‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 128 sur 139 · EXTRAITS DES RAPPORTS SECRETS DU COMTE DE GOLTZ, MIMSTRE DE PRUSSE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES RAPPORTS SECRETS DU COMTE DE GOLTZ, MIMSTRE DE PRUSSE

A quelques jours de là, alors que la crise était en apparence dénouée par la démission de Decazes, envoyé comme ambassadeur en Angleterre, et par la constitution du ministère Richelieu, le comte de Goltz, ministre de Prusse à Paris, écrivait à sa cour :

«... J'ai remarqué avec plaisir aussi que le duc de Richelieu a pris très décidément le parti d'être à son poste comme s'il devait y rester toute sa vie. Il disait, il V a trois jours, au baron de Vincent et à moi, qu il ne pouvait nous faire une idée assez forte des angoisses qu'il avait éprouvées, avant d'accepter de nouveau la présidence du Conseil; mais, que les choses étant faites, il se sentait, à sa grande satisfaction, aussi tranquille

qu'il était possible de l'être dans sa position actuelle, de manière qu'il n'ait même toujours parfaitement bien dormi, depuis sa rentrée au ministère. Il ajouta qu'il ne se croyait nullement au niveau des énormes difficultés dont le {{ouverncment français se trouve actuellement entouré, mais, qu'en portant ses reyards en arrière, il voyait, en général, peu d'anciens hommes d'État à fjrande réputation, cjui aplaniraient de pareilles difficultés; que tout le monde sachant, du reste, qu'il n'avait point voulu ce poste, et qu'il ne l'avait certainement pas accepté par présomption, ambition ou intérêt personnel, l'opinion des (jons de bien ne pourrait lui devenir entièrement défavorable, s'il ne réussissait pas, et qu'il lui resterait, au moins, en tout état de cause, le sentiment d'avoir voulu contribuer au repos de la France et de l'Europe, ainsi que d'avoir donné une grande pi-euve de son dévouement au gouvernement légitime de sa patrie.

« ... Mme la duchesse de Rerry mène la vie la plus triste et la plus sombre dans les appartements qu'elle occupe à présent, et qui, suivant l'usage de cette cour, sont tous tendus en noir. Elle n'y voit que les membres de la famille royale, sa tante, Mme la duchesse d'Orléans, qui lui a prodigué les soins d'une mère, les dames de service auprès d'elle et l'ambassadeur de Naples. Celui-ci m'a dit qu'elle venait de passer le second terme de sa grossesse, qu'elle montrait, à cause de cet état, un grand courage d'esprit, et que sa santé se soutenait assez bien, quoiqu'elle ne s'occupe que d'objets qui doivent lui rappeler sans cesse sa perte cruelle. Elle lui a fait, avant-hier, entre autres, la lecture de toutes les lettres infiniment délicates et tendres qu'elle a reçues du prince, son époux, depuis le moment où son mariage fut convenu, jusqu'à son arrivée à Paris, et pendant les courtes absences que ce

prince a faites de cette capitale pour aller à la chasse.

« D'après ce qu'une des dames de la duchesse m'en a dit, cette princesse éprouverait cependant en secret la crainte d'être elle-même assassinée. On a enclavé d'une lé(j,"ère balustrade un petit terrain devant ses fenêtres, pour y planter quelques arbustes et pour empêcher que le public ne s'en approche de trop près. La terrasse de i'eau dans le jardin des Tuileries sera probablement réservée pour sa promenade.

« ... Il m'est pénible de voir que la nouvelle qu'a donnée le sieur Rothschild, dans le but, très blâmable à mon avis, d'en tirer parti pour une spéculation commerciale très défavorable aux intérêts des [gouvernements de l'Allemafjne, soit arrivée quarante heures plus tôt à Berlin que les courriers français et russe qui en étaient porteurs. Le même cas a eu lieu à Vienne, où le courrier français, auquel le baron Vincent avait confié ses dépêches, n'est également arrivé que trente heures après celui de la maison Rothschild. Si j'avais pu prévoir que le courrier du général Pozzo ne partirait que très tard dans la nuit du li février, j'aurais expédié moi-même un courrier extraordinaire; mais comme il me paraissait de toute nécessité de ne pas laisser Votre Majesté, par son trop long départ après la mort du duc de Rerry, dans l'incertitude de ce funeste événement qui aurait pu être suivi d'un mouvement révolutionnaire dans la matinée du 14, je me serais toujours décidé à ne pas l'expédier avant midi.

<i II est, au reste, presque impossible, à moins qu'on ne prenne des mesures toutes particulières, d'empêcher des maisons de commerce qui spéculent sur les fonds publics, de précéder les courriers des Cabinets. Ces maisons se bornent à annoncer le simple fait sur lequel se fonde la spéculation, sans avoir égard aux circonstances, qui rendent les faits plus ou moins importants

aux veux des Cabinets ; mais, ils se servent aussi de tous les moyens imaginables pour accélérer les voyages de leurs courriers. La maison Rothschild, par exemple, envoie souvent ses lettres par des hommes courant à franc étrier, qui se relèvent à certaines distances jusqu'à Francfort, et elle les paye trois fois plus cher que les cours, et en raison de la vitesse de leur voya{fe; c'est ainsi que cette maison a même réussi à savoir à Londres le gain de la bataille de Waterloo, avant que le ministère britannique en fût instruit. "

D'autres rapports signés du comte de Goltz, ministre de. Prusse à Paris, qui vont du 18 mars au 10 juin, cnumèrent et décrivent les incidents qui survinrent dans cette période. Les informations (lu diplomate prussien permettent de constater que Paris restait en proie à la fièvre. Nous les reproduisons par extraits et sans commentaires.

u 18 mars.

« ... La séance de la Chambre des députés a été remarquabh% par les explications loyales et satisfaisantes que le général Foy a données sur la sortie violente qu'il semblait avoir faite, dans la séance du 13, contre tous les ci-devant émigrés français, et à laquelle M. de Corday (oncle de la fameuse Charlotte de Corday) n'a pu s'empêcher de répondre par une insulte personnelle. Le duel qui a précédé cette explication n'avait eu, d'ailleurs, aucun résultat fâcheux, puiscjue le sort ayant donné au général Foy l'avantage de tirer le premier, il a lâché son coup en l'air, et son adversaire alors a renoncé au dioit de faire feu à son tour. Le général Foy n'avait été excité que par les astucieuses observations cpie 31. Benjamin Constant, véri-

table serpent dans la Chambre des députés, avait cru devoir faire. Ce {général est très vif et s'emporte facilement; mais, comme il n'est pas d'un mauvais caractère, et qu'il a beaucoup de moyens oratoires, le ministère avait même espéré parvenir à le détacher des hommes du côte gauche qui se sont emparés de lui : c'était probablement un motif de plus, aux yeux de Benjamin Constant, pour tâcher de le compromettre avec le côté droit.

" Quoiqu'on ne puisse que se féliciter du bon dénouement de cette affaire, on ne saurait toutefois assez déplorer le ton de fureur avec lequel les orateurs du côté gauche enveniment, en général, les discussions d'une Assemblée délibérative. Les meneurs de ce parti, vovant que leurs efforts pour le rejet des lois proposées sont inutiles, paraissent, en s'exprimant ainsi, n'avoir d'autre but que de produire un fâcheux effet au dehors de la Chambre, et de traîner les discussions en longueur, pour profiter, autant que possible, de la licence de la presse.

« Celle-ci a fait malheureusement, depuis la promulgation de la loi encore existante, un mal inouï; mais, il faut arrêter au moins ce mal et voir si l'on pourra empêcher encore que le venin déjà répandu ne produise un trop funeste effet. Il n'y a guère que le vicomte de Chateaubriand et deux ou trois autres écrivains royalistes, non moins fougueux que lui, qui aient assez d'amour-propre pour s'aveugler au point de croire que leurs écrits, quoiqu'ils aient fourni évidemment à leurs adversaires tant de prétextes et de moyens pour attribuer aux royalistes de perfides arrière-pensées, ont produit un bien infini. L'état des choses devrait, dans ce cas, ne pas être vingt fois pire qu'il n'était avant la liberté de la presse. IMais. l'auteur susnommé est tellement aveuglé sur ce point qu il a même

osé voter, dans la Chambre des pairs, contre la nouvelle loi sur les journaux, tandis qu'un républicain, M. Gallatin, ministn» des Ktats-Unis d'Amérique, qui passe avec raison ici pour une des meilleures têtes politiques, n'hésite pas de dire qu'il est incontestable que l'établissement d'un {jouvernement représentatif, ou non représentatif, lé{;iliiiie ou illégitime en France, est incompatible avec la liberté illimitée de la presse.

«... Je me suis aperçu malheureusement aussi que j'ai eu trop bonne opinion des réflexions que sir Ch. Stuart semblait avoir faites sur la position relative aux circonstances présentes. J'ai appris, de plusieurs cotés, qu'il se prononce de nouveau contre le ministère et le système qu il a adopté, et qu'il pousse l'inconvenance jusqu'à hausser les épaules dans quelques salons. Me trouvant avant-hier au soir chez le duc de Richelieu, lorsque les dernières mauvaises nouvelles d'Espajjne venaient de lui arriver, ce ministre me prit par le bras, et, en s'éloi^jnant avec moi de la société, il me dit : « — Pouvez-vous vous faire une idée de l'inconcevable conduite de sir Gh. Stuart? II semble non seulement apprendre avec plaisir les plus mal lieu reux événements; mais, il vient, de l'air le plus indifférent, me dire, à moi ministre d'un roi de France et de la famille des Bourbons, qu'il était déjà question à Madrid d'un chani^fement de gouvernement, et que l'archiduc Charles devait être rappelé au trône d'Espagne.

» Le duc de Richelieu ajouta que la nouvelle était évidemment fausse, puisque les lettres de l'ambassadeur d'Angleterre n'étaient aussi que du 8, et qu'il aurait été impossible à ^ladrid, le jour même où l'acceptation de la Constitution fut publiée;, de penser à un chang(;ment de gouvernement ; qu'il devait, par conséquent, supposer que l'ambassadeur n'avait voulu que jouir du plaisir de lui causer du chagrin.

« J'ai fait en sorte de calmer le duc de Richelieu sur ce sujet; mais, j'avoue que si j'ai toujours considéré la présence de sir Stuart à Paris, depuis le chang^ement de ministère de la fin de 1818, comme un très grand inconvénient, je la considère maintenant comme un véritable malheur. Cet ambassadeur, qui tient plus ou moins à l'opposition en Angleterre, et qui se jette encore ouvertement dans une opposition qui menace l'existence du gouvernement auprès duquel il est accrédité, ne peut que nuire à ce gouvernement et à l'intérêt général de l'Europe. Le général Pozzo nous avait déjà plusieurs fois parlé dans ce sens; mais, j'ai cru jusqu'ici que l'antipathie qui règne entre eux le portait à l'exagération, et d ailleurs, pour pouvoir continuer mon rôle de médiateur entre lui et sir Gh. Stuart, il fallait ne pas donner une trop grande importance à ce qu il disait. Je crois cependant les circonstances présentes trop graves pour ne pas soumettre respectueusement à Votre Majesté l'opinion que les liens de la quadruple alliance me paraissent un peu relâchés, que les sentiments sur lesquels elle a été fondée sont bien les mêmes encore; mais, que la direction uniforme qui lui donnait tant de force a manqué, depuis 1818, et qu'il serait nécessaire d'emplover tous les movens pour revenir aux principes de cette alliance, et surtout à celui de sacrifier toutes les convenances particulières à l'intérêt général.

« Pour ce qui concerne l'influence du général Pozzo sur les affaires de ce pays, elle est différente de celle qu'il exerçait jusqu'à la fin de 1818. C'est une influence d'opinion- sur le système et la marche du gouvernement en général, que nous avons tous jusqu'à un certain point, suivant notre position personnelle et le degré de confiance que nous avons dû inspirer; et comme il est bien avec les royalistes depuis lépocjue

précitée, et qu'il tâche de contribuer à l'affermissement du trône Ié{>itime, cette influence, pourvu qu'il continue de la faire remanjuer aussi peu que possilde, ne pourra tpi'être utile à la bonne cause, consolider tous les gouvernements et maintenir la tranquillité publifjue.

« 1" avril 1820.

«... Je n'ai heureusement pas à confirmer à Votre Majesté la nouvelle de l'arrivée inopinée du duc Decazes dans cette capitale ; elle avait été répandue par les libéraux, pour inquiéter les royalistes, et enlever la majorité au ministère. Quoique plusieurs circonstances la rendaient probable, je n'y aurais point ajouté foi, si le {général Pozzo di Borj^jo n'en eût pas été sérieusement alarmé, et si je n'eusse pas su de lionne source (jue Monsieur lui-même l'avait dit à Mme la duchesse de Berry. Le duc de Richelieu parait être entièrement certain que le duc Decazes ne reparaîtra à Paris (jue vers la fin du mois de mai, époque à laquelle il croit avoir aciievé tous ses préparatifs pour se rendre à son ambassade, et pour y monter sa maison d une manière brillante. »

« 8 avril 1820.

«... Votre Majesté daijjnera voir par les feuilles du Monitenr de cette semaine de quelle manière la commission de censure pour les journaux et écrits périodiques a été composée et orjjanisée ; et qu'une procédure a été instruite contre les auteurs de la souscription nationale, ouverte en faveur des individus (jui seraient victimes de la loi temporaire sur la liberté individuelle. Le banquier Laffitte, qui était du nombre des sous-

3i6 L'AMBASSADE DU DUC DECAZES

cripteurs, a été destitué de la place de {{ouverneur de la Banque de France, et remplacé par M. Gaudin, duc de Gaéte, dont la nomination a produit un bon effet à la Bourse, tandis que la destitution de Laffite enlèvera à celui-ci probablement une partie de son influence commerciale sur les élections. »

11 8 avril.

« ... Parmi les maréchaux, il n'y a guère que Davoust et Suchet dont les dispositions paraissent être suspectes. Mais, ni eux, ni aucun autre des coryphées du parti n'auront le courage de sortir de la capitale pour monter à cheval et s'insurger ouvertement. Ils veulent bien être, autant que cela se pourrait sans risquer de se compromettre, à tout hasard et pour pouvoir en tirer parti, suivant les circonstances, les provocateurs, mais non les directeurs d'un mouvement insurrectionnel dans les troupes. Cependant, comme grâce aux mesures prises dans le ministère du maréchal Gouvion Saint-Cyr, beaucoup de légions ne sont malheureusement pas très bien composées, l'armée présente toujours de grands motifs d'inquiétudes.

« On ne peut néanmoins prendre que peu à peu, et avec beaucoup de prudence, des mesures pour diminuer les dangers qui menacent le gouvernement légitime et constitutionnel de ce côté. De ce nombre est celle du remplacement des généraux Maurin et Lahoussaye, commandant les 14^ et 15' divisions à Rouen et à Caen par les généraux Rivaux et Pacthod. Ce dernier, connu par sa belle résistance dans les plaines de Fère- Champenoise, est le gendre du maréchal Oudinot. Le général Rogniat, qui doit une reconnaissance paiticulière à S. A. R. le duc d'Angoulême, a été envoyé à Strasbourg, sous les ordres du général Dubreton, dans

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lequel on ne semble pas avoir autant de confiance qu'en lui, et on paraît vouloir adopter cette marche pour tous les lieutenants {généraux commandant les divisions militaires, en envoyant près de chacun d'eux un maréchal de camp, ce que le maréchal Gouvion Saint-Cvr n'avait pas jujjé nécessaire et avait toujours repoussé toutes les fois qu'on le lui avait proposé.

H Le maréchal Moncey, de la conduite duquel le {fouvernement est fort content, vient d'être nommé {fouverneur de la d" division militaire, en remplacement du comte Puyséyur, décédé. Ces postes, à moins que ceux cjui les occupent n obtiennent par extraordinaire des lettres de service, ne sont qu'honorifiques; mais 25 000 francs d'appointements y sont attachés.

« On avait répandu, dimanche et lundi dernier, dans cette capitale, qu'une léffion, en (garnison à Hennés, ayant crié : « Vive le roi ! » et qu'un bataillon d'artillerie y ayant répondu par les cris de : « Vive la charte ! » , un combat entre ces deux corps en avait été la suite. Le Moniteur du 5 rend exactement compte de ce qui s'y est passé, en annonçant que quelques jeunes {»ens seulement, pour la plupart élèves de l'Ecole de droit, ont cherché à troubler la revue qui a eu lieu dans cette ville, en répondant par les cris de : " N ive la charte ! » à ceux de : « Vive le roi ! » , mais (jue ni la population ni la troupe n'y avaient pris la moindre part. »

« 22 avril.

«... Son Altesse Royale, Monsieur, m'a fait l'honneur de me parler de l'état actuel des choses, lorsque j'eus à lui présenter, jeudi dernier, la réponse de Votre Majesté à sa lettre de notification sur la mort de S. A. R. le duc de Rerry. Après m'avoir renouvelé de

la manière la plus touchante, en me serrant la main à plusieurs reprises, l'expression des sentiments de reconnaissance que l'intérêt de Votre Majesté lui a inspiré, et après s'être informé, avec une sollicitude craintive, de l'état actuel de la Prusse, il eut la bonté de m'adresser des choses obligeantes que je crois pouvoir me dispenser de répéter ici, sur la manière dont je m'étais conduit dans toutes les occasions, et même à une époque ou la passion du bien et la crainte du mal avaient peut-être un peu trop échauffé quelques têtes royalistes. En avouant que cette exaltation pouvait avoir été nuisible par les prétextes qu'il donnait aux ennemis du {gouvernement, le prince énonça cependant l'opinion que le ministère de 1815 aurait dû se rendre maître de l'instrument de conservation qui se présentait à lui, et ne pas prendre la dangereuse résolution de le briser, ce qui devait le faire tomber nécessairement entre les mains du parti opposé.

« Je crus devoir faire à Son Altesse Rovale quelques remarques sur les fâcheux effets qu'avaient produits les imprudences des hommes marquants de la Chambre de 1815, sur la bonne composition de celle de 1816 et sur tous les moyens qu il y aurait eu de s'opposer à l'envahissement démocratique, d'assurer le repos de la France, si des fautes, qui ne paraissent grandes «ju'à ceux qui en prévoyaient les conséquences, n avaient pas été faites depuis cette époque. Le prince parut en sentir la justesse, et me répliqua qu'il fallait enfin ne plus penser au passé, et fixer son attention seulement sur le présent et 1 avenir, que le ministère actuel lui semblait être dans la bonne voie, et qu'en y persévérant, il serait peut-être assez heureux pour sauver la France. J'ai dit tout ce qui me paraissait devoir confirmer Son Altesse Rovale dans cette opinion, en faisant l'éloge de la conduite des ministres, mais en observant cependant aussi

que le bien ne pouvait se faire que lentement et avec toute la prudence que des circonstances devenues si excessivement difficiles rendaient nécessaire. Cette conversation m'a donné, comme j'osais le présumer, de nouveaux motifs d espoir et de satisfaction.

(( Mais, je ne m'attendais pas à me trouver dans le même cas, à la suite de quelques entretiens particuliers que j'ai eus, ces jours derniers, avee l'ambassadeur d'Anjfleterre. Je ne sais si tout ce qu'il a vu et entendu récemment a opéré un véritable cban^jement dans ses opinions politiques ou si des instructions nouvellement ariivées de la cour 1 avaient fait clianjfer de langajje; quoi qu'il en soit, il m'a dit que le ministère français lui semblait avoir pris une bonne attitude, qu'il avait montré une faraude activité, en déconcertant l'opposition libérale, par sa résolution inattendue de retirer le premier projet de loi sur les élections, et d'y substituer le nouveau que la fureur avec laquelle l'opposition s'exprimait sur cette mesure paraissait en démontrer l'utilité, et qu'il croyait la France à présent dans une bonne lifyne. Je lui ai témoif^né toute ma satisfaction de l'entendre s'énoncer de cette manière, et je tàcberai de le maintenir, autant qu il pourra dépendre de moi, dans ces dispositions; mais je ne puis m'empécher de craindre (jue sa conduite ne soit pas constamment et sous tons les rapports analo{fue au langage satisfaisant qu'il m'a t(Miu.

"...Quand on voit les hommes appelés à délibérer sur les intérêts d'une grande nation, en vertu d une charte constitutionnelle, donnée par le souverain légitime, mettre en question même l'initiative royale, qui consacre cette charte, et provo(|uer à entretenir, au sein de l'Assemblée, un tumulte scandaleux qui, après trois heure de durée, finit par une plaisanterie, on a peine à concevoir la possibilité de l'affermissement du régime

constitutionnel qui exige, avant tout, le respect du peuple pour les autorités constituées. Des circonstances, portant le même caractère, ont devancé et suivi cette affligeante séance : Un brandon de discorde et de guerre civile, sous la forme de pétition, a été adressé à la Chambre des députés par un sieur Madicr de Montjau, conseiller à la cour rovale de IVimes. Ce conseiller n'a peut-être été que la dupe de la faction révolutionnaire, et la majorité de la Chambre des députés accueillera sans doute, comme elle le doit, la pétition ; mais, le parti y aura toujours trouvé un moyen d inquiéter les esprits. Je me réfère plus particulièrement, sous ce rapport, à un méchant pamphlet de M. Jav (jui se trouve dans le noml)re de ceux que j'expédie, par le courrier de ce jour, ainsi qu'à l'article « Paris » du Journal des Débats d'avant-hier, et à une réponse à M. Jay que le Constitutionnel d'hier rapporte. Dans l'espoir d'embarrasser le gouvernement, MM. Lafayette, Chauvelin, Manuel, Dupont de 1 Eure, Laffite, d'Argenson, Kératry, Gasimir-Perier et Benjamin Constant, députés co-signataires de la souscription pour les détenus, en vertu de la loi du 26 mars dernier, ont jugé à propos d'écrire aussi une lettre insérée dans les journaux d'hier et d'avant-hier au procureur général du roi pour lui demander à être également mis en cause. La réponse de M. Bellart, publiée par les mêmes journaux, est rédigée avec la dignité qui convient à un magistrat. « Quelques hommes de la basse classe du peuple ont fait entendre des cris séditieux. Un de ces misérables, assez bien vêtu, a même osé proférer contre Mme la duchesse de Berry, malgré la présence des officiers et des gardes qui l'accompagnent lorsqu'elle se promène au Jardin des Tuileries, les injures les plus grossières . Ces {jens ne pouvant se soustraire à l'arrestation, paraissent s'être portés à des actes de cette nature par

l'assurance qu'ils ne pourront être longtemps en prison et que de grandes récompenses les attendent. Un placard contenant les plus affreux outrages contre le roi et la famille royale a même été affiché, la nuit d'avanthier, sur la place des Victoires. Tous ces faits enfin et l'avidité avec laquelle les sous-ordres des révolutionnaires saisissent dans les spectacles toutes les allusions qui se prêtent à faire considérer le ministère actuel comme voulant établir le despotisme, duquel cependant les libéraux de ce pays s'accommodaient fort bien du temps de Buonaparte, achèvent de prouver que les principaux agitateurs, trop peu courajfeux pour se mettre eux-mêmes en avant, voudraient prévenir, par des troubles dans les classes inférieures, l'effet des lois adoptées ou proposées, et en général des heureuses conséquences du sa{>e système que le gouvernement est décidé à suivre.

<i Le plus grand obstacle qui s Oppose à la marche de celui-ci se trouve cependant dans la Chambre des députés elle-même. Suivant ce qu'en disait, il y a quelques jours, le comte Siméon, qui a connu toutes les assemblées délibérantes en France depuis 1789, jamais aucune, à l'exception de la Convention nationale, n"a eu une minorité plus factieuse et n'a réuni dans son sein autant d'éléments révolutionnaires que cette Chambre. Il faut donc tâcher d'en avoir une autre. Aussi suis-je certain maintenant que le ministère est décidé, dans le cas où la nouvelle loi sera adoptée, à la dissoudre pour pouvoir la renouveler intégralement avant la session prochaine. »

« 29 avril 1820.

«... Par suite d'une décision qui a été prise dimanche dernier dans le Conseil du roi, S. A. K. le duc d'An-

goulème, accompagfiiô du lieutenant (général Bordesoule, aide de camp de Monsieur, et deux de ses aides de camp, le duc de Guiche et M. de Ghampagny, est parti, jeudi, pour faire, comme les années précédentes, une tournée militaire dans quelcjues provinces de la France. Il se rend à Dijon, Lyon et Grenoble, et se dirigera ensuite sur l'Alsace, où le général Rogniat doit augmenter sa suite, et il reviendra par Metz à Paris. On avait d'abord eu, suivant le désir qu'en avait témoigné le prince lui-même, la bonne idée de le faire accompagner par le général Kapp; mais, ce général étant à présent l'un des secrétaires de la Chambre des pairs, on a jugé qu'il ne serait pas convenable de l'enlever à ses fonctions pendant la durée de la présente session. Les agitateurs libéraux s'étaient, comme de raison, empressés de répandre le bruit que le duc se rendait à Lyon, parce que des troubles y avaient éclaté; mais, ce bruit, n'avant aucune espèce de fondement, n'a pu se fixer dans l'esprit des gens les plus crédules que pendant deux jours.

« Plusieurs ordonnances relatives à l'organisation militaire ont été publiées par le Moniteur les !24, 25 et 26 de ce mois : la plus importante est celle dont j'ai cru pouvoir prévenir, il y a quelque temps, Votre Majesté et par laquelle soixante-dix marécbaux de camp vont être employés dans les divisions militaires; il y aura presque dans chaque département, un général sous les ordres du commandant de la division. Cette mesure parait être bonne sous plus d'un rapport. On a eu soin, du reste, de faire tomber les choix, autant que possible, sur les généraux dans lesquels on a le plus de confiance. Il est vraiment curieux de voir la différence qu'établit entre eux la Renommée^ dans sa feuille du 25, en imprimant le nom de ceux cju'elle réprouve en lettres italiques. Le comte de La Roche-

Avmon a perdu le commandement de la subdivision militaire à Versailles. Très lié dans ces derniers temps, à ce qu'il parait, à la cause du duc Decazes, il doit à présent avoir eu en vue de très bien s'établir dans l'opinion de Tancienne armée française, en se faisant le protecteur des officiers à demi-soldo, qui lui avaient été dénoncés, par des habitants de Versailles, comme ayant tenu les propos les plus injurieux sur le roi et la famille royale. Le ministre de la Guerre lui avant tracH une autre ligne de conduite, il doit avoir répondu à sa lettre, dans les termes les plus inconvenants, et le ministre a pris alors, sur-le-champ, le parti de lui ôter son commandement : voilà, au moins, ce qu'on m'en a dit. Le comte de La Roche-Aymon a été cependant dans la liste des maréchaux de camp inspecteurs de la cavalerie. »

« (> mai.

(I C'est dans la classe des fédérés des Cent-.Iours que se présentent tout naturellement les hommes qui sans peut-être attendre les ordres de leurs supérieurs déguisés en libéraux, mettront en action les doctrines subversives de Tordre social, que l'on a répandues non seulement par des journaux et pamphlets, mais même par des discours prononcés à la tribune de la Chambre des députés. Ijors(|u'on a prêché la souveraineté du peuple et appelé l'insurrection, dans ce cas, le plus saint des devoirs, un Louvel s'est empressé d'enfoncer le poignard dans le sein du duc de Berry ; lorsqu'on s'est aperçu de la difficulté de corrompre l'esprit de la garde royale, on a assassiné également des individus qui en font partie, ou pour exciter des jeunes gens, dont particulièrement les gardes du corps sont composés, à commettre par exaspération quelques excès qui

mécontenteraient également le gouvernement et le peuple, ou pour inspirer des ci"aintes; lorsque enfin à la tribune, on a parlé tout à coup, et après avoir même gardé le silence pendant tout le temps où la liberté de la presse était illimitée, d'un gouvernement occulte qui devait avoir provoqué à iNimes, en 1815, les actes de vengeance dont cette ville a été le théâtre, et qu'on a même osé jeter sous ce rapport des soupçons odieux sur l'héritier présomptif du trône, des révolutionnaires subalternes n'ont point balancé d'assassiner un garde du corps de Monsieur, dans l'espoir de trouver sur lui des preuves de ces abominables assertions.

« Un soldat de linfanterie de la garde royale a été attaqué et tué, il y a trois jours. Comme les assassins l'ont volé, il serait cependant possible encore que l'esprit de parti n'en ait point été l'unique cause; mais, quelques jours après, on a fait sauter un pétard sous une arcade de la nouvelle galerie des Tuileries, évidemment dans le dessein de donner lieu à une fausse couche de Mme la duchesse de Berry, par le saisissement que la détonation (qu'elle a cependant heureusement à peine entendue) pouvait lui faire éprouver.

« Dans la nuit du mardi au mercredi, un garde du corps de Monsieur, nommé Mouchard, revenant des Tuileries avec le mot d'ordre, et les lettres ordinaires pour le service du lendemain de la compagnie de Monsieur, a été grièvement blessé dans la rue de Bourbon, tout près de l'hôtel que j'occupe, et aurait été tué, si le mouvement qu'il a fait pour tirer son sabre n'avait détourné le coup. Le Journal de Paris d'hier et le Journal des Débats d'aujourd'hui donnent les détails exacts de cet événement. Ce n'est cependant pas un des domestiques du comte de Rostopschin, mais un des miens, qui est venu le premier au secours du malheureux garde du corps. Je rentrais justemement, vers onze

heures et demie, avec ma femme, cliez moi, lorsqu'au moment de descendre de voiture dans notre cour, nous entendiiiies un coup de pistolet qui nous sembla être tiré tout près de nous. J'envoyai de suite mon domestique dans la rue, pour voir ce qui s'était passé, et il revint, après qneUjvies minutes, me rendre compte de l'événement à peu près de la manière dont l'ont rapporté lesdits jouiiiaux. Un domesti(|ue du comte Rostopscliin étant survenu é{>alement a aidé le mien à transporter le sieur Mouchard dans l'hôtel du duc de lirofjlie, dont celui-ci était plus piès que de l'hôtel de l'ambassade. Il est à remanjuer encore que, d'après ce que lef^arde du corps a dit à mon domestique, les assassins, en lui criant : « A bas les royalistes », lui ont demandé non pas le mot d'ordre, mais les papiers dont il était porteur. Il les avait dans la main, et on les lui a arrachés, après lui avoir tiré le coup de pistolet. Parmi ces lettres de service sus-mentionnées se trouvait, on effet, le mot d'ordre cacheté, mais ce n'était que le mot d'ordre du commandant de la ville, et non du château des Tuileries, au moven ducjuel seulement il aurait pu s'y introduire, et ce mot d'ordre même n'aurait pu servira quelques individus de passeports pour arriver jus- <|u'aux appartements du roi ou des membres de sa famille. Tout me porte à croire que les assassins ont espéré se saisir de quehjues pièces secrètes et importantes. Ils ont été complètement trompés dans leur attente, et ils ont même très mal choisi leur homme, puis([ue le nommé Mouchard a servi pendant onze ans dans la li{^;ne, et n'est que depuis dix-huit mois dans la compagnie des gardes du corps de Monsieur.

« Les mots : « Ainsi périra le dernier royaliste et le char... )) sont grossièrement et très mal écrits, sur le bois du pistolet.

(I Tous ces faits ne paraissent que trop prouver que

les révolutionnaires voudraient insurger la France contre l'adoption de la nouvelle loi des élections, ou du moins avant la clôture de la session actuelle. Réussiront-ils? Voilà le grand problème. D'après ce que m'en a dit le baron Meunier, on ose espérer cependant le contraire. Il me fit part, entre autres, que Ion devait s'attendre encore, jusqu'à la fin de cette session, à toute espèce d'agitation; mais, que le gouvernement avait déjà gagné beaucoup de terrain, et que l'intervalle d'une session à l'autre lui en ferait gagner bien davantage. Il me fit observer aussi qu il aurait été impossible de réunir les succès obtenus jusqu'ici, dans le but du maintien de la tranquillité publique, si la censure sur les journaux n'avait été heureusement établie: que les pamphlets, à la vérité, étaient plus abominables que jamais; mais, qu'on ne les lisait presque pas dans les provinces, et que, dans la capitale même, le nombre des personnes qui se décident à en faiie la dépense était bien moins considérable que par le passé. »

« 13 mai.

« ... En attendant la grande lutte qui va s établir dans la Chambre, on a vu malheureusement, dans la semaine qui vient de s'écouler, un nouvel attentat prêt à être exécuté contre la famille rovale. Dans la nuit du samedi au dimanche, un nommé Gravier a été arrêté au moment même où il venait de placer, sous le guichet de la galerie du Louvre, une nouvelle boite infernale dont il espérait une meilleure réussite que de la première, qui avait été également déposée par lui. Ce misérable, quoi(jue d une stature petite et contrefaite, avait servi, en deniier lieu, <;n ([ualité d'officier dans le 5« régiment de lanciers. Après avoir été deux ans à la demi-solde, il était entré dans une maison de

commerce : celle-ci ayant fait banqueroute, il n'avait plus de moyens d'existence. Gomme il fréquentait de mauvais cabarets, que visitent de temps en temps des affents secrets et subalternes de la police, le comte Angles, préfet de police, fut prévenu qu'une nouvelle explosion devait avoir lieu dans la nuit du 6 au 7, près des fenêtres de Mme la duchesse de Derry. Le préfet se rendit, d'après ces avis, dans la soirée du 6, chez le maréchal Macdonald, qui est à présent de service aux Tuileries, pour convenir avec lui des mesures de précaution nécessaires et pour y attendre l'événement.

<( Le maréchal, avec qui je me trouvais lundi à diner chez le duc de Richelieu, me raconta lui-même que, pour inspirer un peu plus d'assurance au malfaiteur, il avait fait retirer sans affectation la sentinelle qui est ordinairement sous les fenêtres de Mme la ducliesse de Berry; que l'homme était arrivé, en effet, en yrand silence, sous le {juichet de la rue de l'Échelle; qu'il y avait placé un pétard très serré et d'une assez volumineuse dimension pour qu'il put produire une détonation assez violente pour faire bri.ser les fenêtres des maisons voisines; qu'au moment où il allait m(>ttre le feu à la mèche, par le moyen d'un ri{{are allumé, les agents de police, cachés et surveillés, à quelque distance, par d'autres ajjents et des {gendarmes, s'étaient précipités sur lui et l'avaient saisi et (jarrotté; que les soldats de la jjarde royale, qui étaient au corps de {jarde de la rue de Rivoli, ayant entendu des cris, et en même temps le bruit des chevaux d'une patrouille de cavalerie, et s'étant imai^inés que celle-ci venait prendre part à une attaque diri{;ée contre les Tuileries, se portèrent avec une précipitation remarquable en avant, et voulurent faire main basse sur tout ce (|u'ils rencontrèrent, et que ce mouvement apaisé on avait sur-lechamp conduit le criminel, pris en flagfrant délit, de-

vant lui et le préfet de police. Le maréchal ajouta à ceci qu'il n'avait jamais vu un homme capable d'une pareille entreprise montrer autant de lâcheté que celuici lorsqu'il se vit entre les mains de la justice.

« C'est le procureur du roi qui est saisi maintenant de cette affaire. On a arrêté quatre ou cinq individus de la plus basse classe du peuple, avec lesquels le nommé Gravier, d'après ses premiers aveux, qu il doit cependant avoir rétractés depuis, parait avoir été en liaison. Un petit marchand de vin à la bouteille se trouve également compromis et est au nombre des arrêtés, on a découvert chez lui des paquets de poudre soigneusement cachés. Un autre homme, avec lequel Gravier vivait beaucoup, s'est enfui, mais la justice est à sa poursuite. Jusqu'à présent, on ne semble avoir aucun indice de la complicité matérielle d'individus d'une classe supérieure.

« Voici l'abominable quatrain ([ui était gravé, pour que le vent ne pût les emporter, sur deux petits morceaux de fer blanc, dont l'un se trouvait à côté du pétard et lautre dans la poclie de Gravier :

" Arx p.ocp.iiO>s « Précurseurs de notre juste vençreance, " Ces pétards dont vous vous effrayez « Vous annoncent, annoncent à la France « L échafaud auquel vous monterez.

« Ces attentats ont produit une grande exaspération parmi les troupes de la garde royale, et comme les révolutionnaires ne demandaient pas mieux de les voir commettre quelques excès qui pourraient leur servir de motif pour exciter le peuple contre les rovalistes et le gouvernement, il est fort à désirer que l'on réussisse à empêcher, comme par le passé, toute espèce d'éclat.

« M. Manuel, alarmé, comme j'en ai fait mention

APPENDICE ;i-29

dans mon dernier rapport, de ce qu'on lui avait dit d'un plan concerté entre des jjardes du corps contre sa vie et celle de ses amis, ou ne voulant peut-être ainsi que faire naître une nouvelle occasion d'ai^jrir les esprits, avait l'intention d'en faire l'objet d'un discours à la Chambres des députés. Mais, le comte de Boisgelin, aide-major des gardes du corps et député, lui a déclaré que le fait était controuvé, qu'on n'avait pas même été obli({é d'arrêter aucun garde du corps par mesure de précaution, et que, s'il en parlait à la tribune, lui, M. de lîoisgelin, y monterait après lui pour lui donner le démenti le plus formel. Cette observation a calmé M. Manuel et l'a déterminé à renoncer à son dessein. »

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