‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 172 sur 263 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BOUGUET, essayant d'amener la conversation à son point décisif.

Après tout, je dis le meilleur des époux, et tu acceptes cette hypothèse... mais, qu'en sais-je? Car nous ne parlons jamais, mon cher Blondel, au milieu de toutes nos idées fixes, de ta vie privée, de la façon dont tu la conçois, dont tu l'organises.

BLONDEL, rit.

Ah! il est de fait que nos conversations ne sont point remplies d'histoires de petites femmes!

BOUGUET

Et c'est peut-être un tort, Blondel, de ne pas s'avouer plus profondément.. Il faudrait aller jusqu'au bout de sa sincérité. Renan, Berthelot, pensaient que l'amitié n'exige pas la connaissance réciproque; ils avaient tort. On s'apprécierait mieux en ne laissant pas dans l'ombre la plus petite part de nous-mêmes.

BLONDEL

Je t'en prie, je t'en prie. Ta femme m'a rasé quelquefois avec ces histoires de mariage...

BOUGUET

Pourtant, tu y as songé quelquefois! Quelle conception te fais-tu de la femme... du moins de l'épouse, de la femme d'intérieur? Je serais curieux de la connaître.

BLONDEL, d'abord étonné, puis sincère, cherchant en lui-même.

Quelle conception? Celle de tout le monde... Oui, quelquefois, j'ai songé à la femme... comme un bouquet dans une maison, une chose parfumée, très douce... Pas plus... Oh! je ne me fais pas une conception pathétique de l'amour, non; mais quelquefois on rêve de cela le soir. Je n'ai jamais ambitionné une compagne admirable et qui ne se trouve pas, comme la tienne... Pas

d'associée... Mon Dieu, je~ii' aurais pas été difficile, évidemment! Un petit bout sous la lampe... qui cause, qui brode, qui vous apporte un peu sa gaieté du matin, ,de la journée... Penh! il nejfautfpasjy penser... Trop tard!...

BOUGUET

Mais, sais-tu bien que c'est une très jolie conception de la femme et fort juste. Je^pensais bien que telles étaient tes idées. Ceci ratifie cela.

Impressions de bourgeois et l'on a tort de les éprouver. C'est mesquin.

BOUGUET

Pourquoi donc?

BLONDEL

Si, l'on a tort... mais on les éprouve tout de même devant le grand bonheur des autres, quelquefois devant le tien que j'ai parfois envié, bien qu'il ne fût pas à ma taille... et, quelquefois aussi, simplement dans la rue, par certains soirs de printemps comme ceux-ci, tiens... où l'on voit^sur des bancs, dans les squares, sous les arbres, des couples enlacés... les couples des grands simples, des ouvriers... ces simples perdus dans leurs baisers appuyés, qui ne se retournent même pas pour vous voir!... Oui, on est toujours un peu grisette, tu vois? Mais c'est très court, très furtif, ces vagues regrets. J'ai toujours été habitué à ma chambre d'étudiant, devenue aujourd'hui un peu plus spacieuse, et, vrai, je ne m'aperçois du vide que lorsque je rentre le soir, parce qu'il n'y a pas de coussins, parce qu'il n'y a jamais de fleurs sur la table...

BOUGUET, lui frappant sur l'épaule.

Eh bien, il faut prendre femme, Blondel. L'heure

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