‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 123 sur 139 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

révèlent ses actes et ses paroles, aussi bien lorsqu'il règne que lorsque son frère régnait, amènera en peu d années la chute définitive de la monarchie des Bourbons.

Le roi Louis XVIII mourut au mois de septembre 1824-. « Depuis quelque temps déjà, il ne vivait plus que par la force de son âme et de sa volonté. Dévoré de goutte, épuisé par un écoulement extraordinaire des jambes, il eût succombé | beaucoup plus tôt avec un caractère moins forte- ' ment trempé. » Cette appréciation, consignée dans une note de Decazes, est conforme à Topinion des contemporains.

Les historiens de ce temps ont consacré de nombreu-x récits à l'événement qui privait la France d'un souverain libéral, lequel avait appris à travers des épreuves successives, à tirer parti des circonstances, quelles qu'elles fussent, pour le bien de son royaume. Nous ne nous attarderions donc pas à ce douloureux épisode de sa fin si nous ne trouvions dans les papiers de Decazes des détails qui ne doivent pas être perdus pour l'histoire.

Il raconte qu'après que le roi eut rendu le dernier soupir, son corps fut abandonné au.x gens de son service de chambre et aux appari- ■ teurs chargés de l'autopsie et de l'embaumement. (1 Pas un cierge, pas un prêtre, pas un bénitier, pas un officier du service d'honneur. Sa figure autrefois si pleine, était tellement

réduite qu'on avait peine à croire ce changement. Elle conservait pourtant sa noblesse et sa dignité, le calme et la sérénité dune fin sanctifiée par la religion. Sa main droite était étendue le long de son lit. »

Decazes n'avait pas assisté au décès du roi. Mais, en l'apprenant, il était accouru et les lignes qu'on vient de lire peuvent être considérées comme aussi exactes qu'une photographie. Dans celles qui suivent, il se met en scène :

" On raconte que son serviteur le plus cher et le plus fidèle, dont le nom était sorti plusieurs fois de sa bouche pendant son affaissement, trompé comme tout le monde, la nuit, par une fausse lueur d'espérance, n'ayant pu revenir à temps pour ses derniers moments, fut introduit au milieu de cet abandon auprès de celui qui avait été son bienfaiteur et son roi et avait voulu joindre à ces titres ceux de père et dami. Anéanti à la vue du spectacle douloureux qui frappait ses veux, il ne put que se précipiter à genoux et baiser cette main de laquelle il avait souvent obtenu des signatures qui auraient pu et auraient dû sauver la dynastie de sa ruine et qui du moins l'ont retardée. Suffoqué par les sanglots, écrasé par la douleur, la voix des opérateurs impatients le força à s'éloigner... Il avait pu voir, en traversant le cabinet où il avait travaillé six ans avec celui qu'il pleurait, son portrait suspendu à gauche de la cheminée à la place où le roi l'avait fait mettre

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le jour même de sa sortie du ministère (1). " C'est encore à Decazes que nous devons de savoir qu'une lutte de prétentions et de prérog^atives que l'autorité royale ne sut pas ou ne voulut pas faire cesser, fut la cause d'un véritable scandale à l'occasion du transfèrement de la dépouille du roi à Saint-Denis. "Pas un prêtre, pas un chant, pas une croix ne firent cortège au cercueil, qu'aucun des anciens serviteurs les plus chers du défunt n'avait été autorisé à accom- \ paginer. Dans ce long trajet, il n'y eut d'autres ^ prières que celles qu'élevèrent pour l'auguste défunt les cœurs dévoués et fidèles qu'un tel oubli de toutes convenances, de tout respect, de tout devoir indignaient (2). "

(Ij II y a lieu de rappeler ici que durant 1 cté qui suivit la chute de Decazes, la cour étant à Saint-Cloudj on profila de l'absence du roi pour faire disparaître ce portrait. Mais, à son retour des Tuileries, en entrant dans son cabinet, il vit la ^lace yide. Il fut saisi d une de ces colères violentes auxquelles il se laissait aller quelquefois, hors~ïe" Ta politique et des affaires pour lesquelles il était toujours d'un calme imperturbable, et ordonna que le portrait fût immédiatement remis là d'où on l'avait enlevé. Il y resta jusqu'au lendemain de sa mort.

(2) Le roi Charles X s'était retiré à Saint-Cloud le jour même de la mort de son frère. Dès le lendemain, il tenait un lever et reçut les pairs, les députés et les personnes présentées. Ses paroles les plus bienveillantes furent pour les membres de l'opposition. Il avait passé devant Casimir-Perier et devant Benjamin Constant sans les reconnaitre. Le duc de Damas le lui ayant fait remarquer, il revint sur ses pas et causa avec eux plus longuement qu'avec aucun des assistants. Son attitude et son langage ne pouvaient faire supposer que, des le lendemain, son gouvernement allait s'orienter dans la voie au bout de laquelle il devait trouver l'abime.

La mort de Louis XVIII enlevait à Decazes Tunique chance qui lui restât de revenir un jour aux affaires. Il ne le comprenait que trop et son existence politique, à dater de ce jour, s inspira visiblement de la conviction que, tant que Charles X régénérait, il n'y avait plus place pour lui dans les conseils du roi.

Cependant, en 1829, il put croire qu'il s'était trompé. Pendant toute la durée du ministère Villèle, il n'avait cessé de g^émir sur les périls que l'influence toute-puissante de l'ultra-rovalisme faisait courir à la monarchie. Au moment où ce ministère succombait sous les coups de ce parti qui ne le trouvait plus assez ardent pour les idées qu'il représentait, et où se constituait le ministère Martignac, Decazes avait fait part au duc d A-Ugoulême de ses appréhensions, de ses angoisses, dans une long^ue lettre qu'il lui écrivit le 2 janvier 1828 (1). Le prince ne lui avait pas répondu. Mais, il faut croire qu'il avait communiqué la lettre à Charles X et que celui-ci nen avait pas perdu le souvenir lorsque, au mois d'août 1829, le ministère Martignac, battu en brèche par les factions de droite et de gauche, fut contraint d'abandonner le pouvoir.

Sur l'ordre du roi, le prince de Polignac fit demander, par son neveu le duc de Guiche, une conférence au duc Decazes. Elle eut lieu dans la

(Ij On trouvera cette lettre dans 1 appendice.

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