ACTE PREMIER
est arrivée. Il le faut. Je te le conseille, moi, vivement. Pourquoi pas?... Cette créature, dont tu parles, tu Tas ici à la portée de la main.
BLONDEL
Je l'ai sous la main?...
BOUGUET
Hein!... tu en as de bonnes!... (ii sourit, goguenard.) Pourquoi Edwige?... Ça, par exemple!...
BOUGUET
Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire ou de risible, dans ma proposition... Tu n'y as jamais songé?
BLONDEL
Jamais, fichtre!... Edwige est très gentille, certes, mais je n'ai pas plus pensé à elle qu'elle n'a jamais pensé à moi.
BOUGUET ^
Est-ce sûr?]
BLONDEL
Absolument. J'en mettrais ma main au feu.
BOUGUET
Et si elle avait au contraire songé à toi?
BLONDEL
Allons, bon! Je t'ai averti que nous n'allions dire que des bêtises! Edwige n'a pas plus pensé à moi que, je te le répète, je n'ai pensé à elle.
BOUGUET
Pas plus limais peut-être autant...
BLONDEL, gêné devant cette insistance.
Ah ça! mais qu'est-ce qui te prend! Tu voudrais m' éclairer sur mes propres sentiments. Que prétends-tu insinuer tout à coup?
BOUGUET
Blondel, on s'est aperçu dans la maison que tu éprouvais un sentiment de prédilection très gentil, très touchant, pour Edwige.
BLONDEL
Et on en a conclu à de l'amour! Tas d'imbéciles!... Je l'aime bien, comme une gosse qu'elle est, comme une enfant... Elle me fait tordre... rien de plus!...
BOUGUET
Elle correspond exactement à la conception que tu te fais de la femme.
BLONDEL
C'est possible!
BOUGUET, net.
Toutefois, il se présenterait un obstacle. '
BLONDEL
Ah!... (Se reprenant.) Je dis : ah ! tu sais... par simple curiosité...
BOUGUET
Un obstacle, d'ailleurs, qui n'aurait dépendu que de toi-même, de ton propre jugement... Peut-être es- tu au courant?
BLONDEL
De quoi?... Je ne comprends pas.
BOUGUET, lent, en le fixant attentivement.
Eh bien, as-tu connaissance qu'il y ait eu, dans le passé d'Edwige, autrefois, oh! une histoire simple, très banale, un premier amour trahi... (eiondei le regarde.) un jeune officier...
BLONDEL
Ah! oui!... Je connais... Cela n'aurait eu, à mes yeux, aucune espèce d'importance. Oui, je sais, une erreur de jeune fille Oh! mon Dieu, je ne suis pas de ceux qui attachent au mot de virginité cette sorte de vénération exclusive... Edwige peut avoir vécu sans attendre le mari futur... C'est bien naturel.
BOUGUET, soulagé.
A la bonne heure! Voilà qui est encore très bien pensé et très digne de toi. Je ne m'illusionnais pas sur tes propres sentiments. Alors, pourquoi ce mariage né se ferait-il pas, du moment que tu as la supériorité, dont je te félicite, de n'être point l'esclave d'un préjugé...
BLONDEL
Mon cher, ne prolongeons pas cette conversation oiseuse, je t'en supplie...
BOUGUET
Blondel, tu aimes cette petite... c'est clair comme le jour... et elle admet cet amour.
BLONDEL
Ah! pour le coup, tu te moques de moi! Pourquoi d'abord songerait- elle à moi?
BOUGUET
Qu'importe la raison? Je te certifie... nous y avons tous réfléchi... que ton bonheur'est là, et le sien pardessus le marché!...
|blondel1 Lui aurais- tu fait part de ces idées saugrenues?...
BOUGUET
Ma femme l'a fait à mon défaut...
BLONDEL
Ça, c'est admirable!... Ta femme s'occupe de moi, comme une mère!... (incrédule.) Et Edwige a admis ce projet?.,.
BOUGUET
Certainement.
BLONDEL, méfiant.
Voyons... alors, comment Madame Bouguet ne m'en aurait-elle jamais parlé?...
BOUGUET
L'aveu est peut-être récent, très récent.
BLONDEL, hausse les épaules.
Ta femme s'est fichue de toi... ou de moi, ce qui est plus naturel!... (Puis, revenant à la charge.) Elle t'a Vraiment dit ça?
- BOUGUET, souriant.
Tu vois bien que nous sommes documentés... Ma femme m'a dit qu'elle connaissait depuis longtemps ton affection, et qu'elle le tenait de toi-même.
BLONDEL, après une hésitation.
De moi-même?... Elle t'a dit ça? Une seconde. Veux-tu sonner Arthur, s'il te plaît? un ordre à donner.
BOUGUET
Que fais-tu?