‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 35 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

en Angleterre, mari de cette attachante comtesse, puis princesse de Lieven qui est, à vrai dire, le véritable ambassadeur, car c'est elle qui conseille son mari, » le plus nul des hommes » , le guide à travers les difficultés qu'il est tenu de résoudre €t rédige ses rapports. Agée alors de trente-six ans, séduisante par les qualités de l'esprit non moins que par sa grâce naturelle, cette femme si rare règne souverainement sur le corps diplomatique et sur la société anglaise 1). Elle partage cette royauté avec l'ambassadrice d'Autriche, la princesse Thérèse-Paul Esterhazy, son amie, plus jeune qu'elle de quelques années et comme elle l'objet des adorations de la cour.

Le bruit circule que la princesse Thérèse, négligée par son mari, a conçu le goût le plus vif pour Francis de Gonningham, fils de la favorite de George IV. Peut-être, n'est-ce là qu'une calomnie. Mais, c'est ainsi qu'on explique les assiduités de l'ambassadrice d'Autriche à Windsor où elle est invitée à tout instant et où elle fait de longs séjours, témoin du singulier spectacle qu'y donne la famille de Conningham. réunie autour du roi, installée là comme chez elle, femme, enfants, mari, ce dernier faisant les honneurs du château, du roi lui-même » avec une facilité charmante » , tandis que sa femme travaille " nuit et jour » à renverser le ministère. La

(1) Voir mon livre : Une vie d'ambassadrice au siècle dernier.

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comtesse de Lieven, " jalouse jusqu'à la fureur " de l'accueil que reçoit à Windsor la princesse Esterhazy, " est trop comique à entendre quand elle raconte tout cela " .

Elle-même n'échappe pas aux propos malveillants. On raconte qu'elle a été honorée des faveurs du roi. Mais, ici, le mensonge est évident et démontré car, depuis le Congrès de Vienne, la comtesse de Lieven est tout entière à l'attachement passionné que lui a inspiré le prince de Metternich, attachement ardent et partagé, touchant même dans sa sincérité et que n'ont pu détruire encore ni les années, ni les obstacles, ni les distances.

Elle fait à Decazes et à sa jeune femme l'accueil le plus flatteur. A ce diner donné pour lui et auquel assiste le duc d'York, elle est conduite à table par le prince; mais elle place l'ambassadeur à sa droite, quoiqu'il y ait là Wellington, Castlereagh et tous les membres du corps diplomatique.

« Ils m'ont provoqué à boire avec eux, ce que j'ai fait en trichant, si bien que je n'ai pas bu en cinq ou six fois la valeur d un verre. J'avais pour voisine de table la marquise de Stafford qui était ambassadrice chez nous au moment de la Révolution et qui, je crois, a été très bien pour Monsieur, comte de Provence. Elle m'a raconté qu'elle avait passé la soirée au Luxembourg, la veille du jour où il s'échappa si habilement et que le len-

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