‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 46 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

situation de la France et la conduite à tenir à son égard dans l'hypothèse de la mort. » Je désire, monsieur le marquis, disait le ministre à l'ambassadeur, à la date du 30 octobre, que vous fassiez en sorte de savoir exactement ce qu'il peut en être. Je nai pas besoin de vous dire que vous devez prendre les plus grandes précautions en faisant vos recherches, et éviter surtout qu'on ait l'idée que nous avons conçu des soupçons (1). » Garaman, au reçu de cette lettre, se mit en campagne. 11 ne savait rien du bruit sur lequel son gouvernement lui donnait l'ordre de s'informer. Les premières démarches auxquelles il se livra, ne lui ayant apporté aucun éclaircissement, il se décida à provoquer les explications de Metternich. G est Injustement ce que souhaitait le Cabinet des Tuileries . Un jour (jue l'ambassadeur de France se trouvait chez le premier ministre de lempire d'Autriche, il mit la conversation sur la santé du roi. Ge sujetétait de ceux qui revenaient souvent dans les entrevues entre diplomates. Les récentes alarmes qu'avait fait naitre dans les cours de l'Europe l'altération de l'état de Louis XVIII, lui donnaient à cette heure une actualité particulière. Le prince de Metternich n'hésita point à avouer à son interlocuteur qu'il ne pouvait se défendre des plus vives inquiétudes, toutes les fois que la moindre indisposition venait

(I) Documents inédits.

compromettre des jours aussi précieux pourTEurope que pour la France.

Engagés dans cet entretien, les deux diplomates se mirent à déplorer tout ce qu'on pouvait redouter d'un événement qui priverait la France d un appui nécessaire et enlèverait à l'Europe la plus forte garantie de son repos. « Dans une circonstance aussi déplorable, ajouta Caraman, ce qui me semblerait de la plus haute importance, c est laltitude que prendrait le corps diplomatique (1). " Et sans s ouvrir au prince de Aletternich quant aux communications de son gouvernement, il lui demanda « s'il avait quelque idée sur la marche que l'on aurait à prescrire dans ce cas aux ministres étrangers résidant à Paris » .

— Rien n'est encore arrêté, répondit sans hésiter le {)rince de Metternich; c'est un point, cependant, que je considère comme étant de la plus haute importance. Il m'occupe depuis longtemps.

Il continua, en rappelant qu'à Aix-la-Chapelle, il était revenu plusieurs fois sur la nécessité de le résoudre. Il n'avait pas été donné suite à ses observations, bien que l'importance n'en eût échappé à personne; mais, il était maintenant déterminé à saisir la première occasion favorable pour reprendre cette question et concerter avec les autres puissances l'attitude qu'il serait conve-

(1) Documents inédits.

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