‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 38 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Souvenirs d'Hartvvell. — Anecdote sur la comtesse de Balbi. — Révolution d'Espagne et révolution de Naples. — Opinion des cours sur ces événements. — Une lettre de Mme llamelin. — Conférences de Decazes avec les ministres anglais.

A noter au milieu de ces manifestations de sympathie quelques notes discordantes. L'accueil fait à Decazes excite l'envie et la malveillance du duc de Frias, l'ambassadeur d'Espag^ne, fraîchement débarqué à Londres, et qui s'étonne de n'y avoir pas été reçu avec la même faveur que son collègfuc de France, ne comprenant pas qu'on lui en veut de représenter un gouvernement révolutionnaire. « On ne conçoit rien de si ridicule ni de si jacobin que ce petit nain de duc de Frias. Il fait l'occupation de tous les hommes des dîners où il se trouve, beaucoup plus préoccupé de ses oreilles que de ce qu'il mange, les deux coudes sur la table, quand il n'a pas un bras étendu sur le dossier du siège de sa voisine, laquelle lui donne, de temps en temps, des petits coups sur l'épaule pour attirer son attention. »

Un autre mécontent, sans qu'on sache au juste pourquoi, c'est le comte de Munster, un jeune

lord, membre du Conseil privé, qu'on dit fils du duc de Glarence et d'une actrice, et tout-puissant sur l'esprit du roi. Il est très prévenant pour Decazes ; mais, il n'en est que plus dangereux. Ses prévenances indignent Louis XVIII parce qu'il a surpris, dans les dossiers de police qu'on lui communique, des lettres de ce personnage qui démentent la bonne grâce qu'il témoigne à Decazes et le dévouement dont il fait parade. En réalité, il ne cesse de le dénigrer et de le desservir.

Il y a un troisième malveillant : c'est M. Neumann de l'ambassade d'Autriche, l'homme de confiance du prince de Metternich, placé là pour surveiller toutes choses sans en avoir l'air, et jusqu'aux faits et gestes de son ambassadeur : « Serait-il jaloux pour le compte de son prince du bon accueil que m'a fait la comtesse de Lieven? demande plaisamment Decazes. Je ne vois pas d'autres motifs à sa façon d'être. "

Lorsque Decazes a quitté Paris, le roi lui a formellement recommandé d'être prodigue de détails sur les hommes et les choses de la cour d'Angleterre. Aussi, se fait-il un devoir de ne passer sous silence aucun de ceux qu'il croit susceptibles d'intéresser son prince. Ils remplissent ses lettres. Louis XVIII en est enchanté. Il jouit '• délicieusement des succès de son fils " .

« Il n'y a dans tout cela qu'une chose qui me tracasse un peu, ce sont les dîners et la nécessité de boire avec quiconque en fait la politesse.

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