‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 58 sur 263 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PIERRE

Parfaitement, à votre insu! La trahison, c'est d'avoir apporté ici votre jeunesse, je ne dis pas seulement votre charme, je dis la puissance de votre jeunesse ardente, même votre gaîté, même ce courage que vous communiquez à tout le monde. A'ous parliez tout à l'heure de la bureaucratie, de la porte qu'il faudrait ouvrir pour balayer cette atmosphère endormie. Eh bien! c'est ce que vous avez fait, vous, en entrant ici^ sournoisement et sans le vouloir.

GINETTE

Oh ! aournoisement 1

PIERRE

Vous avez ouvert les fenêtres, vous avez balayé cette atmosphère provinciale où des énergies un peu molles s'endormaient dans le confort, dans une austérité pour laquelle nous n'étions peut-être pas nés. Cette grande histoire, la Guerre, passait au-dessus de nos têtes. Vous, avec vos blessures toutes neuves^ toutes saignantes, votre rage, votre enthousiasme, vous êtes arrivée comme un petit bolide, ^'ous nous avez tous entraînés. Qui sait même si Cécile aurait trouvé en elle ces ressources d'énergie si vous ne la lui aviez un peu soufflée; vous n'avez pas besoin de proclamer votre amour pour la jeunesse, allez! C'est vous qui êtes la jeunesse! Mais cruelle par exemple... et sévère! Bah! la bonté vous viendra plus tard. La bonté, c'est déjà de la décadence.

GINETTE, éclatant de rire, le nez sur soa ouvrage.

Bon Dieu! mais je ne suis pas tout i^a! Que diable allez-vous chercher là! Toutes ces choses se réduisent à bien moins... bien moins... C'est l'histoii'e d'une pauvre petite émigrée, un petit bout de rien du tout

qui est entré dans une maison amie, chez des gens adorables et pleins de cœur. Or, pendant qu'elle se mettait simplement à sa besogne d'infirmière, à son petit traintrain de vie, le cousin, comme dans les pires romans, a â'ailli devenir amoureux de sa petite personne. Ça aurait pu se gâter, elle aurait dû se fâcher... et puis tout s'arrange... Voilà à quoi se limite exactement l'histoire.

PIERRE, secouant la tête.

Non, pas du tout. Vous savez bien que ce n'est pas ça! N'essayez pas d'en diminuer les proportions 1 C'est plus, beaucoup plus!... C'est même tellement, que, par moments, je me demande si ce n'est pas une seconde vie qui commence... Et si, tout à coup, je vous révélais la profondeur de mes sentiments, vous en seriez peutêtre effrayée... Mais cependant, je sais, je lis dans vos yeux, dans votre attitude, que vous voue en rendez compte. i

GINETTE, fronçant les sourcils.

Alors, taisez-vous encore et toujours... c'est ce qui vaudra le mieux.

PIERRE

C'est une superstition ancienne qui vous fait dire : il vaut mieux se taire devant l'amour. Voyez-vous, je vous disais tout à l'heure une grande vérité, au sujet de ce soldat balbutiant qui s'en allait emportant avec l'amour qu'il vous a voué une grande force qui va le soutenir et l'embraser!... Je vous disais qu'un des miracles les plus merveilleux de cette guerre aura été de transformer les sentiments de l'homme devant la femme et réciproquement. Est-ce parce que vous n'êtes plus les mêmes que naguère, vous autres femmes?... Est-ce plus simplement parce que le danger de l'heure nous a fait mieux comprendre la destination de l'amour et de la tendresse, mais je sens

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