‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 125 sur 139 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

former un ministère et se flattait de le décider à en faire partie. Dans une lettre au duc de Guiche, il démentait formellement cette espérance.

(1 Je serais vivement afflif^é que Jules consentît à former un ministère de sa couleur. L'opinion s'élèverait contre lui avec tant de force qu'il se perdrait à jamais. Pour moi, je ne consentirais pas à faire partie d'un ministère où mes opinions n'auraient pas la majorité. Je ne consentirai jamais à prendre un portefeuille si je n'ai pas la confiance du roi et le pouvoir de faire le bien du pays comme je le vois et le comprends, selon ma conscience et ma conviction... Dites à Jules que je le conjure de ne pas s'engag^er témérairement; il perdrait et lui-même et la cause que nous voulons tous servir et défendre... Je n entrerai pas non plus dans une combinaison sans proposer à Pasquier d'y entrer avec moi... Mais, je suis intimement convaincu que je ne serai pas dans l'embarras des choix et je m'en réjouis fort, je vous assure, car je vois l'avenir bien sombre. "

Ainsi, jusqu'au bout, Decazes restait fidèle à lui-même. Dans les conseils qu'il faisait entendre, on le retrouve tel qu'il avait toujours été. Malheureusement, il ne devait pas être écouté. Bientôt après, Polignac prenait le pouvoir et, par ses folies, rendait inévitable la chute de la royauté dont il fut à proprement parler le fossoyeur.

Quant à Decazes, comme nous l'avons dit, son rôle était fini. Si l'avenir lui réservait d'occuper

long^temps encore une place honorable parmi ces disgraciés de la politique, qui restent, dans les loisirs qu'elle leur crée, de grands citoyens, il ne devait plus se retrouver à la tête des affaires. On ne peut que le regretter quand on se rappelle avec quelle souplesse et quelle habileté il les avait dirigées tant qu'il avait été soutenu par l'affection confiante de ce roi qui s'était fait son père et son ami.

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