RAPPORTS DIPLOMATIQUES
Aux pièces qu'on vient de lire, il y a lieu d'ajouter les lettres qui suivent et toutes relatives à la situation de la France après l'assassinat du duc de Berry et la chute de Decazes. Voici d'abord un extrait d'un rapport expédié de Londres au prince de Mcllernich par le chargé d affaires d'Autriche et où il rend compte d'une conversation qu'il a eu avec le premier ministre anglais, lord Castlereagh.
« Londres, le 17 février 1820.
«... Sa Seigneurie passa ensuite à la seconde partie de la dépêche n" l de Votre Altesse et s'étendit longue-
330 l'ambassade DU DCG DECAZES
ment sur les affaires de France aussi compliquées que difficiles à préjujfer. Après m'avoir répété ce qu'elle m'avait dit, au sujet de la situation épineuse et même précaire de M. Decazes, et que j'ai eu l'honneur de soumettre à Votre Altesse, par mon rapport n" 135 du 3 de ce mois, lord Castlereagh n en conclut pas moins qu'il était difficile, pour ne pas dire impossible, de hasarder aucune opinion sur l'état intérieur de la France, et la marche de son fjouvernement. " Nous
< avons, me dit-il, assez l'habitude des affaires dans ( un gouvernement représentatif, et je défie qu'aucun I de nous soit capable d'indiquer les remèdes qui ( conviendraient à la France, quoique nous aperce- ( vions toutefois ses défectuosités. Que faire avec une ( Chambre où il v a six partis marqués, qui laissent à
< peine une majorité de dix individus au ministère? ( Quel est l'Iiomme assez fort pour fondre toutes ces I nuances, qui sont devenues des couleurs prononcées ( dans un seul foyer? Est-ce M. de Richelieu? Est-ce ( 31. de Talleyrand, ou (|ui que ce soit en France? ( Personne ne peut donner un mouvement régulier à
une machine aussi compliquée, formée d'autant d'élé-
( ments hétérojfènes, qui tous ont leur origine dans
les passions les plus fortes, les plus haineuses. Je ne
I dirai pas que M. Decazes soit l'homme qu'il faut pour
i débrouiller ce chaos; mais quel est celui qui le pour-
i rait à sa place? Partout où l'on porte ses regards, on
( ne voit que des extrêmes prêts à produire des réac-
< lions. Les royalistes seraient tout autant dangereux
< que les libéraux s'ils s'emparaient du gouverne- ( ment : il faut donc flotter entre les deux partis, et ( c'est la tâche la plus difficile. Nous nous attachons ( trop aux défauts des individus, sans considérer que I les événements sont plus forts qu'eux, et que, pour
< les maîtriser, ils doivent aller lentement et prudem-
(i ment, et être libres dans leur action. En nous pro- « nonçant d'une nianièie (juelconque sur la marche des « affaires en France (ce que nous n'avons, du reste, « pas le droit de faire), nous renforcerions l'un ou <( l'autre parti en opposition avec le ministère, et si, K par niallieur, celui-ci en devenait la victime, nous u arriverions tout d'un coup à l'un des deux extrêmes, « qu'il est de notre intérêt d'éviter. Maljfrê l'esprit de « fluctuation qui agite le ministère français, etqtii cer- " tainement est à regretter, il ne s'ensuit pas qu'il soit « entièrement rêpréhensible à ce sujet. Nous avons » nous-mêmes un exemple frappant de ce genre à four- " nir dans les dix premières années de la conduite il politique de IM. Pitt, qui se rétractait constamment <i sur les thèses et les arguments les plus forts, selon « l'exifjence des circonstances. C'est dans le temps « seul qu'on peut trouver le remède à de pareils maux. K Ce n'est peut-être pas un inconvénient (|ue la France Il soit absorbée par ses affaires administrative.^, et ne « puisse porter son attention sur des parties de l'Europe (I où le mécontentement pourrait lui faire trouver de i< puissants alliés. Cela donne le temps aux autres Etats K de rétablir et consolider l'ordre chez eux, sans que « pour cela nous soyons endormis sur ce qui se passe il en France. Tant qu'il ne s'agira que d'objets adminis- » iratifs, nous devons rester spectateurs paisibles, mais a s'il s'agissait de mesures d'Etat qui pourraient com- « promettre l'ordre des choses en Europe, nous serions « bientôt d'accord pour les réprimer. Il est impossible « qu'un danger, de quelque nature qu'il soit, devienne (i tout à coup assez pressant, (ju'il ne permette aux Il autres d arriver à temps, pour lui apposer de la il résistance. »
Il Tout ce que je viens d'avoir l'honneur de rapporter à Votre Altesse n'étant que des observations gêné-
raies de la part de lord Gastlereagh. ne portant sur aucun fait positif, je ne me crus pas autorisé à hasarder aucune réflexion, et me bornai à dire que Texpérience des trente dernières années de révolution qui, loin d'avoir guéri la France, la laissaient encore dans un état réel d'agitation, après tout ce qu'il en avait coûté aux puissances de l'Europe, devait rendre celles-ci craintives sur un état de choses qui était loin d'offrir le repos et la stabilité que l'on avait eus en vue; que la position géo{;raphique de l'Angleterre la mettait à l'abri de bien des dangers, que nous ne pouvions pas éviter; que, malgré cela et la force de ses institutions, elle avait éprouvé de violentes commotions dans le temps, à la suite des principes révolutionnaires qui s'étaient propagés de la France chez elle.
" J'appelai ensuite l'attention du principal secrétaire d'Etat sur la lettre particulière de 31. Decazes, en date du 13 janvier, annexé à la dépêche n" 3, de Votre Altesse et lui observai (\ue, bien loin de vouloir guider la marche du ministère français par des conseils, c'était lui qui venait frapper aux portes des ministères étrangers pour connaître l'opinion des puissances. Je sais même que M. Decazes a écrit encore tout dernièrement au duc de Wellington, par l'occasion de lord Fitz-Roi Sommerset.
u Lord Gastlereagh me dit que c'était la conséquence d'un ministère encore neuf dans ce genre d'affaires; qu'il avait tort d'en parler aux autres, et que cela n'autorisait pas ceux-ci à répondre en aucune manière à de pareilles interpellations; que sir Charles Stuart avait l'ordre le plus positif de ne jamais se prononcer en rien sur les affaires intérieures de la France ; que si M. Decazes l'en entretenait quelquefois, l'ambassadeur d'Angleterre n'avait pas le droit d'énoncer aucune opinion, soit pour, soit contre, que s'il désirait cju'on
pût donner une instruction aux ministres des quatre cours à Paris, ce serait celle d'oliserver le silence le plus complet sur tout ce qui se fait; de ne jamais, soit vis-à-vis du ministère, soit en sociétt', énoncer la moindre idée (jui ait rapport à la marche des affaires; que M. Pozzo di Bor^jo avait des instructions (jui lui permettaient d'aller trop en avant; que d'un autre côté, M. le baron de Vincent était trop ultra-monarcliicjue, non par esprit de parti, mais par suite d'un sentiment de rectitude et de probité, qui le faisait raidir contre des gens souillés par tant d'inconséquences et même de crimes, que la pureté de ses principes lui faisait mépriser.
(I — Si telle est votre impression, mylord, lui dis-je, alors il me parait qu'il serait plus utile que les ministres des (fuatre cours n'a{;issent (jue par un seul et même principe, fût-ce même celui du silence absolu, qui en serait un en lui-même, et qu'ils se bornassent (comme il m'avait dit qu'il le désirait) à communiquer leurs aperçus sur la marche des événements, afin d'être à même de faire des rapports uniformes à leurs [fouvernements, et à vivre ensemble en bonne intelligence. Le spectacle de leur harmonie sera le plus sûr garant de la force morale de la quadruple alliance.
Lord Castlereagh me répondit que c'est tout ce qu'il désirait; mais lorsque je lui demandai s'il m'autorisait à soumettre cette proposition à mon gouvernement comme venant de lui (lord Castlereagh), il me répliqua que cela ne pouvait s'effectuer sans une instruction commune et uniforme, qui aurait l'air de constituer en conférence 1 attitude des quatre ministres. Si j'ai bien compris le principal secrétaire d'État, il me semble qu'il voudrait que les représentants des quatre cours ne consultassent que leur propre jugement, sans avoir besoin d'ordres ultérieurs et positifs, qui suppo-
33i I/AMF.ASSADE I>U DUC DECAZES
seraient une entente préalable sur des événements vagues et indéterminés; point délicat, que le fjouvernement anglais veut éviter.
« N'ayant pas été autorisé par Votre Altesse à faire aucune proposition de ce genre, je Tai fait sentir à lord Castlereagh ; mais, l'occasion d'en parler était trop belle pour la laisser échapper, et je crois pouvoir hasarder de dire qu'il ne serait peut-être pas difficile d"y faire accéder le Cabinet de Saint-James, si on pouvait réaliser ce projet dans un autre moyen que celui du consentement tacite des Cabinets, et du bon sens de leurs représentants dans l'exécution. »
Le prince de Metternich au prince Esterhazy, ambassadeur (/'Autriche, à Londres (Particulière).
u Vienne, 23 mars 1820.
« Je suis depuis quelque temps, mon chei* Paul, bien gravement inquiet de Clémentine. Voici la troisième rechute de maladie qu'elle a eue depuis les derniers jours de janvier. Son état ne présente jusqu'à présent pas encore un symptôme directement alarmant, mais sa maladie est si longue qu'il y a autant à risquer qu'à espérer. Il ne me faudrait pas dans un moment comme celui-ci, ce nouveau déboire, le pire de tous; vous savez quel attachement je porte à mes enfants, et leurs maladies sont les miennes.
u Je vous envoie aujourd'hui une dépêche de raisonnement que j'ai l'édigée pour me soulager. Je ne trouve quand je suis triste de délassement que dans la raison. Elle renferme, dans un grand aperçu, ma façon de juger la position des choses en France. Je crois me tromper d'autant moins que je trouve à côté de bien
des risques, d'immenses remèdes. La lettre de Marmont est pleine de raison qui est plus que de l'esprit.
« Malfjré que je ne sois pas d'humeur à rire, je ne puis m'empêcher de vous conter le nec plus ultra de Giroux. J'ai peur que ce ne soit le bouquet du feu d'artifice, et qu'aprc's un mot aussi classicjue, il soit resté épuisé.
<i II vint ces jours derniers me conter qu'une famille de ses amies est plongée dans la désolation. Je lui en ai demandé la raison. « Figurez-vous, me dit le « grand liomme, que la femme est accouchée de deux <i jumeaux. Ces enfants se ressemblent comme deux (( œufs; il vient d'en mourrir un; jugez du désespoir « des pauvres parents, ils ne savent pas lequel des deux « est mort. » Je lui ai dit très sérieusement : « Eh <i bien! c'est sans doute celui qui ne vit plus. »
Il Adieu, mon cher Paul, j'espère que les radicaux ne vous ont pas encore porté sur leur liste. Je ne vous dis pas (jue je ne m'y trouve pas. »
Du tnéme au même (Officielle).
u Vienne, le 23 mars 1820.
« Mon Prince,
« Lord Stewart (1) m'a permis de prendre lecture de quelques dépêches que sir Ch. Stuart (2) a adressées dans le cours des derniers mois à son gouvernement. Je leur ai voué une attention d'autant plus scrupuleuse, que chacune de ces dépèches m'a semblé renfermer une déviation positive du jugement que je porte, de
(1) Ambassadeur (rAn{|l<-:terre à Vienne.
(2) Ambassadeur d'Angleterre à Paris.
mon côté, sur la position des choses passées et présentes en France.
« Le chevalier Stuart est sur les lieux, il a donc un grand avantage sur moi ; mais, je connais la France depuis que j'existe, ce qui n'est pas le cas de cet ambassadeur; l'avantage qu'il a sur moi ne m'offusque donc en aucune manière. Outre ma conviction, il est en moi un autre motif de sécurité en faveur de mon opinion. Je ne crois pas qu'entre nous deux, ce soit un homme fort de la connaissance de la position coiistitutionnelle anglaise, imbu depuis sa jeunesse de ses lois comme de ses formes, qui soit le moins exposé à se tromper sur la situation constitutionnelle française J'admets même d'une manière absolue, que tout observateur placé sur une ligne d'impartialité complète, est plus apte à asseoir un jugement sur la disparité des positions des deux pays tant relativement à l'ensemble de la question constitutionnelle, que relativement à la différence essentielle qu offrent les deux nations, malgré la similitude apparente des formes du gouvernement sous lesquelles elles sont placées.
« Il existe aujourd'hui dans le monde politique une maladie qui est assez commune à l'esprit humain. Cette maladie ne fait que changer d'objet; lorsqu'elle porte les uns vers le charlatanisme des sciences, elle en entraîne d'autres vers le merveilleux de la nature, et enfin la multitude, depuis trente ans, vers le but uniforme d'une perfectibilité supposée de la société, vulgairement appelée système représentatif. Le nombre des hommes atteints de la maladie dans cette dernière forme, est immense, et ce résultat est dû aux succès et aux avantages qui ont favorisé le développement de la Révolution française. On conçoit que ce qui tend, dans une interprétation fausse, mais facile, à placer les individus au-dessus des lois, à ouvrir un champ im-
mense à toutes les ambitions, à sanctifier dans leur but toutes les passions, à confondre tous les raisonnements, acquiert de PjTands droits à la faveur de la multitude. Aussi voyons-nous où va ce soi-disant perfectionnement de la société! L observateur calme et impartial ne découvre en vinjjt pavs que des monceaux de ruines, et, la seule Anfjleterre exceptée, il n'aperçoit pour tant de destructions, yuère plus d'une espèce de lettre de chan^je, tirée par quelques hommes faibles, où par des idéalistes ineptes, à l'ordre du bonheur et de la prospérité.
" En exceptant de cette règle la seule Angleterre, ma thèse reste en entier; elle a eu aussi pendant longtemps, pour tout bien réel, son billet à ordre; il a fallu le laps de quelques siècles pour arriver au jour de l'échéance. Aussi n'ai-je pas peur que ce bienfait ne soit réservé également à nos petits-neveux; le monde moral est constamment exposé ainsi que le monde plivsique à de grandes révolutions, leur résultat final est l'ordre. Si le repos des générations entières, v compris le leur propre, semble ne pas entrer dans le calcul de quelques idéalistes philanthropes, il n'en est pas toutefois ainsi de leurs associés les libéraux par calcul. Ceux-ci sont comme les chevaliers d'industrie, qui pénètrent dans les maisons aux(juelles ils ont mis le feu, non pour eu sauver les richesses, mais pour se les approprier.
<i Ma conviction est (jue l'Angleterre seule a une constitution, et que la France ni aucun autre Etat n'en ont; car une charte n'est pas une constitution, pas plus qu'un code de lois n'est la jurisprudence et les constitutions tout comme la jurisprudence ne s'écrivent pas, mais, se font successivement dans la vie des sociétés.
u Vous me demanderez, mon prince, ce qu'une digression aussi peu diplomatitjue peut avoir de commun
avec le premier alinéa de la présente dépêche? Je vous répondrai que je n'v ai eu recours que pour renforcer ma thèse; que vouloir juf{er la position des choses en France sur une échelle de comparaison avec l'Angleterre, et que de même, vouloir établir une évaluation sur une base constitutionnelle {jénérale, c'est se tromper.
i< Je vous envoie ci-joint, mon prince, l'extrait d'une lettre du maréchal 3Iarmont qui me parait d'un intérêt majeur, vu que d'après mon entière conviction, elle renferme le ju{>ement le plus sain qu'il soit possible de porter sur la situation de M. Decazes, dans les derniers temps de son ministère de même que sur la position actuelle des choses en France. Si le maréchal Marmont se trompe, je m'avoue battu avec lui.
(1 La France est de tous les pays celui qui réclame le plus (têlre gouverné, tout comme l'Angleterre est jalouse de se gouverner elle-même.. Gouverner la France est aussi facile qu'il serait difficile à un roi et à un consul de gouverner dans un même sens la Grande- Breta{;ne. Avec une disposition pareille dans les peuples, ce qui en France se nomme le parti constitutionnel n'est composé que de partisans de la révolte, cfuelques francs iiléolognrs exceptés, et les idéologues en France ne seront jamais que des phrasiers à la fois lourds et superficiels. Sovez sur que les hommes les plus véritablement constitutionnels en France se trouvent aujourd'hui parmi les royalistes éclairés; non que ces hommes aiment le régime représentatif opposé au génie et à la légèreté des Français, mais, parce qu'ils reconnaissent dans la Ciiarte un point d'appui à opposer aux factieux. Dans 1 exacte définition, je ne compte pas un seul constitutionnel dans le côté gauche de la (Chambre, mais bien cent individus qui demain se feraient les valets de Bonaparte et les valets les plus soumis envers le despote ainsi que les plus insolents défen-
seurs du despotisme, pourvu <jue celui-ti lût fondé sur Tusurpation et accompafjné de fortes chances de pillages. Bonaparte a connu mieux la France que personne; il a ju{;é et apprécié les hommes de ce pays, ainsi que je le fais; j'ai fait mon cours de droit public français sous lui ; c'est le seul motif de reconnaissance que j'avoue. Il m'a rendu un service immense, et certes, sans le vouloir, un service qui inliuora pour le reste de ma vie sur les calculs que je suis mallieureusement forcé à fonder journellement sur le pays, qui déjà depuis si longtemps à troublé Tordre social en Europe.
« M. le comte de Walmoden ayant profité de la permission de se rendre pour quel(|ues jours en Angleterre, je me dispense de vous envover le rapport qu'il m'a adressé sur son premier séjour à Paris; il vous aura rendu lui-même le compte le plus fidèle de ses aperçus. 11 me parait avoir vu très juste et les nouveaux avantages qu'il croit avoir remarqués dans l'attitude personnelle de M. le duc de Richelieu sont l'une des choses qui m'ont fait le plus grand plaisir. Tout homme placé à la tête des affaires en France, qui croira pouvoir arriver à son but par le régime des concessions, se perdra toujours, et avec lui, dans des moments de crise, la chose publique. »
Lord Stewart an vicomte Castlereagli.
« Vienne, 9 avril 1820.
" .>Iilord,
« Les dernières dépêches de M. de Vincent à sa cour sont du 30 mars.
« L attaque de maladie qu'a eue le roi de France,
et le degré de connaissance que possède M. de Vincent (1), relativement à la correspondance qui s'est établie entre les quatre cours alliées, en cas que Sa Majesté Très Chrétienne fût victime de quelque fatal événement, ont engagé ce ministre à presser fortement le prince de Metternich de diriger sa conduite, si un tel malheur arrivait.
(1 M. de Vincent dit que grand nombre de militaires, à la tête desquels sont des maréchaux, tels que Davoust et autres, s'assemblent fréquemment et tiennent des conférences principalement chez le général Maison , que leurs vues ne sont point décidément jacobines,^ mais, qu'ils désirent changer la dynastie régnante, et que l'on a fait au duc d'Orléans quelques propositions qui ont été rejetées. Par suite de ce rejet, différentes communications doivent avoir lieu secrètement avec le prince d'Orange.
(( Votre Seigneurie pourra, par d'autres sources^ apprécier la valeur de ces rapports.
« Le général Pozzo di Borgo a annoncé à M. de Vincent que l'empereur avait reçu la nouvelle de la mort du duc de Berrv, que Sa Majesté Impériale avait témoigné les plus grands égards à M. de La Ferronnays, qu'il lui avait fait beaucoup de questions ; mais, M. Pozzocroyait que les actes de sa cour se borneraient à ces démonstrations, et il était étonné (ju'elle n'envoyât aucun grand personnage en compliments de condoléance auprès de la cour des Tuileries.
« Le changement du gouvernement en France, et les nouvelles de l'Espagne n'étaient point arrivés par les dernières nouvelles de la Russie. M. Pozzo di Borgo n'a point laissé soupçonner à M. de Vincent quel serait le langage ou la conduite de son gouvernement, relati-
(1) Ambassadeur tlAutriclie à Paris.
•vement à ces questions importantes; mais, quant à lui, il déclarait qu'il croyait les événements assez importants pour que les Cabinets se réunissent, quoiqu'il ijjnorât si l'empereur le proposerait. Il ajoutait qu il était fâché de voir que la quadruple alliance perdait fortement de son crédit, et que la conduite de quelques ministres contribuait à la détruire; qu'on en faisait surtout peu de cas en An^jleterre, et qu'elle devait être retrempée, que pour cela l'Autricho devait jouer un rôle plus marquant, et qu il devait paraître dans les Beobachter autrichiens des écrits qui «lonneraient dans toute rAlIerna^fne une nouvelle vie et une nouvelle force à 1 alliance. Il est peut-être duutcuix, aujourd'hui, si la h'rance aurait part aux délibérations.
« M. de Vincent croit (ju'il est important de faire ■connaître ces observations, parce qu'il est possible que M. Pozzo donne une impulsion à sa cour, en manifestant ses sentiments.
i< Le baron de Vincent dit que le roi de France correspond très fréquemment avec M. Decazes, et qu'il leur arrive continuellement des courriers de part et d autre, au (jrand déplaisir de M. de Kichelieu. »
Le baron Vincent au prince de Metternicli (Extrait).
.. Paris, le ;î juin 1820
« Le général Pozzo est fort ajjité; il est venu plusieurs fois s'entretenir avec moi sur la crise où nous nous trouvons; il redoute que les personnes qui composent le ministère actuel n'aient pas toutes le coura^je de vouloir s'y maintenir, si la loi électorale était rejetée, et celui de dissoudre la Chambre et de {fouverjier par des ordonnances, en attendant qu'on ait avisé
342 l'ambassade DD DUC DECAZES
aux moyens d'assembler les collèges électoraux ; il voit le roi cédant au désir de reprendre 31. Decazes, ou réduit à la nécessité de former un ministère libéral, ce qui détruirait infailliblement les dispositions qu'a su maintenir dans l'armée M. de La Tour-Maubourjj, ministre actuel de la {>uerre, en faveur de la monarchie. Enfin, le général Pozzo regarde la guerre comme infaillible. — Nous aurions pu prévenir cela, me disait-il avant-iiier, car si l'on eût aperçu l'accord de nos cours par celui qui aurait régné ici entre nous, cette manifestation de notre part aurait bien valu quelques voix de plus au ministère.
« Enfin il est affligeant de voir le sort de la société sans cesse exposé aux atteintes que quelques factieux, qu'on ne sait pas réprimer, cherchent à y porter. Cependant, il est évident qu'en v comprenant même l'Espagne, la masse des peuples voudrait partout le repos, mais rien ne résiste à des attaques toujours renouvelées.
« Le maintien en place des hommes qui sont aujourd'hui à la tête des affaires de leur pays est d'une baute importance partout, n
Le prince de Mettrrnich an prince Esterliazy.
« Kœnigswarth, 15 juin 1820.
« Mon Prince,
Il .le profite du départ du courrier hebdomadaire pour i'aris, pour avoir 1 lionnour de transmettre à Votre Altesse quehjues informations qui peuvent intéresser le Cabinet britannique.
« Vous trouverez dans l'annexe n" I, l'extrait d'un rapport de M. le baron de Vincent, et sub. n° 2, la
copie du ne dépêche que je lui ai adressée en réponse à ce rapport sub. n° 3; enfin l'extrait d'une lettre confidentielle que j'ai écrite à ce même envoyé, pour compléter mon point de vue sur les paroles de M. le général Pozzo.
« Ces différentes pièces, jointes à mes dernières expéditions à M. le baron de Lebzeltern ((ue Votre Altesse a déjà reçues, prouveront à Lord Castlereaj'h quelle est notre façon de jujjer et les propositions du Cabinet russe et le lan{;a{}e de son représentant en France. Je connais trop bien la pensée du Cabinet britannique, pour ne pas être certain qu'elle coïncide, en tout point, avec la nôtre.
« C'est effectivement le mal qui désole, aujourd'hui, la France et l'Espajjne, qu'il eût été sajje et même (ju'il eût été facile de prévenir. Il eût suffi, pour atteindre ce but, d'une attitude correcte des quatre aillés dans le cours des quatre dernières années, de 1815 à 1819. Nul reproche ne peut, à ce sujet, retomber sur novis; notre lanjfaye, nos prières même n'ont point été accueillies, et là où elles l'ont été, elles n'ont conduit a rien. Couper un mal dans sa racine présente peu de difficultés, aussi lonjjtemps (|u'il ne se montre encore que dans les premiers effets; mais, dès qu'il a pris son développtmient, (ju'il a acquis toute sa vigueur, l'entreprise devient souvent impossible : cet exemple est parfaitement applicable aux affaires d'Espagne comme à celles de France.
« Mais l'existence de la société ne doit jamais être livrée à des calculs d'humeur; rien n'est dangereux comme les récriminations, le jour ou il s'agit de sauver la chose publique. Il suffit qu'un mal existe pour qu'il faille le combattre; mais le choix des remèdes doit être pesé avec scrupule, et c'est ici, (|ue ce qui ne doit jamais trouver de récrimination sur le passé, si diffé-
rent ordinairement du présent, peut et doit servir de guide et d'exemple.
« Personne n'est plus prêt que je ne le suis a rendre au sentiment politique de l'empereur Alexandre la justice la plus entière. Je ne puis toutefois en faire autant pour son Cabinet et pour ses agents dans l'étranger. Ce qui se présente à la pensée de Sa Majesté Impériale comme des craintes qui ne se sont que trop fondées sur la possibilité de maintenir le repos général, n'est, de la part de son Cabinet, que des regrets d'une influence perdue. Les lois qu'il s agit de réformer aujourd'hui en France tombent autant à la charge de ce Cabinet qu'à celle du gouvernement français, et la révolution consommée en Espagne est également le résultat de sa politique. L Orient menace ruine; ce sera encore le Cabinet de Russie qui aura bouleversé ces contrées qu'il eût été si heureux de ne pas voir se joindre aux complications inextricables qui semblent devoir les conduire au bouleversement du monde civilisé.
Il Les choses étant placées ainsi, il est du devoir d'un grand empire, tel que le notre, de ne pas se laisser entraîner hors de la ligne de ses propres calculs. Un radical an(;lais, sir Robert Wilson, m'a adressé, dans l'un de ses pamphlets, le reproche personnel de partir du principe que lAutriche est, de tous les États, celui qui peut le moins se laisser aller à une politicjue de fantaisie. La thèse est vraie, elle m'appartient, tout comme le reproche est digne d'un cerveau brûlé, et je crois servir utilement, non seulement mon pavs, en ne le perdant jamais de vue, mais, je vais plus loin, et je suis même convaincu que si jamais le Cabinet autrichien devait s'écarter de cette ligne de sagesse, il hâterait en tous temps des malheurs dont lEurope pourrait être menacée, et il ferait naitre des chances de
APPEISrJICE 345
bouleversement nullement prévu, ni même à prévoir.
Les alliés peuvent encore, aujourd'hui, à la fois beaucoup et rien : beaucoup en serrant les rangs de leur alliance sur les bases morales où elle repose; rien en voulant remplacer une attitude uniforme et ferme par des actions isolées. Ce calcul, qui est le notre, doit être celui de l'Angleterre, et il Test en effet; il est commun à la l*russe, et il deviendra forcément celui de la Kussie.
Il En résumant en peu de mots, et notre politique du moment, et notre marche future, lord Castlereagh devra se convaincre <jue les questions soumises à notre délibération commune auront l)eau partir d un point quelconque, ce ne sera pas de Vienne qu il pourra jamais en sortir des complications nouvelles. »
Le comte île Grole, charyé iCufjaires à Paris, ail roi d^Anfjleterre.
« Paris, 26 juin 1820.
« Sire,
« La tranquillité continue ici, et, daprés tout ce qu'on apprend, l'agitation et les désordres qui ont eu lieu, dans quelques départements, ont égaleuient cessé. Le bruit (|u'on avait fait courir d'une insurrection sérieuse dans les départements des Pyrénées, et dont un ancien (fénéral TIarispe serait le chef, est entièrement dénué de fondement.
<( Depuis quelques jours, on parle d'un changement partiel du ministère : on désigne MM. de Villéle et Kavez (président de la Gliambre des députés) pour remplacer MM. Portai et Siméon aux départements de la Marine et de l'Intérieur. En admettant même qu'il existe quelque vraisemblance d'un pareil changement,
je doute cependant qu'il v ait déjà quelque chose de décidé à cet égard, et, dans tous les cas, que cela se fasse de sitôt.
(I Depuis jeudi, le duc Decazes est arrivé dans cette ville; tous les jours, le roi le reçoit en audience particulière, et il continue de jouir d'une grande faveur. Son départ pour Londres est annoncé pour la fin di; cette semaine; mais une personne, qui est dans une espèce d intimité avec lui, m'a dit, hier, qu'il ne partirait que dans le courant de la semaine prochaine. Cependant, je crois qu on aurait tort de regarder cette prolongation de son séjour à Paris comme un présage de sa rentrée au ministère. Tout me parait confirmer, au contraire, qu'il n'en est pas question.
(I Les dernières lettres d'Espagne n'ont rien apporté de nouveau. Il paraît que, pour le moment, on est assez tranquille, mais qu'on s'attend que la réunion des Cortès produira une crise et beaucoup d'agitation
«Le marquis de Marialva, ambassadeur de Portugal, vient de rendre plainte en calomnie contre les auteurs d'une lettre par laquelle on excite les Portugais à l'insurrection en se fondant surtout sur l'intention du roi de les abandonner, en fixant définitivement sa résidence au Brésil; entreprise, ajoute la lettre, qui serait facilitée par l'approbation d un homme tel (jue le marquis de Marialva. »
Le prince de JMettenilcIi au baron de Vincent. Il Kœningswarth, 15 juin 1820.
« Monsieur le baron,
a Les rapports de Votre Excellence, en date du 3 juin, complétés par les feuilles de Paris, prouvent
({lie le ffouvernement français continue à se trouver dans une crise dont les résultats sont placés hors de tout calcul. Telle devait être la suite immanquable des fautes {graves que le fjouvernement et les amis les plus cliauds de la léjfitiinité n'ont cessé de commettre à I envi depuis 1815, et tout ceci est conforme aux vues des désorganisateurs et à la marche ordinaire des événements.
K J'ai voué une attention toute particulière à ce que Votre Excellence me dit des inquiétudes que lui a manifestées M. le (jénéral Pozzo. Abstraction faite même des dangers patents du moment actuel, ces appréhensions ne sauraient être sans valeur à mes veux : je connais les principes et les lumières de ce ministre, et c'est par cette raison que je ne puis m'empêcher de vous mettre à même de vous expli([uer vis-àvis de lui avec cette franchise (|ue, dans tous les temps, il doit avoir reconnue dans la marche de notre Cabinet, et, j ose le dire sans fard, dans celle qui mCst propre et personnelle.
Les communications <jne le dernier courrier vous a portées, monsieur le baron, renferme notre point de vue tout entier sur la position des {jurandes puissances relativement aux affaires d'Espagne. Il en est de ces affaires, comme de toutes les questions politiques locales. Les puissances alliées doivent les considérer au point de vue de l'étranger, le seul qu'elles puissent saisir dans leur intérêt, comme dans celui de la partie directement compromise. En partant de ce point de vue, on aperçoit dans l'analyse de ces questions une grande somme de vœ7tx et un nombre restreint de possibUitcs. (]'est à distinguer les unes d'avec les autres que doit s'appliquer scrupuleusement tout Cabinet; les erreurs sont faciles dans les moments de crises, et elles offrent des dangers bien réels dans un temps comme
le nôtre qui n'eut plein que de crises et de bouleversements !
(I Ce que nos dernières expéditions à Saint-Pétersbour^f ont établi sur les affaires d'Espagne, est également applicable à la position de la France et de tout grand Etat qui pourrait se trouver placé ainsi que le sont ces deux royaumes, aux bords du précipice.
« Il est certes hors de tout doute qu'il n'y a pas de puissance qui ne regarde les ris({ues que court la chose publique en France et en Espagne comme autant de dangers qu'elle partage individuellement et auxquels participe tout le corps social. Vouloir admettre le contraire ce serait se livrera des calculs absurdes, démentis par l'expérience des dernières huit années, à des suppositions odieuses et injurieuses tant au caractère connu et éprouvé des monarques, qu'à l'esprit ([ui a dirigé leurs Cabinets, il existe néanmoins de grandes difficultés à l'exécution de ce qui, en simple théorie, parait si conforme à la pensée de ces mêmes cours. Ou faut-il chercher la cause de ce mal? Est-il commun à tous les temps, où bien tient-il à des positions et à des combinaisons particulières dans le moment actuel?
" Je ne crains pas de me tromper en établissant en thèse que la dernière de ces suppositions serait erronée; jamais, au contraire, les vues des Cabinets n'ont été plus éclairées et plus uniformes que dans le moment actuel; chaque jour, depuis huit années, a ajouté à leur expérience et servi à éclairer davantage sur la nature des dangers et sur l'uniformité de leur pensée foncière. Un roi fainéant ou un conquérant pourrait seul s'éloigner, aujourd hui, de la ligne de la raison et de la justice que les grandes cours ont suivie avec tant de succès dans des crises, comme bien souvent des siècles n'en produisent pas, et heureusement, sur aucun des trônes qui encore sont debout, on ne voit
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un prince qui ne soit à la fois aussi éclairé sur les besoins véritables de la société qu'éloigné de toute vue ambitieuse.
(( Les difficultés qu'offre 1 emploi des remèdes efficaces contre des maux qui ne sont que trop réels, ne peuvent donc être cherchées que dans cette somme d'embarras qui doivent nécessairement produire les mêmes effets toutes fois que les mêmes circonstances se présenteront. Les obstacles sont dans le mal, et la plupart des remèdes qu'il pourrait s'agir de lui opposer sont dans une proportion tellement inférieure à son intensité, ou tellement homo{;éne avec sa nature, qu'en les employant on s'expose aux risques que courent les corps inflammables quand on les approche du feu. Toute masse d'eau qui ne couvre pas l'incendie l'augmente; il en est de même de l'incendie moral bien autrement désastreux qui dévore aujourd'hui un espace habité par plus de 40 millions d'hommes, et de la plupart des moyens que les puissances pleines de vues secourables peuvent opposer à ses dévastations!
« Je ne reviendrai pas sur les recherches et sur les faits historiques que j'ai fait entrer dans mes dépêches à ^L de Lebzeltern, du 24 mai et du 5 juin. Il me suffira de vous assurer, monsieur le baron, cjue je ne cherche rien du mal actuel dans le moment présent; tout au contraire, il se trouve (et ce fait m'est démontré) dans les errements des cinq dernières années. Plus on désire secourir, plus il faut éviter de confondre les effets avec les causes. Or, en Espagne comme en France, nous en sommes réduits aux seuls effets; les causes sont placées hors de notre domaine Otez la loi des élections et quelques autres des malheureuses années de 1817 à 1819, de la législation française, quel mal y aurait- il à combattre aujourd hui dans ce royaume? Reprenez les actes du gouvernement de Fer-
dinand Vil. entre les années 1814 et 1820, TEspagne serait, aujourd hui, 1 un des Ijoulevards des principes conservateurs de 1 Europe.
" Dans une pareille position de choses, les remèdes ne se trouvent jamais que dans les pavs mêmes qui souffrent des erreurs et des fautes commises par leur propre gouvernement. Tout remède /ua^r/e/ que dirige 1 étranger contre un mal intérieur de ce genre, sert à augmenter ce dernier, en ce qu'il donne une force toute particulière au.x partis extrêmes. Les remèdes moraux restent seuls au libre arbitre des puissances; ces remèdes sont malheureusement négatifs dans leur action sur les pays bouleversés ou exposés à l'être, et ils ne peuvent cesser d'être négatifs sans tourner en danger dans ces mêmes pays et en compromissions gratuites pour les cours étrangères. J'applique, pour me faire comprendre, cet axiome à la position actuelle de la France.
« Il est démontré à tous les hommes impartiaux et de bon sens que si la loi actuelle des élections n est pas réformée, la monarchie ne peut subsister en France.
« Le gouvernement a proposé une loi nouvelle. Les Cliambres la débattent. Elles 1 accepteront ou la refuseront; dans 1 une comme dans 1 autre de ces suppositions, le repos n'est point assuré. Un gouvernement n'efface pas par un retour sur ses propres erreurs et par une seule loi, des difficultés qu'il s'est créées pendant des années, et parmi lesquelles la moindre n'est pas celle de revenir contre une application soutenue par de faux errements, sans s'exposer aux reproches d'avoir également changé de principes.
« Je ne connais ici aucun moven d influence directe réservée aux puissances.
« Conseilleront-elles au gouvernement de clianjfcr la loi? Il en est occupé.
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« Conseilleront-elles aux Chambres dadmettre la loi nouvelle? Ce serait le nioN'en de la perdre.
<i Feront-elles marcher leurs armées pour en imposer aux factieux dans le cas qu'elle soit rejetée? Ce serait assurer non seulement le triomphe des ennemis de la léjfitimité en France, mais é^jalement celui de tous ceux répandus en grand nombre sur la surface de l'Europe. Procurez-moi le moyen de rencontrer tous ces factieux réunis en corps d'armée. Je ne compterai pas leur nombre, et vous me verrez les prévenir à provoquer l'attaque. Mais il n'en est pas, et il ne saurait pas en être ainsi. Les rois Louis XVIII et Ferdinand se rangeront-ils, le jour de l'appel, dans les ranjfs des alliés? Ceux-ci ne les trouveront-ils pas au contraire à la tète du parti de leurs ennemis? Et où seront les factieux, le jour de Faction? Les bannières royales flotteront au milieu du camp national, et les véritables amis du trône deviendront la proie des proscriptions et des échafauds.
Il Les mauvaises lois en France, ainsi (|ue les actes pitoyables du gouvernement en Espagne, auraient pu être empêchés lorsqu'ils ont été conçus, et lurscjue la Camarilla gouvernait l'Espagne de par le roi; il eût suffi pour cela d'une entente franche et d'un énoncé ferme de la part des quatre grands alliés; l'Europe réunie ne peut plus aujourd'hui annuler le mal existant; elle peut l'aggraver en se mêlant directement des (juestions nationales; elle peut le diminuer par une conduite aussi ferme que sage, aussi correcte en principe (jue vijyoureuse dans l'exécution. Il ne faut pour cela que de Vetitente dans les principes, de l'uniformité dans les attitudes.
(1 II est prouvé que les grandes crises veulent la même chose, c'est-à-dire le maintien du repos général, le triomphe du principe fondamental de la société,
celui de la légitimité et de la stabilité dans les institutions. La quadruple alliance, cette alliance qui s'est si fort retirée dans l'ère de la reconstruction politique de la France et de l'influence toute morale et conservatrice, dont cette puissance elle-même a cherché si malheureusement à s'affranchir, a résisté à l'oubli auquel elle a couru risque d'être vouée. Elle existe et elle existera, vu qu'elle est dans le cœur des quatre monarques, et conforme aux véritables devoirs de leurs peuples.
« L abus cruel que la société est constamment si prête à faire de quelques idées plus brillantes que solides, novées dans une niasse infinie de mots et de phrases, est démontré aux veux mêmes des hommes bienveillants, (juelque incrédules qu'ils puissent avoir été à ce su|et. Ce qui naguéres semblait problématique aux esprits faibles et prévenus ne l'est plus. Il nest pas une des quatre grandes monarchies qui n'ait fourni, dans le cours des derniers temps, des preuves tellement manifestes des principes d'administration qu'elles veulent suivre, et, ce qui n'est pas moins précieux, de l'indissolubilité de leur alliance et de l'uniformité de la pensée des monarques, qu'en ceci la position actuelle de 1 Europe est essentiellement différente des années précédentes.
« Cette union, la plus formidable et à la fois la plus tutélaire des boulevards de 1 Europe, doit être maintenue avant tout, et dans l'intérêt de tous. Le moven le plus certain de prouver son existence se trouvera constamment dans l'uniformité la plus complète du langage des Cabinets et de leurs envovés respectifs. Rien dans ces résultats ne doit jamais rester problématique aux yeux du public; et c'est parce que nous sommes pénétrés de l'importance de cette vérité, que nous avons établi dans nos dernières communications avec
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la Russie, le principe que mieux vaudra en toute occasion qu'une cour n'agisse pas, et que même elle ne s'explique pas, aussi lonjjtemps qu'elle n'est pas sûre que ses paroles seront partagées en principe par ses alliés, et, qu'en conséquence, il ne faut jamais laisser admettre au public la possibilité d'une divergence dans les vues des quatre Cabinets.
" Une entente particulière, sur les principes, est superflue. Cette entente existe et les jugements portés uniformément par les ijuatre cours dans des circonstances les plus graves eu font foi.
" Ouant à la mise en action de la quadruple alliance dans des cas spéjciaux, (jue les cours ne s'écartent pas des bases et des stipulations explicites de leurs traités. Vouloir dépasser ces limites, ce serait se perdre dans des impossibilités et mettre en risque jusqu'à l'existence de l'alliance, vu la position particulière de chaque puissance. C'est ici, sans doute, que nous touchons à une corde qui parait faible, mais qui l'est bien moins, quand on se livre à l'examen même des difficultés. Il n'en existe, à notre avis, aucune qui soit du domaine de la volonté libre des gouvernements; toutes, au contraire, sont si intimement liées à la nature même des choses, que vouloir les combattre, ce serait aider à des bouleversements plutôt que les prévenir.
« C'est ainsi que la position constitutionnelle du gouvernement anglais offre sans doute une barrière insurmontable à toute ingérence de la part de la (juadruple alliance dans l'administration intérieure d'aucun pavs. Mais, dans le cas même que le gouvernement britannique fût aussi peu responsable constitutionnellement de ses actes politi(jues que les trois autres monarques alliés, des cours éclairées, éloignées de tout esprit de système et de toute illusion, assises sur des principes politiques corrects et éprouvés, pourraicnt-
elles aller au delà de simples admonitions envers de grands Etats en combustion? Nous ne le croyons pas.
« Je regarde comme un bonheur véritable les relations d'amitié qui existent entre Votre Excellence et le général Pozzo; entretenez-les, monsieur le baron, et placés comme vous l'êtes tous les deux sur une scène vaste, contribuez à prouver qu'il n'existe entre vos cours qu'une pensée; que leurs vœux sont les mêmes, et que le jour où, ce qui encore n'est que du domaine de la France, devrait vouloir sortir de ses limites, une masse de forces morales et matérielles, imposantes, saurait ne pas laisser impunie une entreprise aussi déplorable. »