CHAPITRE VI
nable de prescrire à leurs représentants, afin de ne pas avoir à redouter les inconvénients et même les dangers qui pourraient résulter de démarches isolées que les intrigants seraient tentés de faire pour appuyer leurs espérances ou leurs prétentions.
— Je ne serai tranquille, poursuivit le prince de Mctternich, que lorsqu'on aura pris une résolution commune en prévision du malheur dont nous nous entretenons. Je voudrais que dans le cas où ce malheur viendrait à se réaliser, les ministres des grandes cours eussent d'avance des instructions très simples et très positives pour agir dans le même sens et de la même manière, en éloignant toute idée ou toute prétention de vouloir intervenir, d'une manière quelconque, dans les discussions qui pourraient s'élever en France.
Metternich appuya particulièrement sur ce dernier point. Il n'envisageait d'ailleurs que deux éventualités : ou bien l'autorité royale passerait sans contestation entre les mains du souverain légitime, et alors il n y aurait pour le corps diplomatique qu'une ligne à suivre, c'est-à-dire un nouvel hommage à rendre ; ou bien il se trouverait un parti assez fort pour entraver la transmission du pouvoir et, dans ce cas, l'éminent diplomate était d'avis que les ministres étrangers résidant à Paris eussent l'ordre de se tenir à l'écart et de déclarer qu'ils cessaient leurs fonc-
lions jusqu'à ce qu'ils eussent reçu des ordres de leur cour. En suivant les conséquences de cette supposition, il ne se bornait pas à la nécessité de prescrire cette attitude passive; il laissait en outre entrevoir que la première mesure à prendre au moment où les ambassadeurs seraient réduits à cesser les relations diplomatiques, consisterait à réunir immédiatement les souverains signataires du traité de Chaumont ou leurs ministres, pour aviser sans délai au parti que la gravité des circonstances pourrait les forcer à prendre.
Il ne semble pas que Caraman, en écoutant ce langage, ait été frappé par ce qu offrait d incomplet, d'incorrect et de défectueux le système du prince de Metternich, que peu après le Cabinet anglais déclarait inacceptable. Il recueillit sans y rien objecter les explications qu'on vient de lire et les transmit à son gouvernement, dépourvues de tout commentaire.
Quand sa lettre arriva à Paris, une importante modification ministérielle venait de s'y produire. Le marquis Dessolle avait quitté le pouvoir. Il était remplacé par Decazes comme président du Conseil et par Pasquier comme ministre des Affaires étrangères. C'est donc ce dernier qui reçut la réponse de l'ambassadeur de France à Vienne, et qui eut le devoir d'en conférer avec le roi après lui en avoir donné lecture.
— Voilà de très bons sentiments, s'écria le roi ; mais, la conclusion du prince de Metternich n'est