CHAPITRE VI
Louis XVIII, s'entretint avec lui, pendant deux heures, de l'état de l'Europe en général et de la France en particulier. Lorsqu'il retourna à Aixla-Chapelle, la conclusion d'un traité entre les cinq cours était résolue. Peu de jours après, un protocole mit fin à la quadruple alliance, en donnant à la France, parmi les grandes puissances, la place à laquelle elle avait droit.
Ce dénouement, entre autres avantages qu'il assurait aux Bourhons, faisait de lEurope la garantie de leur pouvoir, et les consolidait, en les autorisant à invoquer son intervention, dans le cas où il serait menacé. Le traité d'Aix-la-Chapelle n'avait pas visé textuellement cette hypothèse. Mais, les termes dans lesquels il était conçu prouvaient clairement qu elle avait été moralementprévue. Gela est si vrai, qu'aprèsavoirapposé sa signature sur la convention à laquelle il avait longtemps résisté, en ce qui touchait l'admission de la France dans le concert des grandes puissances, le prince de Metternich, aussi ardent à défendre cette partie de l'œuvre du congres qu'il avait d'abord mis d'énergie à la combattre, revint à plusieurs reprises sur la nécessité de prendre en considération l'hypothèse de la mort du roi. Ce qu il voulait, ce qu à plusieurs reprises il demanda au congrès, c'était une instruction commune à tous les ministres étrangers résidant à Paris, afin qu'au cas où Louis XVIII viendrait à mourir, ils fussent mis en état de suivre la
même marche et d'agir d'une manière uniforme.
Les documents que nous avons sous les yeux ne contiennent rien qui permette d'affirmer que cette proposition, soumise à l'examen du congrès, fut discutée par ses membres. Ce qu'ils constatent, au contraire, c'est qu'elle demeura sans résultat jusqu'au mois d'octobre 1819, époque à laquelle, reprise incidemment par la France, elle donna lieu, entre elle et l'Autriche, à un curieux échange de vues.
A cette date d'octobre 1819, la situation politique en France s'était transformée et aggravée. La chute du ministère Richelieu, remplacé par le cabinet Dessolles-Decazes, l'hostilité de la droite à cette nouvelle administration, les espérances de la gauche, le scrutin de septembre pour le renouvellement du cinquième de la Chambre des députés, caractérisé par l'élection de 1 abbé Grégoire, les tiraillements ministériels, le refroidissement visible des sympathies de l'Europe, alarmée par l'excès des audaces révolutionnaires dont la Confédération germanique était le théâtre plus encore que la France, mais qu'on accusait la France de fomenter, tels sont les traits principaux d une situation qui réjouissait les ultraroyalistes et qu'ils accueillaient comme une revanche de la disgrâce à laquelle ils étaient condamnés depuis la dissolution de la Chambre introuvable.
Le roi était bien loin de vouloir renoncer à la