‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 21 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

un ministère Daru, Royer et G'*, Foy, etc. J'écris à ceux qui m'en parlent que je crois et que j'espère que le roi préférerait un ministère ultra. Je ne peux rentrer que lorsque le duc de Richelieu m'en priera, comme je l'ai prié, et que les sa^jes de la droite le désireront. Or assurément rien n'est sur pour tout cela; si je n'y prends garde rien ne le sera jamais et je serai démoli dans la nation et au dehors par la calomnie de mes ennemis et par la lâcheté et la trahison de mes amis; celle de Ternaux me révolte. "

En déclarant qu'il ne voulait pas revenir aux affaires sans y être appelé, Decazes répondait aux intentions formelles du roi qui lui écrivait : " Je vous aime trop pour vous replacer au ministère dans les circonstances actuelles; je me reproche assez l'impatience de mon amitié à la fin de décembre 1818. »

11 était tout aussi décidé à ne pas se mettre à la tête d'un parti d'opposition : « Gela ne pourrait être qu'autant que le roi aurait un ministère qui lui aurait été imposé et qu'il approuvât iti petto ma conduite et encore que j'aie au moins la chance de le sauver. " H ne voulait et ne demandait qu'une chose avant de partir pour Londres, c'est que lorsque Glausel de Goussergues développerait sa proposition, le duc de Richelieu lui répondît. " 11 serait beau et noble à lui de dire que la responsabilité de ce qui a été fait dans notre administration a été commune; que rien dans la

mienne n'a été qu'honnête; que clans les affaires de Grenoble et de Lvon rien n'a été fait que d'accord; que j'ai déployé activité et zèle; qu'il faut reconnaitre que jamais police n'a été moins inquisitoriale que la mienne, qui cependant n"a pas manqué de prévoyance. » Et il concluait en déclarant que tant qu'il n'aurait pas été vengé, par le Cabinet, des attaques de Clausel de Coussergues, il lui serait bien difficile, sinon impossible, d'aller prendre possession de son ambassade.

Il ajoutait dans la même lettre :

« J'avoue que je ne comprends pas que le duc de Richelieu, qui sait que Pozzo me dessert et me nuit à la cour de 1 empereur, ne le lui dise pas sévèrement et n'éclaire pas l'empereur et ses deux ministres. Gomment la vérité lui coûte-t-elle tant à dire? Comment un mot du roi ne lui ouvret-il pas les yeux sur cet oubli ou cette négligence? car je ne doute pas que ce ne soit que cela.

En même temps qu'il s'exprimait avec cette franchise et cette vivacité dans ses lettres au roi et aux ministres, il s'appliquait à ne rien laisser transpirer au dehors de son mécontentement et de sa colère. Il voulait bien s'en ouvrir à eux, mais non à des étrangers. Villemain, dont il avait encouragé les débuts dans la vie publique en le nommant au Conseil d'État, et qui lui en gardait la plus vive reconnaissance, ayant blâmé sévèrement, dans une de ses lettres, l'inexplicable silence des ministres en ce qui concernait

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