‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 113 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

avaient ordre de n'entrer sous aucun prétexte. Si rigoureuse était la consig^ne qu'aucun d'eux n'eût osé l'enfreindre. Un jour que Mme du Gavla était ainsi en tête-à-téte avec le roi, celui-ci, malade et d'une faiblesse affreuse, ayant voulu quitter son fauteuil, tomba à la renverse sur le tapis. Mme du Cayla, qui avait essayé de le retenir, roula par terre avec lui. Tous deux poussaient des cris qui arrivaient jusqu'à l'antichambre. Mais, personne ne vint à leur secours, les g^ens croyant à une ruse. Ils n'entrèrent que lorsque la favorite, avant pu se relever, vint elle-même ouvrir la porte en appelant.

Indépendamment de ces entretiens confidentiels, le roi écrivait à son amie tous les jours et souvent plusieurs fois par jour. Il n'était pas rare qu'en entrant chez lui, on le trouvât en train de lui écrire. Avec précipitation, il cachait alors la feuille commencée en jetant dessus quelques-uns des papiers épars sur sa table. Après qu'il se fut alité pour ne plus se relever, on y trouva une lettre inachevée destinée à Mme du Cayla à qui, par ordre du comte d'Artois, elle fut remise telle qu'elle était.

Ce n'est pas par ces seuls signes que se manifestait visiblement la faveur royale. Mille petits détails la trahissaient, comme, par exemple, le mot d'ordre que, chaque soir, le roi donnait pour la nuit au capitaine des gardes. Au temps de Decazes, ce mot d'ordre était souvent « saint

Élie » ; Mme du Cayla entrée en scène, à saint Élie succéda sainte Zoé : « Sainte Zoé-Nogentle-Roi; Sainte Zoé-la-Rochelle » par allusion à une terre que possédait la favorite aux environs de cette ville, ou bien encore « saint Sosthène et sainte Zoé » , dénominations choisies par le roi lui-même et qui révélaient combien le poursuivait le souvenir de la belle charmeuse. D'ailleurs, il ne cachait ni son admiration ni 1 intérêt qu'il lui portait. Recevait-il quelque étranger de marque, le duc de Wellington, par exemple, il ne manquait pas de l'inviter à aller voir Mme du Gayla.

A chaque page de l'apologie qu il a consacrée à son amie, La Rochefoucauld nous parle de son désintéressement. Mais, ce qu'il en dit est si fréquemment controuvé qu'on touchera de plus près à la vérité en adoptant l'opinion émise à ce sujet par Villèle. Il confesse tout net « qu'il croit qu'elle a coûté beaucoup d'argent à la liste civile » . N'exagérons rien, cependant, et tenons pour certain que les libéralités qu'elle reçut du roi, prises d'ailleurs sur la cassette, ne sauraient être comparées aux prodigalités faites par Louis XIV et Louis XV à leurs maîtresses et au détriment du trésor public. On pourrait presque I chiffrer le total de ce qu'il lui a donné. Quand il jouait aux échecs avec elle, elle recevait six mille francs si elle gagnait et, si elle perdait, quelques cents francs pour « le bien joué » . Au jour de l'an

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