‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 23 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ment, je ne vous prie d'en avertir ce cher homme. Un nouvel élu est obligé à plus d'esprit, plus de tact et encore plus de mémoire. Lorsqu'il l'a été, il ne trouvait pas que l'obstacle qu'il a la sottise d'opposer aujourd'hui à Villemain fût dirimant. Dites-lui de ne pas changer si vite d'avis. Diteslui aussi qu'il ne soit pas aussi étourdi secrétaire général des postes qu'il est léger académicien, et qu'il ne se vante pas de faire si bien (m'aucune de tnes letti'es, quelque voie que je prenne, ne /misse arrive?' sans exanioi préalable . C'est encore une grosse sottise et c'est toujours ce qu'il y a de pis pour un secrétaire général comme pour un académicien. Plaisanterie à part, j'ai été indigné de la conduite de ce petit imbécile envers Villemain, dont il n'est pas digne de délier les souliers académiques et à qui il doit sa réception, que j'ai, du reste, aussi un peu sur la conscience. Je serais bien fâché que l'attachement que je porte à un homme de lettres aussi distingué reculât le moment de son entrée à l'Académie où il occupera sa place un peu mieux que ce pauvre Roger, à qui je vous prie de dire son fait, ne fût-ce que par charité pour lui-même. »

Cependant, dans la retraite où les instances des ministres du roi le retenaient malgré lui, Decazes s'impatientait et rongeait son frein. Il regrettait de n'être point parti pour Londres quelques semaines plus tôt et de s'être engagé à attendre pour partir que la loi électorale fût votée. De

quelque apparence de résig^nation qu'il cherchât à parer son attente et sa servitude volontaire, il appelait nerveusement la fin de son exil, toujours préoccupé toutefois de ne rien dire ni de ne rien faire qui pût alarmer les ministres et altérer la confiance du roi dans sa docilité. Ce qui se passe en lui, alors qu'il attendait depuis trois mois qu'on lui rendit la liberté se devine dans une lettre qu'il écrivait à de Serre le 23 mai.

Resté ministre dans le second Cabinet Richelieu, de Serre, que le triste état de sa santé avait contraint de partir pour ^ice plusieurs semaines avant l'assassinat du duc de Berry, venait de rentrer à Paris pour y défendre, devant les Chambres, la loi électorale.

« J'ai appris avec bonheur, mon cher ami, votre heureuse arrivée, lui dit Decazes. Un moment, j'ai craint, en vous vovant courir le monde méridional, que je serais privé de vous voir avant mon départ pour Londres, et cela eût été en effet si nos collègues n'avaient pas pensé qu'il était utile que je différasse encore mon départ et que j'attendisse la fin de la discussion et le vote de la loi nouvelle, ce qui me mènera, je suppose, vers le 5 ou le 10 du mois prochain, époque pour laquelle je prépare mes paquets. J'attendrai toutefois pour me mettre en route d'avoir appris l'adoption de la loi, car si elle était rejetée, je me garderais bien de quitter ma retraite et j attendrais que vous vous fussiez déterminé à en

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