CHAPITRE XII
et à sa fête, elle recevait un beau cadeau, des breloques précieuses, des bijoux, un portefeuille orné de brillants. Une autre fois, le roi lui offre un recueil des Évang^iles superbement relié, embelli de nombreuses gravures et où les feuilles de garde desdites gravures, sont remplacées par des billets de banque de mille francs.
— Si jamais vous tombez dans l'adversité, ditil, en le lui offrant, vous trouverez dans ce saint livre un soulagement efficace.
A en croire La Rochefoucauld, il n'eût tenu qu'à elle que les dons royaux fussent plus fréquents et plus magnifiques; mais, il affirme qu'elle refusait sans cesse, ce qui ne laissait pas de chagriner le roi. Il déclarait alors qu'après lui, elle trouverait, grâce à un testament déjà fait, tout ce qu'elle affectait de ne vouloir pas prendre maintenant. Nous devons supposer qu'il y a une grande part d'invention dans ces prétendus refus dont nous ne pouvons malheureusement contrôler l'exactitude. Ce qui autorise à le penser, c'est que, dans une circonstance où la générosité royale fut solennelle et publique, la favorite n'en repoussa pas les effets et qu'elle dut à sa résignation de devenir propriétaire du château de Saint- Ouen où le roi, en 1814, avait signé la fameuse déclaration et qu'il avait racheté et fait restaurer pour son amie.
Elle en prit possession, le 3 mai 1823, et, par ordre de son seigneur et maître, y donna à cette
occasion une fête splendide dont on peut lire le compte rendu dans les journaux du temps. C'est le peintre Isabey qui l'avait organisée. Les invités étaient au nombre de quatre cent vingt-cinq. Tous les membres du corps diplomatique y figuraient, aucun d'eux n'ayant osé refuser de venir rendre hommage à l'amie du roi. Les Menus avaient arrangé une salle de spectacle. Les comédiens les plus réputés du temps, Mmes Mante, Ginti, Boulanger, Rigaud avec leurs camarades Potier, Huet et Philippe y jouèrent un vaudeville de circonstance. On se rendit ensuite dans le grand salon et, tandis que les chœurs entonnaient une cantate en l'honneur du roi, on découvrit un tableau placé au centre d'un vaste panneau en velours bleu, fleurdelisé d'or, peint par Gérard et réprésentant le donateur devant la table de travail en bois blanc qu'il avait rapportée d'Hartwell. La munificence royale représentait au total un million, ce qui atteste le degré de faveur auquel Mme du Gayla était parvenue.
En ce temps, du reste, il n'est rien qu'elle n'obtienne. Elle exprime le désir d'avoir son portrait. Le roi le commande à Gérard et en fixe le prix à quinze mille francs que Charles X payera en 1826. Elle fait avoir à son frère le général Talon le commandement de la brigade des lanciers et hussards de la Garde. Pour lui donner ce commandement, on l'enlève au duc de Guiche