CHAPITRE III
c'est enfin étal)lir une véritable aristocratie sans aucune part au peuple ; c est perdre tout le fruit des concessions faites jusqu'ici; c'est avouer qu'on n'a plus confiance en la nation. "
Au reçu de cettre lettre, le roi y répondit. De sa main gauche, toute tremblante, il traça quelques lignes qu'on peut à peine déchiffrer dans l'original que j'ai sous les yeux. On remarquera qu'il n y faisait que la part du cœur. Fidèle à son système de correction parlementaire, il se taisait sur tout ce qui avait trait à la politique.
" Il manquait à me» peines, mon cher fils, d'être soupçonné de t oublier. Je me croyais sur que tu te disais : Mon père pense à moi tous les jours, à tous les instants. 8i je ne t'ai point écrit depuis le G avril, c est que je ne puis écrire de ma main gauche (|ue peu, très lentement et avec beaucoup de fatigue, et que cela devient un supplice de Tantale. Le fond de ma santé est parfaitement rétabli. Mes genoux vont beaucoup mieux. MaiS;, le poignet droit est encore si faible qu'après avoir tracé : je t'aime, il lui faut du repos. J'embrasse tout le monde. »
Ce billet affectueux eut pour effet de dissiper les défiances et les craintes de Decazes. Il en remercia le roi avec effusion. Mais, son ressentiment contre les ministres durait toujours. Déjà douloureusement surpris qu'ils ne l'eussent pas défendu quand il était attaqué, les modifications introduitespar eux dans la loi électorale l'exaspé-
raient à ce point qu'au risque de se répéter, il le confessait une fois encore à Louis XVIII.
« Us savent que les deux deg^rés m'ont toujours paru la faute la plus g^rave et la plus funeste et que c'est ce qui m'a fait me séparer en décembre 1818 du duc de Richelieu, et que dans les modifications à faire à la loi des élections, je nai jamais voulu en entendre parler. Nous adoptons ensemble une nouvelle loi que le côté droit agrée : je la leur lègue en partant, et non seulement, ils me promettent, mais ils me prient de la défendre par mon influence auprès de mes amis ; ils s'alarment de la supposition que j'ai pu faire des concessions à l'un ou à l'autre... et tout à coup, sans avoir daigné m'en dire un mot, sans donner d'autres raisons que la longueur des quarante et un articles et la difficulté de faire passer le renouvellement intégral, ils produisent un nouveau système entièrement opposé au premier! "
Après cette sortie et comme s'il craignait que le roi y vît un commencement de rébellion, il continuait en lui racontant que Guizot et ses amis le pressaient de rentrer à Paris pour travailler à la formation d'un nouveau ministère, « ce à quoi j'ai répondu en restant à la Grave. J appartiens au roi, mais, ce ne sera qu'avec désespoir que je rentrerai aux affaires. Je crois fermement que ce serait faute et malheur pour moi d'y rentrer actuellement. Les libéraux du reste ne me font pas l'injure de m'y souhaiter: ils rêvent