CHAPITRE IV
Mais, plus heureux que ce vénérable monarque, j'ai pu adoucir ma peine, en confiant au duc Decazes la mission la plus importante en politique et la plus touchante pour mon cœur et pour le sien.
« Maintenant, ô mon cher George (passez-moi l'expression), trouvez bon que je sollicite non pour mon ambassadeur, mais pour mon ami, les bontés dont votre lettre du 25 février me donne la douce assurance. Mon ambition va plus loin. Ce n'est pas seulement votre amitié que je vous demande pour lui; c'est encore votre estime et votre estime raisonnée. Daij'jnez l'admettre à converser librement avec vous, vous permettre de vous faire lire au fond de son âme et je suis sur que vous direz : mon ami Louis n'avait pas mal placé sa confiance et son amitié. "
Recommandé en de tels termes, Decazes ne pouvait attendre qu'un accueil exceptionnel. Son espoir ne fut pas trompé. Il raconte à Louis XVIII que George IV a prolongé très gracieusement cette première audience, couvrant d'éloges le roi de France et son ambassadeur.
« — Votre roi, a-t-il dit, est le plus aimable et le plus éclairé de l'Europe. Ne fùt-il d'ailleurs que simple particulier, son amabilité et ses lumières n'en seraient pas moins remarquables. "
Avant et après l'audience, toute la cour, les ministres, le corps diplomatique se font présenter à l'envoyé de France. Lui-même est admis à
offrir des hommages aux membres de la famille royale : le duc d York, le duc de Clarence, le duc de Cambridge. Puis, lorsque, à lissue de cette brillante réception, il rentre à l'ambassade, c'est une autre joie qui l'attend. Il trouve une lettre de Louis XVIII que le courrier des Affaires étrangères vient d'apporter, écrite quatre jours avant, bien faite pour lui prouver que son prince ne l'abandonne pas et pour le venger de ses ennemis, en un moment où certains journaux de Londres, soudoyés par les ultras, ont salué son arrivée en reproduisant les attaques dont il est l'objet à Paris.
« Voici, mon cher duc, la première lettre que je vous adresse en Angleterre, lui mande le roi. Tant que vous avez été en France, mon écriture et mon cachet m'étaient garants que vous seriez seul à me lire '^l). Mais,
" Un roi pour ses sujets est un dieu (ju'on vénère: " Poitruii commis anytais, c'est un homme ordinaire.
(Ij On a vu que I^ouis XVIII se faisait illusion loisqu il croyait que sa correspondance avec Decazes n était pas ouverte. L'ne fois en Angleterre, Decazes, qui lui avait écrit un jour pour le prévenir que leurs lettres étaient lues, prit les plus minutieuses précautions à l'effet de les dérober aux investigations du Cabinet noir. En octobre 1820, il écrivait à un ami : " Vous recevrez désormais par le portefeuille des Affaires étrangères, que j'envoie les mardis et vendredis, une petite cassette à clé avec mes lettres. Vous me la renverrez de même les lundis et jeudis en envovant aux Affaires étrangères avant deux heures. J'en ai fait faire trois qui feront la navette. Vous recevrez la clé dans une lettre. Avant de me renvoyer la première, vous ferez bien de vous assurer chez plusieurs serruriers qu'on ne peut