‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 11 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour aller à Londres, me coûterait fort peu, car ma santé seule en souffrirait. Mais, si ma présence à Paris, il y a quinze jours, effravait tant ces Messieurs que j'ai dû partir précipitamment, quel effet ne ferait pas mon retour et quel rôle jouerais-je en passant à Paris au milieu de ces attaques et de ces outrages que je puis mépriser de loin, mais qu'il me serait impossible de ne pas repousser si j'étais sur les lieux? »

Ces dernières lignes répondaient à une offre amicale de Pasquier, devenu, eu sa qualité de ministre des affaires étrangères, le chef hiérarchique de Decazes. Il croyait que pour imposer silence aux fanatiques qui, tous les jours, malmenaient son ancien collègue parla parole ou par la plume, il fallait que celui-ci allât prendre possession de son ambassade. Il serait alors démontré que ces violentes attaques n'avaient pu lui faire perdre la confiance du roi ni entraîner sa révocation. Elles cesseraient en raison même de leur impuissance. Mais, |)our aller de la Gironde à Londres, Decazes devait nécessairement passer par Paris; il était même tenu d'y demeurer quelques jours afin de recevoir ses instructions et de procéder à des préparatifs nécessaires, et c'est ce séjour dans la capitale qui, pour les causes qu'il indiquait lui-même, lui semblait dangereux.

Tel était aussi l'avis du roi.

« Cornes m'ont poussé à la tête, — un veuf peut s'exprimer ainsi, — en lisant la douce proposi-

lion de Pasquier... Si vous vous portiez tout à fait bien et que Libourne fût à Abbeville ou Londres à Burgos, on pourrait peut-être voir. Mais, avec la nécessité de passer à Paris, et léviter serait bien pire, ce sont les Petites-Maisons ouvertes. »

C'est à la date du 14 mars que le roi exprime à son favori cette opinion qui témoigne de ses craintes et de sa prudence. Dans la même lettre, il l'entretient familièrement de l'emploi de sa journée. Le matin il est allé à l'enterrement du duc de Berry, « sans avoir éprouvé la moindre fatigue, grâce aux bons arrangements qui avaient été pris » . Il n'a pas été content de l'oraison funèbre. Tandis qu'il s'attendait à pleurer, et il en avait besoin, ses yeux se sont sèches, l'orateur avant dit qu'il voulait instruire et non attendrir.

« Mais, quand j'ai vu passer cette pauvre bière sous mes yeux, je me suis dédommagé et cela m'a fait du bien... Depuis vendredi, j'ai repris mes promenades. J'ai voulu me forcer, et, tout exprès, j'ai débuté par celle de Clioisy. En passant sous des fenêtres, j'ai senti mon cœur se serrer. Le duc de la Cliàtre, dont la place en voiture est vis-à-vis de moi, s'en est aperçu et a jeté un regard sur ces pauvres fenêtres. Alors, je lui ai dit : Et flavinius diem recorderemus tui Sion. Le lendemain, j'ai fait la promenade de Saint-Cloud, Suresnes, etc., etc., où, en cette saison-ci, on voit Madrid en plein. Gela m'a fait mal aussi.

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