CHAPITRE XIII
soirée du même jour et se prolongea jusqu'à une heure avancée de la nuit.
— Le roi me charge de m'informer auprès de vous, dit Polignac, si vous croyez pouvoir former un ministère susceptible d'obtenir la majorité dans les Chambres, en gouvernant dans les idées que vous avez appliquées sous Louis XVIIL C'est sincèrement que Sa Majesté a cherché à faire l'essai de cette politique avec le Cabinet actuel. Elle voit avec regret que M. de Martignac, qui se croyait sur de réussir dans cette voie, n'y a pas réussi. Le roi est cependant disposé à faire une nouvelle tentative si vous voulez la diriger.
Sincère ou non, et il est permis de douter de sia sincérité, l'offre était formelle. Mais, elle soulevait les objections les plus graves et Decazes ne manqua pas de les faire valoir. Si, pendant cinq ans, il avait eu la majorité dans les Chambres, c'est parce que l'on croyait à la confiance du roi dans son ministre et dans le système de gouvernement inauguré le 5 septembre 181G, par la dissolution de la Chambre introuvable. Or, ce système n'avait pas cessé d'être désapprouvé et combattu par Monsieur, avant son avènement au trône. Comment croire qu'il s'y rallierait aujourd'hui?
— Je suis tellement identifié avec ce système, ajouta Decazes, que je ne peux rien pour le service du roi et le bien du pays qu'en y persévérant comme, d'ailleurs, mes convictions m'y obli-
gent. Mais, en me rappelant l'ancienne opposition de Monsieur, l'hostilité systématique de ses amis, ne dois-je pas craindre de les rencontrer encore? Quelle garantie peut-on me donner contre un tel danger?
— Vous recevrez les assurances les plus positives, s'écria Polignac. Du reste, le roi, en vous choisissant, ne vous donne-t-il pas la meilleure des garanties?
Decazes alors mit en avant plusieurs noms de députés qu'il entendait s adjoindre s'il prenait le pouvoir et notamment ceux de Casimir-Perier et de Pasquier. Polignac ne protesta pas. Mais, il demanda à faire partie du Cabinet au moins comme ministre de la Maison du roi.
— Ce ministère n'a aucune action politique, dit-il, et Sa Majesté ne pourrait avoir confiance dans des hommes qui me repousseraient.
Decazes dut alors lui faire remarquer que son nom serait considéré par tout le pays comme un drapeau de contre-révolution. Si Polignac faisait partie du Cabinet, il faudrait, pour rassurer les constitutionnels, faire des concessions funestes sur les principes.
— Le pays est plus impressionné par les noms que par les actes et le vôtre serait un tel épouvantail qu'aucun bien ne serait possible.
Cette déclaration mit fin à la conférence. Elle avait eu lieu au mois de juin. Au mois d'août, Decazes fut prévenu que Polignac cherchait à