‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 118 sur 139 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ministère donnerait sa démission. Dans l'entretien qu'ils eurent ensemble, Richelieu rappela l'engagement formel pris par le prince, un an avant, de le soutenir envers et contre tous.

— C'est cette parole de prince, donnée à un gentilhomme que je réclame, lui dit-il.

Oublieux de sa parole, le comte d'Artois se déroba.

— Ah! mon cher duc, s'écria-t-il, vous avez pris aussi les syllabes par trop à la lettre. Et puis, les circonstances étaient alors si difficiles !

Indigné, Richelieu le regarda en face et se retira sans prendre la peine de dissimuler son indignation... Ses collègues la partagèrent et le lendemain, en leur nom comme au sien, il portait au roi la démission des ministres. Le Cabinet succombait ainsi, non pas seulement sous une coalition, mais encore sous une intrigue nouée dans l'entourage du comte d'Artois par l'extrême droite. Les influences qui le renversaient allaient porter au pouvoir, à quelques jours de là, le comte de Villèle.

Bien qu'il fût le plus modéré des ultras royalistes, Villèle incarnait dans sa personne à cette heure les plus ardentes passions de ce parti. Assurément le ministère qu'il avait formé ne représentait pas les opinions de Louis XVIII ; il en était même le contraire. Mais, déjà, le roi ne s'appartenait plus. Par l'intermédiaire de Mme du Cayla, il était complètement tombé sous la domination

de son frère. Pour acheter son repos, il consentait à tout ce qu'on lui demandait, poussant la condescendance jusqu'à rendre sa faveur à des hommes notoirement connus pour leur hostilité à Decazes et à qui, jusqu'à ce jour, il l'avait refusée. Tout était donc bouleversé et changé. Le gouvernement allait s'orienter d'un pas rapide vers la politique d'ancien régime dont, en 1816, la dissolution de la Chambre introuvable avait arrêté la marche et paralysé les efforts.

En ces conditions, il ne pouvait plus consenir au duc Decazes de conserver le poste qu'il devait aux bontés du roi. Avec le consentement de celui-ci, il donna sa démission. Il était alors à la Grave et il ne comptait pas retournera Londres même pour présenter ses lettres de rappel. Là, encore le roi l'approuva. Mais, il était tenu d'écrire au roi d'Angleterre pour s'excuser de ne pas aller les lui présenter et pour prendre congé de lui. Une question alors se posa. Par qui serait remise à son destinataire cette lettre d'excuses? Chateaubriand venait d'être nommé à l'ambassade que Decazes abandonnait. Le vicomte de Montmorency, le nouveau ministre des Affaires étrangères dans le Cabinet Villèle, était d'avis que la missive de l'ancien ambassadeur fût portée à Londres par le nouveau. Decazes protesta. Chateaubriand s'étant toujours montré son ennemi, il considérait comme une humiliation de recou-

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