CHAPITRE XII
qu on nomme, à titre de dédommagement, lieutenant général, avec ses deux anciens MM. d'Ambrugeac et d'Escars, sur le dos desquels il n'a pas voulu passer. Un des parents de la favorite se marie et le roi d'offrir à la fiancée un cadeau pareil à celui qu'il avait offert à Mlle de Sainte- Aulaire lors de son mariage avec Decazes. Elle règne véritablement. Durant l'hiver de 1823, tout Paris s'émeut d'un accident où elle a failli perdre la vie. Elle se promenait avec Sosthène de La Rochefoucauld dans un traîneau attelé de chevaux arabes, lorsque au coin de la rue Dupliot, l'équipage a versé. C est miracle qu'elle en ait été quitte pour la peur.
Sa vie alors est une féerie, grâce à la faveur qui l'auréole et qui lui vaut autant de sollicitations que d'hommages. Il existe à la Bibliothèque nationale, section des manuscrits, un vieux cahier échoué là on ne sait trop comment et sur lequel la dame de compagnie de la favorite a écrit, sous sa dictée, le résumé des réponses que nécessitaient les innombrables requêtes dont elle était l'objet. Tout le monde s'adresse à elle; des poètes, des gens en quête d'emploi, des flatteurs de toutes sortes, Fiévée, la duchesse d'Abrantés, le général duc d'Avaray qui voudrait avoir le commandement de la lO* division militaire.
Elle répond à tout le monde, mais, en fait, rares sont les circonstances où elle rend service. Il est vrai qu'elle est d'une habileté singulière à
donner de l'eau bénite de cour. A son amie Mme de Vibraye qui Ta sollicitée, elle répond : « Je dicte, n'ayant à moi que mon esprit de libre pour vous l'offrir avec le reste de ma pensée. » A Laure d'Abrantès : « Je n'ai à vous offrir, ma chère Laure, qu'une amitié sincère et une bonne volonté dont vous ne pouvez pas douter. " A un courtisan qui voulait écrire sur elle : « Moins on s'occupe de moi et plus je suis heureuse " et à un quémandeur qui avait fait suivre sa pétition d'un petit cadeau : <i Je me suis prescrit une loi invariable dont rien ne pourra me faire départir, celle de ne jamais accepter la moindre bagatelle " Cependant la tyrannie du maitre, quoique cachée sous les fleurs, ne laisse pas d'être parfois lourde et irritante. En 1823, étant en voyage de villégiature, la favorite écrit : « Je n'imagine pas recevoir grand'chose ici; on est de si méchante humeur de mon petit voyage qu'on voudrait m'en punir. Ce serait par trop fort de me croire à la tâche. Ainsi, je ne pourrais plus remuer. » Ce cri de colère, révélateur de l'impatience avec laquelle, à certains jours, elle subit son joug, nous conduit tout naturellement à la question posée depuis quatre-vingts ans devant 1 histoire : De quel prix Mme du Cayla a-t-elle payé les bienfaits qu'elle recevait du vieux roi dont elle fut la favorite et la dernière amie?
Quand on sait en quel piteux état physique était déjà tombé Louis XVIII, lorsque commencé-