ACTE PREMIER
Je la trouve charmante, cette petite... tout à fait délicieuse. Seulement, avec une pareille idée en tête, je n'y pensais même pas! Et note que je ne t'en faisais aucun blâme, Laurent, non... aucun... Je me bornais à éloigner de moi toute pensée d' affection ou de rapprochement possible. Mais, maintenant, tu viens d'ouvrir une fenêtre en moi... c'est de lair qui entre!
{Il parait radieux.)
BOUGUET, avec un grand trouble.
Pourtant, si j'ai bien compris tout à l'heure ta profession de foi, tu n'attaches pas à l'acte physique une importance primordiale? Tu m'as dit que tu J'acceptais avec la tache de son passé...
BLONDEL
Ah! ça, c'est tout autre chose ! Tu es bon!
Tu trouves? Tiens, parbleu!
BOUGUET
BLONDEL
BOUGUET
Mais, cependant, Blondel, tu viens de soulever une objection à mes yeux cent fois plus grave! Tu viens de dire : elle a pour toi une affection passionnée. Et cela voulait me faire entendre : « Tu es son maître, tu pèseras sur cette imagination longtemps encore de tout le poids de ton influence. » Eh bien, c'est cela qui pourrait légitimement t' inquiéter, Blondel !... Voilà la marque, l'empreinte réelle... mille fois plus importante, si elle se présentciit, que ne l'eût été un ■caprice des sens!
BLONDEL, l'interrompant.
Ah! par exemple! Mais ça n'a aucun rapport! Aucun. Qu'elle garde son affection pour toi, même son admi-
ration exaltée à ton égard, qu'importe! C'est trop naturel! Je n'en serais pas jaloux. J'en ferais mon
affaire!... (S'appioclianl de lui avec tendresse.) Est-Ce qu'On ne
doit pas t'admirer?... N'est-il pas légitime qu'on t'aime?... N'avons- nous pas tous un fétichisme pour le grand homme que tu es. Tandis que si elle t'avait appai'tenu... si...
BOUGUET, lui posant la main sur l'épaule.
Mais, l'acte physique, Blondel... ce n'est rien!
BLONDEL
Mais c'est tout!... c'est tout!...
BOUGUET, poussant une exclamation étouffée.
Quels abîmes peuvent séparer deux êtres qui vivent côte à côte, du même travail, du problème de là vie identique !
BLONDEL
Bouguet, écoute. Je comprends ton scrupule. Il est exquis. J'apprécie la délicatesse de ta réserve; oui, tu veux me faire comprendre, par un excès de précaution, qu'il existe certaines possessions intellectuelles, des influences morales, qui ont une importance presque égale à une possession physique, et tu redoutes, si j'épousais cette enfant (et rien n'est moins sûr que cette hypothèse), que je puisse me sentir atteint dans l'avenir par cette influence. Tu t'abuses. Si Edwige devenait un jour ma femme, et, je te le répète, c'est infiniment douteux, je serais heureux et fier que tu gardes sur elle ton autorité et qu'elle conserve le culte même ardent qu'elle a pour toi. Quoi que tu en dises, il n'y a pas de comparaison possible! Elle n'a pas été tienne et ce serait à moi, dès lors, de savoir me faire aimer. C'est une tâche, pleine d'attraits... Si je n'y réussissais pas, eh bien... cette tape