CHAPITRE XII
rent leurs rapports, il est malaisé de croire qii elle ait été effectivement sa maitresse. Sans parler des soixante-cinq ans bien sonnés qu'il avait alors, et bien qu'il eut conservé la plénitude de ses qualités intellectuelles, son corps n'était plus qu'une plaie : une sup[)uration aux {jenoux, une autre sous les pieds, un cautère au bras gauche. Tout au plus donc, pourrait-on supposer que les joies que pouvait lui donner la favorite consistèrent en quelques privautés plus ou moins innocentes.
J'ai eu dans les mains une lettre écrite vers ce temps par une jeune femme au sortir d'une audience intime que lui avait accordée Sa Majesté. Elle raconte que le roi a voulu la prendre sur ses genoux « pour la dorloter comme une petite fille 1) , fantaisie à laquelle elle s'est dérobée, « n'aimant pas ces manières » . Il n'est pas invraisemblable d admettre que c'est à « ces manières » que se réduisit le commerce amoureux du roi et de Mme du Gayla, bien qu'elle ne fût plus d'âge à jouer à la petite fille. On a raconté qu'il aimait à répandre du tabac sur l'épaule nue de sa belle amie et à le humer à cette place. Cela se disait couramment alors, et Gastellane nous apprend qu'un jour où la favorite, sortant de chez le roi, traversait le salon des gardes, ceux-ci affectèrent d'éternuer bruyamment sur son passage. Mais, n'y a-t-il pas, dans ces propos, plus de malignité que de vérité?
Au surplus, quel qu'ait été le caractère de
cette liaison, Mme du Cavla en tira une influence dont les ultras ne manquèrent pas de profiter. Le comte d'Artois et l'austère duchesse d'Angoulême lui furent toujours reconnaissants de la manière dont elle Tav^ait exercée. Elle avait espéré hériter du roi de grandes richesses, c est La Rochefoucauld qui le donne à entendre. En fait, le testament sur lequel elle comptait ne fut pas retrouvé et, sans doute, n'avait-il jamais existé. Charles X répara tant bien que mal la négligence de son frère en accordant à la favorite une pension viagère de vingt-cinq mille francs et en se chargeant du coûteux entretien du château de Saint-Ouen. Il lui maintint, en outre, ses entrées dans la salle du trône. Mais elle n'en usa guère. Elle avait quitté la cour et, dès ce moment, elle voyagea beaucoup. En 1827, elle était à Londres, habituée du salon de Wellington, en 1831 à Jersey, et en 1833 en Hollande. Elle avait été liée avec le comte de Lucchesi-Palli et ne fut pas étrangère à son mariage avec la duchesse de Berrv. Elle était oubliée lorsqu elle mourut en 1860.
Pour la mieux faire connaître, nous avons anticipé sur les événements et résumé son existence jusqu'après qu'elle eût porté à Decazes les coups sous lesquels il devait succomber. Mais, au moment où il venait d'arriver à Paris et où il était contraint d'en partir — mars 1821 — la faveur de Mme du Cayla commençait à peine. Seuls les