‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 100 sur 139 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pense pas toujours de ses obligations d'ambassadrice.

M II y a quelques jour'", nous avons eu un raout, et, comme les princes devaient y venir, on m'a fait lever. On m'a campé une redingote en dentelles, et me voilà faisant les honneurs du salon. Je n'ai pu y rester longtemps. J'étais fatiguée à force de dire aux personnes qui me demandaient de mes nouvelles, comment et de quoi je souffrais. Une lady William Bentink, amie de Holland, m'a conseillé de prendre des bains de vinaigre. Pauvre femme ! . . . Je suis rentrée chez moi. . . Le lendemain, Bertin est venu. J'étais couchée et dans un tel état de faiblesse que je sentais que je perdais connaissance. 11 tire sa montre et je l'entends qui dit à mon mari :

« — Mais, elle va beaucoup mieux ; elle n'a que quarante pulsations.

" Et il l'a répété jusqu'au moment où il n'en a plus trouvé du tout. Avant-hier, il m'apporte une potion qu'il dit n'être pas mauvaise. Je le prie bien de ne pas me tromper parce que j'en ai déjà pris de détestables dans la journée. Il m'assure qu'il ne me trompe pas. Je bois : c'était détestable. Je me suis retournée et lui ai tout jeté au nez. Il était furieux. Pourquoi me trompe-t-il? J'ai été bien grondée. Papa prétend que je suis trop grande pour faire des choses semblables. Il a raison. Mais, je suis aussi trop jeune pour souffrir tout ce que je souffre. »

On voit que Madame l'ambassadrice est encore enfant par plus d'un côté, enfant et espiègle, s'amusant de peu. " Je me suis abonnée chez un marchand de gravures. Il m'envoie tous les deux jours un volume de caricatures anciennes ou nouvelles. Il y en a une où Ion voit le roi Georges et la reine se jetant dans la boue, qui est charmante... Les enfants de Thérèse (Esterhazy) sont malades et elle aussi. On vient de faire une opération à Mme de Lieven. Le corps diplomatique est donc à l'hôpital. »

Puis, c'est le récit d'une algarade des plus vives, causée par un fou qui, le 13 février, jour anniversaire de la mort du duc de Berry, se présente chez l'ambassadeur de France pour l'assassiner comme complice de Louvel. Heureusement, l'ambassadeur est absent et on peut emmener cet aliéné, non sans qu'un je une attaché, M. deBilling, qui se trouvait là, revêtu de son uniforme, ait été obligé de tirer l'épée pour défendre les gens de l'ambassade : « Le matin même, j'avais remis à M. de Billing cette épée que le général Rapp m'avait envoyée pour lui. En la lui remettant, je lui avais dit qu'elle lui porterait bonheur. Il est venu tout triomphant me raconter que c'était pour moi qu'il en avait fait usage la première fois. Je lui ai dit que je lui souhaitais que ce fût toujours pour une aussi juste cause. »

Quelques jours plus tard, elle écrit :

(i Mon père et ma mère sont partis. Il paraît

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