ACTE PREMIER ii
CÉCILE
Mais enfin, qu'est-ce que c'est, Ginette?
GINETTE
Après tout, j'ai peut-être tort de rire. Figurez-vous que nos insupportables pies-grièches de voisines prétendent m'interdire de jouer du violon et s'en réfèrent à je ne sais quelle ordonnance de la préfecture et aussi à votre jugement personnel. Il paraît que c'est inconvenant de jouer du violon... ailleurs qu'au front sur des boîtes de macaroni...
DUARD
Quelle idiote! Je vais vous rédiger une lettre que vous pourrez lui montrer à cette dame. J'entends ne pas être tenu responsable d'un arbitraire pareil.
GINETTE
A la bonne heure! je n'en doutais pas!
DUARD
Quelle est cette personne? Une vieille dame?
GINETTE
Naturellement! comment voulez-vous qu'il en soit autrement! Ah Dieu! avant la guerre, je n'aimais pas les vieux, maintenant je les déteste.
BARRIER
Merci, en passant.
(0* rit.)
GINETTE
Oh! mais je n'appelle pas vieux du tout un hommo de votre sorte... placé...
PIERRE
Au guichet de la vie.
BARRIER
Il en a de bonnes!
GINETTE
J'appelle vieillard tout ce qui se consume dans l'inutilité, l'anémie, l'ankylose! Et ce qu'on en voit!
BARRIER
La cachexie, comme nous disons entre nous, mais c'est un sale mot pour de joHes bouches.
CÉCILE
Voilà Ginette lancée!... Je vous avertis que c'est sa marotte.
DUARD
Mais, il y a des vieillards intrépides et charmants, mademoiselle.
GINETTE
J'enrage de penser qu'après la guerre il y aura tous les vieillards! Et que cette belle jeunesse meurt tous les jours pour entretenir le règne de la vieillesse! Ah! s'ils se contentaient d'étouffer les violons!
BARRIER
Elle ne pardonne pas à la vieille dame d'à côté!
DUARD
Je vais la saler!
BARRIER
Mais elle me plaît, cette petite demoiselle-là.. .Passezmoi une tasse de cacao. Ça remplacera les pernods dé-