‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 18 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sur concessions, que le Cabinet était menacé, mais par les doctrinaires et les ultra -libéraux qu'avait mis en défiance son orientation plus marquée vers la droite.

« Vous me néglig^ez bien, mon cher ami, et j'ai peur que les douceurs de la vie de campagne ne vous fassent un peu trop oublier vos amis, qui ne sont pas comme vous étendus sur des lits de verdure et de fleurs, ^ous voilà cependant hors de la loi de la presse et ce n'est pas un médiocre avantage après la fureur des attaques que d'en être sorti avec une honnête majorité. Le côté gauche ne s'était pas encore montré avec cette violence; elle lui a même fait quelquefois négliger la perfidie, et il n a, dans son emportement, rien su cacher. Une telle franchise devrait bien servir d'avertissement à tous les hommes qui ne veulent pas servir d instrument à un parti qui ne le cède en odieux à presque rien de ce que nous avons vu de plus repoussant depuis trente années. La discussion qui va s'ouvrir sur les comptes donnera, il faut 1 espérer du moins, aux esprits le temps de se rasseoir. Mais, il faudra bien arriver enfin à cette loi d'élection, et c'est là que se livrera le plus grand combat. De Serre, dont j'ai reçu une lettre, il y a deux jours, paraît toujours décidé à arriver pour ce combat. Mais, il y a une phrase qui termine sa lettre et qui me fait peine : Il faudra voir, dit-il, si via position pourra supporter la tribune. Ceci prouve qu il n'a pas une

confiance entière. Nous avons cependant dans cette affaire le plus grand besoin de son appui, car les esprits sur ce point sont plus divisés que jamais, et nous avons beau dire que nous tenons à notre projet, le croyant bon et ne comptant point le changer, nous ne persuadons presque personne.

« Les journaux, à présent, disent tout sur l'Espagne. Ainsi, je n'ai rien à vous apprendre à ce sujet. Je suis fort inquiet du Portugal, qui m'a assez l'air d'être tenté de suivre le même exemple. Des avis très confidentiels, et que je crois sûrs, sont parvenus à cet égard. "

Huit jours plus tard, Pasquier ajoutait : "Vous nous négligez terriblement et vous me devez plus d'une réponse. J'ai vu la dernière lettre que d'Argoult a apportée au duc de Richelieu, et j'en aurais long à vous dire sur cette lettre. Il y a des circonstances où il faut savoir supporter les injustices de ses amis. Le temps en fait toujours raison et finit toujours par montrer où sont les fidèles. Je ne crains pas cette épreuve... Je vous écris brièvement parce que je suis obligé d'aller à la Chambre; et puis, je ne sais pas écrire longuement à qui me répond si peu. »

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