mais je ne peux pas!... Je ne suis pas préparée, moi!... Je ne pourrai pas supporter ce coup, maître... Songez- donc... vous êtes tout pour moi... Vous régnez sur ma vie, sur mes plus petits instants... Je n'ai plus en moi que votre pensée... Que pourrais-je faire, privée de ce soleil?...

BOUQUET

Oh! de ce soleil!... Mais, tiens, en me servant de ton image, je dirai que tu as vécu dans un plan trop rapproché de ce soleil... C'est comme pour le germe : trop prés du foyer qui l'illumine, il se brûle au lieu d'éclore...Tant pis! Trop tard..., c'est ma faute, à moi, d'avoir autorisé ce rapprochement et supprimé les distances nécessaires...

EDWIGE

Oui, tant pis, comme vous dites! Car j'ai vécu à cette chaleur deux années de bonheur dont vous ne pouvez pas même vous douter. La journée commençait trop tard pour moi!... Mon Dieu, que j'ai été heureuse ici!... C'est mon bonheur qui m'a empêchée de profiter plus de votre enseignement, tant j'étais préoccupée de le savourer. Mais, même maladroite, il me semblait que ma maladresse me faisait

plus humble à vos côtés. Cette joie de l'humilité, mais c'était toute ma vie, tout mon avenir! Et voilà... fini tout à coup... Il me semble que je suis déjà malheureuse depuis des années.

(Elle fond en sanglots.)

BOUGUET

Je te laisse pleurer, puisque toute larme soulage, mais je ne vois pas du tout les choses de la sorte. Rien n'est perdu, au contraire... La vie s'inaugure pour toi si ce mariage est possible. Mais voilà, est-il possible?...

EDWIGE, sursautant.

Quoi?... Vous... c'est vous qui dites cela?

BOUGUET

Pourquoi donc pas?... Crois-tu que ce soit d'aujourd'hui que j'aie songé à ce nlariage?... En voyant l'affection de Blondel grandir au fur et à mesure, j'y avais souvent pensé. Je me disais avec amertume : quel dommage pour cette petite! C'était la vérité pour elle!...

EDWIGE

Vous, vous, qui me dites cela! Faut- il que vous m'ayez peu aimée tout de même et que je ne sois rien dans votre vie!... C'est désespérant... tenez!

BOUGUET

Mais, au contraire, c'est parce que je te porte une affection très certaine que j'envisage ton avenir pra^ tiquement. Tu n'es pas un être dédaignable, tu mé« rites de devenir heureuse. Je vois une chance harmonieuse se lever sur ta vie... Je me range à l'opinion de ceux qui souhaitent pour toi ce mariage. Évidemment, tout à l'heure, quand ma femme a posé ce dilemme, ton mariage ou ton départ, j'ai éprouvé une répugnance instinctive, je F avoue, mais je m'en

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