CHAPITRE II
Decazes se plaint de ses successeurs. — Il les accuse de ne pas le défendre. — Pasquier se justifie. — Decazes prévient le roi que leur correspondance est lue au Cabinet noir. — Il donne des avis sur la politique ministérielle. — Le roi refuse de les discuter. — II tempère les effets de ce refus par un redoublement de sollicitude pour Decazes.
Rassuré de ce côté, le ministre tombé ne trouvait pas dans l'attitude de ses successeurs les mêmes raisons de se réjouir et de se déclarer satisfait. A la tribune de la Chambre des députés, à celle de la Chambre des pairs, dans la plupart des journaux, même dans ceux qu'on disait enrôlés sous la bannière ministérielle, il était attaqué tous les jours avec une rare violence, injurié, outragé même, et, nulle part, il n'était défendu.
Libre de ses mouvements et resté à Paris, il n'aurait eu besoin de personne pour se défendre. Mais, en faisant appel à son dévouement à la monarchie, en obtenant de lui qu'il s'exilerait, on lui avait lié les mains ; on l'avait, comme il disait, paralysé. Il en concluait que ce qu'il ne pouvait faire lui-même pour son honneur et sa sûreté, ceux à qui il s'était généreusement sacrifié devaient le faire. C'était là pour eux un impé-
rieiix devoir; mais, ils ne semblaient pas le comprendre. Ils abandonnaient Decazes aux outragées du député Glauzel de Cousser^ues, aux attaques du pair de France, duc de Fitz-James, aux insultes du journaliste Martinville, à toutes les odieuses inventions de l'esprit de parti dont sa chute n'avait épuisé ni les haines ni les veng^eances. A la douleur d'être tombé du pouvoir s'ajoutait pour lui celle de voir à tout instant l'implacable mauvaise foi de ses adversaires travestir ses actes et calomnier ses intentions. Ce qu'il éprouvait, il le confiait, le 10 mars, à Pasquier, avec une retenue et une modération qui rendaient mal son ressentiment et qui étaient encore de sa part un sacrifice à la cause du roi.
" Je ne crois pas que la complaisance envers ces Messieurs doive aller jusqu'à laisser sans réponse des calomnies quand elles citent des faits et des autorités. Je ne le crois pas parce que je pense qu'une fois à ce point, il faudra leur faire de bien autres sacrifices que la politique permettra encore moins que ceux-là. Je comprends moins encore que les attaques de cette nature viennent d'un aide de camp de Monsieur et après ce qui s'est passé. Mais, si ma raison est étonnée, mon cœur, soyez-en bien sûr, n'est pas ébranlé, et de tous les sacrifices qu'il me parait que j'aurai encore à faire, il n'y en aura de pénibles pour moi que ceux qui me paraîtront funestes à la chose publique et à la cause royale. Celui de repartir tout de suite d'ici