‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 9 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

absent qu'on aime de plus vif témoig^nages de tendresse. Le malheur est qu'ils ne parvenaient au destinataire que plusieurs jours après son arrivée dans la Gironde. Il avait d'abord formé le dessein de s'installer à la Grave et d'attendre là le moment où on lui permettrait d'aller à Paris préparer son départ pour Londres. Mais, à la Grave, rien n'était prêt pour le recevoir. L'installation y était par trop primitive. Il fallait au moins huit jours pour qu'on la rendit un peu plus confortable. Il était donc parti pour une terre voisine, le Gibaud, afin d'y passer cette semaine d'attente. Or, à la date du 5 nu\rs, ni au Gibaud, ni à la Grave, il n'avait encore reçu de nouvelles. Il se décidait alors à écrire au roi dont le silence l'étonnait et l'attristait; il se crovait oublié, il se plaignait. Sa lettre à peine partie, il recevait, avec ce journal que Louis XVIII avait tenu pour lui, des lijjnes consolantes et rassurantes. Puis, il lui arriva une réponse à sa plainte. Elle était bien faite pour ramener dans son àme le calme et la sérénité.

« L'Écriture sainte a bien raison, mon cher duc, de dire que l'esprit vivifie et que la lettre tue. J'ai suivi celle-ci dans l'accomplissement de vos désirs; il en est résulté que vous n'avez rien trouvé en arrivant, que vous avez été même plusieurs jours sans rien recevoir, au lieu que si j'avais suivi mon mouvement, je n'éprouverais pas le regret qui me tourmente. A ce regret se

joint une inquiétude offensante pour vous et que je ne puis expier qu en vous en faisant l'aveu sincère. Cette lettre de Mme Chanson me revient sans cesse à l'esprit. Cette àme sèche a dit : Il n'aime que des yeux, non du cœur. Elle a bien raison de dire que j'aime des yeux, mes mouchoirs ont pu l'attester. Mais, pour le cœur ! . . . ' Et il protestait avec véhémence contre cette réputation de sécheresse quon voulait lui faire et à laquelle, assurément, son fils ne croyait pas. « Ah! rassurez-moi sur ce point, j'en ai besoin. » La lettre est longue, et trop d'autres devront être citées pour qu'on puisse donner à celle-ci une place plus étendue. Les dernières lignes en résument exactement l'esprit : u A propos de commission, je suppose que vous voyez quelquefois mon Élie. Dites-lui, je vous prie, que son père l'aime de tout son cœur et ne sera heureux que le jour où il pourra le serrer dans ses bras paternels. » Ainsi, 1 éloignement ne refroidissait pas le cœur du roi. Quoique à distance, Decazes le retrouvait tout entier avec sa sollicitude et sa chaleur accoutumées.

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