‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 45 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

politique inspiratrice de cette mesure mémorable. Decazes jouissait toujours de sa faveur. Mais, il ne pouvait faire que le bruyant éclat des manifestations de Tultra-royalisme, n'eût eu pour conséquence d exciter outre mesure les ardeurs libérales. Il est difficile de se faire aujourd'hui une juste idée de l'intensité des passions déchaînées alors, et de se rendre compte du trouble que causaient dans le pays certains événements, tels que l'élection de l'abbé Oré^oire. Ce qu'on en peut dire, c'est que Louis XVIH eut quelque mérite à ne vouloir s'en^ya^jer ni à droite ni à fjauche, et à ne pas déposséder de sa confiance ceu.x de ses ministres qui persistaient, malg^ré tout, à rester les instruments d'une politique modérée.

Il n'en est pas moins vrai, cependant, qu'entre les partis extrêmes, le trône courait lo risque d'être ébranlé, et que le roi eut le sentiment de ce péril. Ce n'est pas pour lui vivant qu'il le redoutait, mais pour son héritier, au moment qui suivrait sa mort. Justement, à cette époque, «a santé fut accidentellement atteinte. Il n'est pas douteux que cette circonstance, jointe à celles qui viennent d'être retracées, fit naître dans sa pensée le dessein de rappeler et de remettre sur le tapis la proposition faite l'année précédente par le prince de Metternich au congrès d'Aix-la- Chapelle.

En dépit des appréciations que les événements de la politique quotidienne pouvaient inspirer

aux garanties cours, et bien qu'elles inclinassent maintenant à blâmer la marche trop rapide des opinions libérales en France, après les avoir encouragées, les relations entre elles et le (jouvernement du roi restaient étroites et cordiales. Le traité d'Aix-la-Chapelle conservait toute son autorité. Il était donc naturel que Louis XVIII se préoccupât de l'opinion de ses alliés sur un sujet qui lui tenait à cœur. Mais, comment s'y prendre pour faire revivre une question à peine effleurée jadis, abandonnée ensuite, mais non résolue? Il répugnait au roi d'en avoir l'initiative. Le général marquis Dessolles, alors ministre des Affaires étrangères et président du Conseil, fut chargé d'étudier le meilleur moven d'ouvrir les pourparlers sur l'objet qui préoccupait le souverain, sans se donner l'air de vouloir provoquer des confidences et des résolutions.

Il était naturel, quelle que dût être la forme de la démarche à faire, que cette démarche fût faite auprès du prince de Metternich, puisque c'est à ce diplomate qu était due la première tentative. Le lieutenant général marquis de Caraman représentait la France à Vienne. Le ministre des Affaires étrangères lui écrivit, en prenant pour prétexte de sa communication un bruit imaginaire ou fondé, plus vraisemblablement imaginaire, d'après lequel le Cabinet devienne avait fait remettre aux grandes cours un mémoire ayant pour objet d'examiner quelle serait la

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