‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 89 sur 263 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ici... Il n'y a pas de plus grand crime, puisqu'au moment même où veuve, je pourrais au moins pleurer sa mort, vous m'enlevez jusqu'à la possibilité des larmes!... C'est trop affreux vraiment! C'est trop pour moi! En apprenant la mort de celui qu'elles aiment, toutes les femmes, toutes, ont la joie au moins de le pleurer et moi, je ne le peux plus!,.. Pierre, tu m'as trahie! je t'ai perdu maintenant pour l'éternité! Ah! va, c'est mon dernier cri d'amour pour toi, je ne te pleurerai plus jamais... tu m'as fait trop de mal!

(Bile retombe, déchirée, écrasée.)

GINETTE, toujours à genoux, s'approchant d'elle.

Pardon pour lui! Oui, tout vient de moi. J'ai tort de m' absoudre! tout vient de moi et rien de lui!

CÉCILE

Ne me touchez pas. Ne me touche pas, toi! Ah! ces yeux, comment ne les ai-je pas vus! Comment n'ai- je pas vu plus tôt leur ignoble expression. J'étais trop noble, trop pure! Je ne pouvais pas distinguer votre bas amour derrière son masque de faux héroïsme.

GINETTE

Non! je ne l'aimais pas d'amour...

CÉCILE, se levant.

Ah! ra, c'est vrai! Le voilà, le cri du cœur! Non, jamais vous ne l'avez aimé! En effet, non! Jamais vous n'avez aimé cet homme, car vous n'auriez pas eu le courage de l'envoyer à la mort, le courage que, moi, je n'avais même pas!... C'est vrai, elle ne l'aimait pasl Et lui, le pauvre fou, il l'adorait! Fallait-il qu'il vous aime pour qu'il ait gardé sur lui toutes vos lettres! A ce point que vous n'imaginiez pas pai'eille imprudence, n'est-ce pas? Mais lui, il s' est bien soucié

qu'on trouve toutes ces lettres adultères sur son corps, il s'est bien soucié de navrer le cœur de sa femme! Ce qu'il voulait, c'était ne pas se séparer de ces feuilles chéries. Vous pourrez les compter un jour, car je vous les rendrai vos billets d'amour. J'en réponds d'avance, pas un ne manquera à l'appel!... Vous trouverez le compte!... Je sais ce que c'est maintenant que la fidélité du cœur!

GI>'ETTE

Votre douleur se cogne à droite et à gauche... Comment pourriez-vous reconstituer d'ailleurs! Je vous en conjure, croyez-moi, ne diminuez pas le sacrifice qu'il a fait de sa vie, ne le mêlez pas à l'erreur d'un moment qui ne l'a pas conduit à ce chemin sublime. L'homme de la Croix-Rouge me l'a répété encore en sortant : « Dites-lui qu'il est tombé en héros! » Vous comme moi, Cécile, nous n'avons été qu'un tremplin d'où son âme s'est élancée. Celle qui vous l'a pris n'est pas ici. Elle est là-haut! elle est là-bas!

CÉCILE

Non, elle est là à mes genoux ! La guerre va dévorer tout l'amour du monde! Ah! je la hais bien aussi, la guerre! Derrière elle, il ne restera rien! Elle dévastera tout l'amour! oui, mais elle ne tue pas le souvenir, la guerre!... Tandis que vous!... D'elle et de vous, c'a été la moins abominable!

GINETTE

Cécile, vous n'avez pas pu lire suffisamment ces lettres! Vous vous trompez. 11 faut que vous les lisiez. Vous les lirez. Ce ne fut pas une aventure d'amour; non, ce n'est pas une trahison. Réfléchissez! Aurait-il gardé ces lettres sur lui au risque qu'on les trouve après sa mort? Ma justification est dans le témoignage qui

Page 1