‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 5 sur 263 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

toutes les plus belles conquêtes de l'âme, — {laison, Sagesse, Pitié, Charité !...

Le soldat peut encore s'illusionner sur les finalités de son œuvre, car un soldat perdu dans la mentalité collective de la foule ne pense pas; — il sent et subit. Mais le poète, lui, s'il est sincèrement ému, est trop renseigné sur le jeu des causes et des effets, pour ne pas distinguer que la' seule réelle sublimité de cette tuerie est celle qui a exhaussé le courage de l'homme à la hauteur jamais atteinte du sacrifice sans illusion et de la résignation sans espoir. Un poète digne de ce nom ne sera pas le chantre enthousiaste de cet égorgement monstrueux ; c'est impossible ! Il ne se trouvera pas un grand poète épique pour clamer, même en strophes patriotiques, autre chose que sa douleur, son affliction, sa pitié désolée, sa rage devant un meurtre, un carnage méthodique comme celui qui est en train de dévaster le monde. Les ivresses brusques empoignent l'homme et le précipitent hors de luimême, jusqu'aux confins de l'enthousiasme et du lyrisme. Les ivresses lentes l'intoxiquent, c'est une loi physique. Cette guerre est une guerre triste; elle ne connaît pas l'allégresse des combats, des victoires inopinées, prochaines. Elle est une guerre d'abattoir, et le sang qui coule inépuisablement se répercute, en bruit sinistre, au cœur de tout être sensible.

Le grand témoin divin, là-haut, c'est le Regret.

Mais par exemple, de quel émoi le poète pourra frémir s'il étend ses mains vers la douleur ter-

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