CHAPITRE IV
Cl C'est donc à vos prédécesseurs en lecture que j'adresse la profession de foi qui va suivre :
<i Tout le monde, mon cher duc, connaît mon amitié pour vous. Mais, beaucoup de gens croient que c'est à cette amitié que vous devez ma confiance. Ils mentent ou se trompent. Vous la devez à ma connaissance approfondie de la droiture de votre cœur, de votre profond attachement à la monarchie lég^itime, de vos lumières, de votre capacité et certes, si les choses étaient ce qu'elles furent jadis, toutes les intrigues du monde seraient venues se briser aux pieds de mon estime pour vous et ma mort ou la vôtre eût été le seul terme de votre ministère. Mais, il faut partir du point où nous sommes. Au moment où vous alliez mettre le comble à vos services, je puis dire à votre gloire, la plus insigne perfidie vous a ravi cette majorité si indispensable dans la constitution qui nous régit. Je suis persuadé que le mal n'eût été que passager. Il y a longtemps que j ai comparé la vérité à l'huile qui finit toujours par surnager. Mais, il fallait assurer le salut de l'État en faisant passer les lois que vous aviez proposées ; vous avez vous-même senti qu'il fallait sacrifier l'auteur à l'ouvrage et j'ai cédé à vos raisons. La preuve que ce n'était qu'à votre per-
pas, comme je le crois, l'ouvrir avec de fausses clés. Vous la mettrez sous enveloppe avec trois cachets comme vos lettres ordinaires, en avant soin seulement de mettre dans un des cachets, celui du milieu, une soie. C'est le moven qu'on ne puisse décacheter sans qu'on s'en aperçoive. »
sonne qu'on en voulait, c'est que de vos lois, deux ont passé sans difficultés et pour la troisième, après bien des aberrations, on en est revenu aux bases de la vôtre. Votre retour, après quatre mois d'absence, a excité des craintes, des espérances extravag^antes. Je me suis mis au-dessus des unes et des autres et je crois avoir prouvé par ma conduite en lévrier et en juin que je suis roi par devoir et homme par le cœur L amitié m'a dédommagé pendant dix-huit jours des longjues souffrances qu'elle mavait causées. Ensuite, vous êtes allé remplir l'honorable et importante mission qu'il est si consolant pour moi de vous avoir confiée. Ces craintes et ces espérances n'auraient pas existé si l'on avait connu ma profession de foi à laquelle j'arrive enfin. Je vous aime tendrement, je vous estime profondément. Mais, c'est précisément pour cela que si j'avais le malheur de perdre un ministère digne de ma confiance et qui la justifie par la façon dont il me sert, je ne vous appellerais point pour le remplacer; ce serait vous perdre. Le futur est dans les décrets de la Providence. Actuellement, messieurs les Anglais, vous connaissez mon ambassadeur et mes sentiments pour lui. Adieu, mon cher duc, mille choses aux vôtres; comptez sur mon inaltérable amitié. "
Réconforté par ces protestations de son roi, Decazes va diner le même jour chez le comte de Lieven, depuis huit ans ambassadeur de Russie